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Les stratégies françaises dans le Pacifique sud face aux changements climatiques (projet STRAFPACC)

Mis en ligne le 09 Oct 2018

Parution le 05-10-2018 / Source : CSFRS

Sabine LAVOREL

Les stratégies françaises dans le Pacifique sud  face aux changements climatiques (projet STRAFPACC)
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Dans un contexte de changements climatiques et de défis associés posés aux petits Etats et territoires insulaires du Pacifique sud, l’article questionne les stratégies politiques, économiques et diplomatiques de la France et de ses propres territoires dans la région. S’appuyant sur l’étude de l’impact de certains des risques induits par les changements climatiques et sur une évaluation du potentiel de coopération pour en atténuer les effets et s’y adapter, l’auteure propose un cadrage de ce qui constituerait une véritable stratégie climatique d’influence dans la région.


Les opinions exprimées dans cet article n’engagent pas le CSFRS.

Les références originales de ce texte sont : « Les stratégies françaises dans le Pacifique sud face aux changements climatiques (projet STRAFPACC)« 

Présentation synthétique du projet et des résultats de recherche

Sous la direction de Sabine LAVOREL, Maître de conférences en droit public, Université Grenoble Alpes – Centre de Recherches Juridiques


Les changements climatiques constituent un risque majeur pour la plupart des petits Etats et territoires insulaires du Pacifique Sud : l’élévation du niveau des océans et leur acidification, l’érosion côtière, les infiltrations d’eau salée, les sécheresses inhabituelles et les phénomènes météorologiques extrêmes menacent en effet l’habitabilité de plusieurs archipels de la région et les conditions de vie de leurs populations.

Les enjeux humains, économiques, politiques et stratégiques liés à cette situation sont tout aussi importants qu’inédits. La vulnérabilité géo-climatique de ces territoires se combine en effet à une forte vulnérabilité économique, du fait notamment de leur éloignement des principaux marchés mondiaux, et de capacités institutionnelles et financières faibles, les rendant peu résilients aux chocs. En accentuant la raréfaction des ressources vitales, la précarité des populations locales, et potentiellement les flux migratoires et les tensions sociopolitiques internes, ces différents facteurs de vulnérabilité constituent autant de risques pour la sécurité humaine et collective dans la région.

A la différence d’autres territoires insulaires voisins, les collectivités françaises du Pacifique sud peuvent paraître moins directement touchées par les aléas climatiques et, de ce fait, se sentir moins concernées. Une telle lecture est toutefois doublement imprudente. D’une part, les territoires français de la région sont loin d’être épargnés par les changements climatiques : Wallis, Futuna, ainsi que plusieurs îles de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie française sont particulièrement vulnérables à certains de leurs effets, notamment au risque de submersion. D’autre part, les territoires français et la France ont un rôle essentiel à jouer dans les stratégies d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques qui se mettent progressivement en place dans la région océanienne, en cohérence avec leur volonté affirmée d’intégration régionale.

Dans ce contexte, le rôle et les stratégies politiques, économiques et diplomatiques de la France et de ses territoires dans la région se trouvent donc nécessairement questionnés. D’une part, la vulnérabilité des territoires français du Pacifique aux changements climatiques rend nécessaire le développement de politiques locales de gestion et d’adaptation aux risques environnementaux, qui ne peuvent être pleinement efficaces qu’avec le soutien de l’Etat et en coordination avec les politiques publiques nationales. Cette collaboration renouvelée à l’aune des changements climatiques participe pleinement à la redéfinition des relations entre les territoires ultramarins du Pacifique et la métropole, dans le contexte de processus d’émancipation encore incertains, tant en Nouvelle-Calédonie dans l’attente du référendum d’autodétermination de novembre 2018, qu’en Polynésie française réinscrite sur la liste onusienne des territoires à décoloniser depuis 2013. D’autre part, les questions liées à l’accueil des « déplacés climatiques », à la protection des ressources naturelles et, plus largement, à la lutte contre les changements environnementaux induisent une reconfiguration des relations diplomatiques et stratégiques entre la France et les Etats insulaires voisins. Si ces relations se sont progressivement normalisées depuis la fin des essais nucléaires et l’adhésion française aux protocoles au traité de Rarotonga instaurant dans le Pacifique Sud une zone exempte d’armes nucléaires, la France reste considérée bien plus comme un partenaire singulier de la coopération régionale que comme une « puissance du Pacifique ».

