Les unités armées irrégulières, un enjeu dual de la guerre en Ukraine

Mis en ligne le 14 Sep 2023

Les unités armées irrégulières, un enjeu dual de la guerre en Ukraine

Le recours à des troupes irrégulières en Ukraine revêt une dimension stratégique clef. Le double épisode du coup d’Etat avorté en Russie par le groupe privé Wagner, fin juin 2023, et du décès brutal de son chef, fin aout 2023, l’illustre. Le papier s’interroge sur l’importance d’un tel recours au cœur de cette guerre de haute intensité, mais également sur ses limites et risques associés.

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Alexia Argoud

Les opinions exprimées dans cet article n'engagent pas le CNAM.

Les références originales de cet article sont : Alexia Argoud, « Les unités armées irrégulières, un enjeu dual de la guerre en Ukraine », CDEM. Ce texte, ainsi que l’autres publications, peuvent être consultés sur le site du CDEM.

Deux mois exactement après l’insurrection des miliciens du groupe privé Wagner contre le haut-commandement russe, leur chef Evguéni Prigojine est mort le 23 août dans un crash d’avion en Russie[1]. Wagner, jusque-là élément notoire de la stratégie russe de déstabilisation, était récemment apparu comme un facteur subversif des rapports de force internes en Russie. Cette séquence inédite souligne l’importance des unités irrégulières dans la guerre en Ukraine et dans la stratégie militaire des deux belligérants. Elle met aussi en évidence les risques potentiels de leur intervention dans ce conflit de haute intensité.

Faits

Une rébellion qui avait dévoilé les conflits internes russes. Le 23 juin, des combattants de Wagner engagés sur le front ukrainien aux côtés des forces régulières russes s’introduisent manu militari sur le territoire de la Fédération de Russie. Cette insurrection survient à la suite de la décision du ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, d’imposer à tous les mercenaires de signer un contrat au sein de l’armée régulière. Bien que la milice Wagner dépende de la Direction générale des renseignements russes (GRU), qui lui fournit des armes et des effectifs, elle demeurait jusqu’en juin 2023 relativement indépendante[2]. Le 24 juin, Prigojine annonce son intention d’atteindre Moscou avec ses troupes. Vladimir Poutine, qualifiant alors les actions de Wagner de « trahison » et de « mutinerie armée contre l’État »[3], déploie les forces de la Défense nationale russe pour y mettre fin. Dans la soirée, lorsque les troupes de Wagner approchent de Moscou, Prigojine annonce soudainement opérer un demi-tour avec ses hommes, affirmant avoir obtenu ce qu’il voulait, et les deux parties se félicitent d’avoir évité un bain de sang[4].

Un dénouement caractéristique du système russe. Si la menace Wagner semblait s’être dissipée aussi vite qu’elle s’était matérialisée, elle n’en a pas moins suscité confusion et spéculations diverses quant aux intentions de la milice et remis en cause la position de force de Vladimir Poutine[5]. Le 23 août, après plusieurs semaines de flottement, les deux têtes de la milice : Evguéni Prigojine et Dmitri Outkine ont péri dans un crash d’avion, dans la région de Tver, au nord de Moscou. Le lendemain, le président russe Vladimir Poutine a exprimé ses condoléances aux familles des victimes et a rendu hommage à la « contribution » de Prigojine à l’offensive en Ukraine, malgré ses « graves erreurs ». Il a également souligné qu’il était un « homme d’affaires talentueux »[6]. Les réactions internationales n’ont pas montré de surprise quant à la mort du chef de la milice et ont indirectement laissé entendre que les autorités russes pouvaient être tenues pour responsables[7].

