La scène géopolitique africaine connait de profonds changements, avec en particulier un recul manifeste de l’influence française, et concomitamment, une affirmation des empreintes russe et chinoise sur le continent. Le papier analyse cette situation, en s’interrogant tout d’abord sur la nature du repli français, comme désengagement ou comme recomposition stratégique. Il étudie ensuite les caractéristiques propres aux déploiements de puissance de la Russie et de la Chine en Afrique, leurs convergences et leurs singularités.
Les opinions exprimées dans cet article n'engagent pas le CNAM.
Les références originales de cet article sont : Noa Corea, « Nouveaux rapports de force en Afrique : entre essor sino-russe et repli français », Bibliothèque de l’Ecole Militaire (BEM), synthèse documentaire du 01 juillet 2025. Ce texte, ainsi que d’autres publications, peuvent être consultés sur le site de la BEM.
L’Afrique est aujourd’hui le théâtre d’un profond basculement géopolitique, marqué par le recul
progressif de la France – acteur historiquement dominant en Afrique francophone – et la montée en puissance
conjointe mais concurrente de la Chine et de la Russie. Si Pékin poursuit sa stratégie d’expansion économique
par des investissements massifs dans les infrastructures et la multiplication des accords bilatéraux, elle tend
également à étendre son influence dans le champ sécuritaire, longtemps monopolisé par les puissances
occidentales, au premier rang desquelles figurait la France.
De son côté, Moscou développe une approche multidimensionnelle : au déploiement de forces
paramilitaires dans plusieurs zones instables – notamment au Sahel et en Afrique centrale – s’ajoutent des
campagnes de désinformation, un discours ouvertement anti-occidental, ainsi qu’une stratégie diplomatique
qui mise sur des partenariats dits « alternatifs ». Ceux-ci se traduisent par l’effacement des dettes héritées de
l’ère soviétique, l’exportation stratégique de céréales et d’engrais, ou encore des projets énergétiques,
notamment dans le secteur nucléaire.
Dans ce contexte, la France fait face à une remise en question croissante de sa présence et de son
influence. Le rejet de l’intervention militaire, la critique récurrente d’un néocolonialisme, et les tensions
diplomatiques avec plusieurs régimes africains témoignent d’un recul à la fois symbolique et stratégique.
Ce nouveau rapport de force invite ainsi à s’interroger sur les conséquences du repli français pour
l’équilibre géopolitique du continent, et sur les stratégies mises en œuvre par les puissances émergentes pour
asseoir leur position en Afrique.
Par : Noa Corea
Source :
Bibliothèque de l’Ecole militaire