C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet de recherche STRAFPACC, financé par le CSFRS depuis septembre 2015. Le projet se fonde sur l’hypothèse selon laquelle les stratégies d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques peuvent contribuer à la reconfiguration des enjeux de pouvoir, d’influence et de souveraineté dans le Pacifique sud. Ces stratégies sont en effet susceptibles d’influer sur la situation de la France dans la région, qu’il s’agisse de ses relations avec les territoires français, de ses liens diplomatiques avec les Etats riverains, ou de son influence dans les forums régionaux. La question climatique est donc envisagée comme un vecteur de redéfinition du rôle de la France et de ses territoires dans la zone sud-pacifique.

Afin de vérifier cette hypothèse, les chercheurs impliqués se sont donné un double objectif. Le premier vise à identifier et mesurer l’impact de certains risques induits par les changements climatiques, au premier rang desquels les déplacements de populations victimes des effets de ces changements. Le second objectif tend, pour sa part, à déterminer le potentiel, l’efficacité et les perspectives de coopération entre les Etats et territoires insulaires de la région en matière d’atténuation et/ou d’adaptation aux changements climatiques.

Les recherches menées dans ces deux directions confortent pleinement l’hypothèse initiale : la définition d’une véritable stratégie climatique constituerait un instrument d’influence pertinent pour la France dans le Pacifique sud et plus largement en Océanie. Plusieurs pistes ont donc été étudiées pour préciser les contours et l’orientation possibles d’une telle stratégie :

  • Pour être pertinente, elle doit être adaptée aux vulnérabilités et aux risques spécifiques induits par les changements climatiques dans la région. Il doit donc s’agir d’une stratégie multi-sectorielle, qui pourrait inclure en priorité les aspects de soutien à la transition écologique des petits Etats et territoires insulaires de la région, et de protection des droits des populations victimes – notamment déplacées. Ces deux domaines ont été jusqu’ici peu, voire pas investis par les puissances régionales, en dépit de l’urgence climatique. La France pourrait ainsi pleinement inscrire son action dans les objectifs de justice et de solidarité climatiques, désormais affichés comme prioritaires par les Nations Unies.
  • Pour être efficace, la stratégie climatique française doit être articulée avec celles des différents acteurs impliqués dans la région. Elle doit donc se présenter comme une stratégie multi-niveaux, concertée d’une part avec les autorités des territoires français du Pacifique afin de ne pas imposer aux populations locales des stratégies ‘hors sol’ non désirées, et coordonnée d’autre part avec les Etats et territoires insulaires de la région, notamment dans le cadre des forums, institutionnalisés ou informels, auxquels la France et/ou les territoires français participent. Sur ce dernier point, la stratégie française doit se fonder sur un renforcement de sa  position au niveau des accords et forums régionaux actuellement mis en place, en concertation avec les territoires français qui participent parfois de manière autonome à ces cadres de coopération. Par ailleurs, si la diplomatie climatique française peut également s’inscrire dans le cadre de l’action extérieure de l’Union européenne, les recherches concluent néanmoins qu’il serait judicieux, au regard des intérêts spécifiques de la France dans le Pacifique sud, de développer une stratégie climatique propre et sans doute plus proactive que celle que l’UE semble avoir l’ambition de déployer dans la région.
  • Enfin, pour être opérante, la stratégie française doit impliquer les différentes autorités publiques, civiles et militaires, locales et nationales, techniquement compétentes en matière de lutte, de protection ou d’adaptation aux changements climatiques. Il doit donc s’agir d’une stratégie multi-vectorielle, présentant tout à la fois des perspectives diplomatiques (proposition d’une convention régionale de protection des personnes déplacées pour des raisons climatiques / participation à la négociation des accords régionaux multisectoriels en lien avec les préoccupations climatiques, tels que les accords liés à la gestion des terres ou aux questions d’urbanisme), de coopération militaire (renforcement des accords FRANZ pour la mise en place d’interventions humanitaires d’urgence en cas de catastrophes naturelles dans les Etats insulaires du Pacifique Sud), de partenariat économique et d’aide au développement (transfert de technologies bas carbone, aides incitatives à la transition énergétique…).

Ces différentes pistes de réflexion seront détaillées dans le rapport scientifique du projet qui sera remis au CSFRS fin 2018. La publication de l’ensemble des résultats de recherche est prévue pour l’été 2019.

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Rédigé par Sabine LAVOREL

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