Contexte

Un affrontement de l’irrégularité entre l’Ukraine et la Russie depuis 2014. Le conflit hybride qui oppose indirectement Moscou à Kyiv depuis 2014 se caractérise par l’utilisation de forces irrégulières des deux côtés. En réponse à l’annexion de la Crimée par la Russie au printemps 2014 et à l’émergence de forces séparatistes dans la région du Donbass, la résistance ukrainienne s’est organisée autour d’unités de volontaires en raison de la capacité limitée de l’armée régulière ukrainienne à faire face à cette situation[8]. Le bataillon de volontaires ukrainiens Azov en est l’exemple. En dehors de la controverse qu’il suscite, son recours aux réseaux sociaux, innovant pour l’époque, associé à des opérations de cyberattaques, l’a propulsé en première ligne du conflit[9]. La crise en Ukraine a commencé avec une révolution civile contre l’influence russe dans le pays, changeant ainsi le type d’adversaire auquel devait faire face Moscou qui, pour continuer à déstabiliser le pays, a dû adapter sa stratégie. En Crimée, l’annexion a été facilitée par le déploiement de soldats en uniforme sans insignes. Dans le Donbass, les forces séparatistes pro-russes ont répondu en formant des milices rebelles et des unités de combattants étrangers, principalement originaires de Russie et rattachés aux républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk[10]. En ce sens, le recours par la Russie à des forces indirectes a permis d’éviter un affrontement direct entre forces armées régulières russes et civils ukrainiens. Cette nouvelle stratégie russe sur le théâtre ukrainien fait écho à un recours de plus en plus systématique à des stratégies hydrides et de proxy hâtivement associées à la « doctrine Guerassimov »[11]. De 2014 à 2021, la Russie a en effet utilisé des forces par procuration pour déstabiliser ses adversaires, d’abord en Ukraine puis sur d’autres terrains. Cette stratégie est en premier lieu illustrée par le groupe Wagner qui aurait commencé ses opérations en Crimée, puis en Syrie, avant de se développer significativement en Afrique[12]. Cette approche permettait à la Russie de maintenir un déni plausible de toute implication directe dans le conflit et ainsi éviter toute mise en cause ou sanction internationale pour ses agissements[13].

Le recours à l’irrégularité : de la stratégie de proxy à l’aveu de faiblesse des forces russes sur le front. Bien que le thème de la privatisation de la guerre et de l’utilisation de combattants irréguliers soit ancien, récurrent et bien connu, ce qui rend significatif le recours aux combattants irréguliers dans le conflit actuel est que ces unités représentent une énigme dans la doctrine militaire russe, tout en gagnant progressivement en notoriété. La tentative d’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 se caractérise par un faible engagement en termes d’effectifs, avec une estimation de 140 000 hommes au début du conflit. L’opération, qui se voulait éclair, se prolonge et l’armée russe subit de nombreux échecs, la conduisant à utiliser des stratégies non conventionnelles telles que la désinformation et les opérations clandestines[14]. Les nombreuses pertes au sein de l’armée régulière russe dès le début du conflit ont rapidement entraîné une pénurie de personnel et des missions généralement réservées aux forces conventionnelles ont alors été confiées à des forces irrégulières. Avant 2022, le groupe Wagner n’était pas considéré comme une force de combat, mais elle a démontré une certaine efficacité en Ukraine en étant déployée en première ligne des combats les plus violents, là où les forces régulières avaient échoué, comme à Soledar et Bakhmout[15]. Les actions des hommes dirigés par Ramzan Kadyrov, président de la Tchétchénie, se sont ajoutées à celles de Wagner. Initialement chargés d’assister le FSB dans le contrôle des territoires, les « kadyrovtsi » ont été déployés en tant que troupes d’assaut sur des axes stratégiques, notamment à Marioupol. Environ 5 000 Tchétchènes du 141e régiment de la Rosgvardia, la Garde nationale du Service fédéral russe, ont été mobilisés. Ces troupes bénéficient d’une grande autonomie opérationnelle dans le Caucase du Nord et sont souvent sollicitées pour des opérations spéciales à l’étranger[16]. Jusqu’à présent, les Tchétchènes n’ont pas remporté de succès opérationnels significatifs, mais leur présence est utilisée comme arme psychologique. Leur brutalité notoire est mobilisée pour semer la peur parmi la population et les forces ukrainiennes. Les Tchétchènes ont notamment soutenu et sécurisé l’offensive russe dans la direction Nord, en menant des opérations de combat comme la tentative de contrôle de l’aéroport d’Hostomel. Cependant, le régiment tchétchène a été défait près de Kyiv par la Garde nationale ukrainienne et l’unité des forces spéciales « Alpha » du Service de sécurité ukrainien (SBU).

