« Le problème allemand est, par excellence, le problème européen » Charles de Gaulle, militaire, homme d'État et écrivain français (1890 – 1970). Prononcée lors de la conférence de presse du 04 février 1965.
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Réarmement européen : une nouvelle question allemande ?
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L’échec du programme SCAF (Système de Combat Aérien Futur) fait écho aux arrêts de plusieurs autres programmes de défense en coopération lancés par la France et l’Allemagne en 2017. Le fiasco final du SCAF ne stupéfiera que ceux n’ayant jamais œuvré au sein de programmes d’armement menés en coopération…
Ces déconvenues interviennent sur fond de fort réarmement européen, alors que la fiabilité de l’Alliance transatlantique pose question, et que le recours désinhibé à la force armée va croissant aux portes de l’Union européenne.
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Le programme SCAF, emblématique, tombe en vrille alors que l’Allemagne a clairement annoncé son objectif de (re)devenir la première puissance militaire conventionnelle en Europe.
Cette ambition s’inscrit dans la prise de conscience d’une « Zeitenwende », d’une nouvelle ère, soulignée par la Chancellerie au lendemain de l’invasion ouverte de l’Ukraine par les troupes russes, en février 2022.
Et comme le précise Timothy Garton Ash, la question n’est pas vraiment de savoir si cela va se produire, mais quelles en seront les conséquences pour l’Europe. Avec la question de l’histoire et de son écho rémanent, surtout en France ou encore en Pologne, qui devra être abordée. Avec la question induite du « leadership » au sein d’une Europe en quête d’autonomie stratégique, qui ne pourra pas non plus être escamotée.
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L’Allemagne post-réunification s’est longtemps lovée au cœur de l’illusion de Fin de l’Histoire. Elle aura, bien davantage que ses partenaires de l’Union, vécu au sein d’une contradiction latente, d’un véritable découplage entre sécurité et prospérité.
En déléguant sa sécurité aux États-Unis, alors que sa prospérité était indexée aux faibles coûts de production chinois et aux très (trop) abordables hydrocarbures russes, l’Allemagne pensait pouvoir à la fois orchestrer ces contradictions et conjuguer ses intérêts de puissance exportatrice avec ses valeurs et son modèle politique.
Dès 2008 et la crise économique associée, le modèle n’était déjà plus soutenable pour un pays aux finances publiques certes saines, mais au prix d’un sous-investissement dans les technologies innovantes, les infrastructures ou encore l’énergie. La conjonction de l’ascension économique fulgurante d’une Chine contestatrice de l’ordre international, et de la guerre de haute intensité lancée par la Russie aux portes de l’Europe l’aura rendu définitivement caduc.
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À la différence des Etats-Unis, « hégémon bienveillant » dont le leadership va de soi au sein de l’Alliance atlantique, l’Allemagne est à la fois trop grande pour accepter la prépondérance d’un de ses partenaires européens, et trop petite pour être acceptée en tant qu’hégémon de substitution.
En outre, le poids de l’Histoire ne peut pas être occulté, alors que la première puissance économique et démographique en Europe va prochainement accéder au rang de première puissance militaire conventionnelle.
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Pour la France, il semble illusoire de vouloir suivre la course imposée par sa voisine d’Outre-Rhin en volume budgétaire ou d’effectifs. S’il est nécessaire de préparer les armées françaises à la haute intensité, il paraît précieux de le faire en tenant compte de l’histoire, de la géographie, comme des atouts diplomatiques et technologiques dont dispose notre pays.
Même si sa solidarité européenne s’inscrit dans le fil de ses intérêts, de ses valeurs et de ses responsabilités, la France n’est pas qu’une nation continentale. C’est également une puissance maritime et aérospatiale. C’est également une puissance nucléaire, ce qui d’ailleurs, combiné à son positionnement occidental sur le continent, la place en situation de « péninsularité » stratégique en Europe. Et elle entend assumer « toujours seule, en intégrant à sa réflexion les intérêts de (ses) alliés, le franchissement délibéré du seuil nucléaire. »
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Un « problème allemand » demeure un « problème européen ».
Alors que l’Allemagne se réunifiait en 1991, ses dirigeants de l’époque, conscients de la charge mémorielle, pour leur population comme pour leurs voisins, avaient notamment symboliquement supprimé les deux premiers couplets de l’hymne allemand. En renvoyant le « Deutchland über alles » aux affres de l’histoire, ils contribuaient à convoyer le signal d’une réunification positive pour l’ensemble de l’Europe et des Européens.
La pédagogie, les initiatives et les postures des dirigeants actuels Outre-Rhin seront également déterminantes pour que la nouvelle question allemande, ouverte par les ambitions militaires de Berlin, se traduise en opportunités de développement pour l’Europe de la défense, et de sécurité accrue pour les Européens !
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En ce mois de juin 2026, nous vous proposons un nouveau bouquet de six articles de réflexion sur les questions stratégiques, issus des partenaires de GeoStrategia et d’une « Contribution Libre ».
Le papier « Réflexions sur l’assombrissement du monde » analyse la détérioration du système international, la montée du nationalisme, la remise en question du rôle des institutions internationales, dans un contexte de conflits et de rivalités géopolitiques croissantes. Jean-Marie Guéhenno souligne notamment la rupture de la posture américaine traditionnelle, le retour du nationalisme, l’impact des nouvelles technologies sur le déploiement des politiques de puissance. Le papier s’interroge également sur la capacité de l’Europe à s’organiser, pour défendre une vision alternative du monde. Un papier issu du numéro anniversaire des 90 ans de la revue Politique Etrangère (PE), de l’IFRI.
Le papier « Israël – Liban, vers un rapprochement historique ? » se présente sous la forme d’un entretien, qui s’est tenu avant la signature, le 17 juin 2026, d’un protocole d’accord entre les Etats-Unis et l’Iran, pour une cessation des hostilités au Moyen-Orient, y compris au Liban. Interrogée par Rachel Nakache, Orna Mizrahi, chercheuse à l’Institut d’études sur la sécurité nationale de Tel-Aviv, analyse la dynamique du conflit entre Israël, le Hezbollah et l’Iran, en soulignant les enjeux régionaux et les perspectives de négociation. Le contexte et les enjeux de ce conflit, les capacités et la résilience du Hezbollah, ou encore le rôle que l’Europe et la France peuvent tenir pour accompagner le gouvernement libanais, sont tour à tour abordés. Un papier issu de la Fondation Jean Jaurès.
Le papier « L’avenir de l’Europe se jouera en Ukraine » analyse la situation stratégique en Europe, l’impact de la guerre en Ukraine, et propose des orientations pour renforcer la position européenne face à la Russie. Jonatan Vseviov, diplomate estonien, rappelle le contexte, avant de mener une analyse des implications de la guerre en cours à l’est de l’Europe. C’est le prélude à l’énoncé de stratégies jugées pertinentes pour soutenir l’Ukraine, dont l’intégration à l’UE. La dimension clef du facteur temps est particulièrement soulignée. Un papier issu de la Fondation Robert Schuman.
Le papier « La place des sanctions dans les relations internationales » s’intéresse à cet outil de nature juridique, utilisé sur la scène internationale pour contraindre, très souvent présenté comme une alternative au recours à la force armée. Émilie Dont, Timéo Piazza et Chloé Tanguy s’attachent à en souligner la portée souvent relative, les implications réelles sur les flux économiques, les effets induits, comme les contournements, ou encore les conséquences, en termes de reconfigurations, géoéconomiques et géopolitiques. Après l’analyse des impacts sur les entreprises françaises, le papier conclut l’étude en soulignant la complexité et l’ambivalence de l’instrument « sanctions ». Un papier issu des Jeunes-IHEDN.
Le papier « Les armes nucléaires aujourd’hui » s’appuie sur un constat liminaire : quatre-vingts ans après Hiroshima, les armes nucléaires n’ont jamais été réemployées, mais continuent de façonner en profondeur les relations internationales. À travers les enseignements de la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et les interrogations croissantes sur la solidité du parapluie nucléaire américain, Alain Crémieux analyse les mutations de la dissuasion, à l’ère des conflits de haute intensité. A l’heure d’un retour de la guerre en Europe, d’une fragilisation des cadres de contrôle, et de l’émergence d’une dimension européenne de la défense, il éclaire, sous un angle « dissuasion », les enjeux stratégiques d’un équilibre mondial incertain. Un papier issu de l’association AED/SNC-IHEDN.
Alors que l’Europe se réarme et que les besoins capacitaires explosent, le papier « État des lieux du financement privé de la défense » aborde la question du financement des PME et ETI de défense qui demeure, selon Damien Concé, l’un des maillons faibles de la souveraineté stratégique française. Sous-capitalisation chronique, contraintes réglementaires, réticences ESG persistantes, concurrence croissante d’investisseurs étrangers… Les fragilités de la base industrielle et technologique de défense sont mises en exergue. Le papier dresse ainsi un état des lieux sans concession des mécanismes actuels de financement et propose des pistes pour préserver les capacités industrielles, technologiques et stratégiques, indispensables à l’autonomie de la France et de l’Europe. Un papier proposé dans la rubrique « Contributions Libres » de GeoStrategia.
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Quelques mots pour vous inviter à réserver la date du 24 septembre 2026, pour le rendez-vous 2026 des Assises Nationales de la Recherche Stratégique (ANRS) au Cnam. En cette année de commémoration des 400 ans de la Marine Nationale, la thématique suivante sera développée via 4 tables rondes qui se succéderont ce 24/09/2026 : « Anticiper la tempête : repenser notre stratégie maritime ». Plus d’informations et inscriptions via le lien : https://my.weezevent.com/assises-nationales-de-la-recherche-strategique-2026
Rendez-vous courant juillet, pour une nouvelle publication de votre Agora Stratégique.
Général (2s) Paul Cesari, Rédacteur en chef, et toute l’équipe de Geostrategia.