Un outil d’internationalisation du conflit par Kyiv. Bien que la plupart des bataillons ukrainiens formés en 2014 aient été intégrés à l’armée régulière, le conflit de haute intensité de 2022 a mis en évidence la présence de troupes irrégulières en Ukraine, notamment de combattants volontaires étrangers. Le 25 février 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky appelle toutes les personnes ayant une expérience de combat à venir se battre pour l’Ukraine. La Légion internationale pour la défense territoriale de l’Ukraine est alors créée dès le 28 février et le 6 mars, le gouvernement annonce l’arrivée de plus de 20 000 volontaires[17]. La majorité provient de pays occidentaux[18], comme les combattants français et nord- américains de Task Force Baguette, une unité peu connue mais très active sur les réseaux sociaux. Cependant, certains combattants étrangers opèrent au sein de sociétés militaires privées ou d’autres unités irrégulières affiliées à la Légion internationale ainsi, par exemple, que la Légion géorgienne qui participe aux opérations de combat dans le Donbass depuis 2014. Depuis 2022, cette légion est devenue une sorte d’unité transnationale accueillant des volontaires d’autres nationalités. Formé en février 2022, le régiment biélorusse Kastous Kalinowski a pris une part active dans les opérations de libération des régions de Kyiv et de Tchernihiv. Parmi ses effectifs figurent d’anciens membres du groupe nommé Bélarus, déjà impliqué dans le conflit aux côtés de différentes unités ukrainiennes depuis 2014. L’Ukraine accueille également la Légion Russie Libre et le Corps des Volontaires russes (RDK), deux corps armés russes opposés à Poutine formés après février 2022. Ils sont composés à la fois d’anciens soldats et de prisonniers de guerre russes qui se sont rendus. Selon Kyiv, de nombreux Russes souhaiteraient rejoindre la Légion Russie Libre ; pour des raisons de sécurité, les autorités ukrainiennes exercent cependant un strict contrôle sur l’admission de volontaires russes. Cette formation est impliquée dans différents points du conflit et ses soldats, portant leurs uniformes et insignes respectifs, sont dispersés au sein de diverses unités ukrainiennes. Des unités tchétchènes combattent également aux côtés des forces armées ukrainiennes, avec deux groupes apparus en 2014 : le bataillon de Cheikh Mansour et Djokar Doudaïev qui sont principalement composés d’anciens combattants de la guerre de Tchétchénie et de la diaspora tchétchène[19].

Enjeux

Vers une implication plus directe de l’Occident ? Jusqu’à présent, le soutien officiel des puissances occidentales à l’Ukraine s’est principalement manifesté par des livraisons d’armement et des sanctions imposées à la Russie. La Légion Internationale ukrainienne tente cependant de recruter des combattants occidentaux  en  mettant en avant  la défense des « valeurs européennes et démocratiques occidentales ». En les faisant intervenir sur le terrain, le conflit acquiert implicitement une dimension russo-occidentale. Dans cette mesure, de nombreux gouvernements ont interdit ou fortement déconseillé à leurs citoyens de s’engager en Ukraine. Aux États-Unis, le Neutrality Act interdit aux citoyens soumis à la loi américaine de rejoindre une force combattante étrangère, tandis que la Corée du Sud défend à ses ressortissants de se rendre en Ukraine depuis la mi-février 2022[20]. Cette présence de citoyens de pays occidentaux pourrait être considérée par la Russie comme une implication indirecte de leur gouvernement et justifier à ses yeux des représailles. Des litiges entre l’Ukraine et les pays d’origine pourraient également surgir sur le sort réservé à ces combattants étrangers, notamment quant au problème du statut de prisonnier de guerre. Si des volontaires étrangers étaient capturés, ils pourraient ne pas être considérés, ni donc traités comme des prisonniers de guerre en vertu de la Convention de Genève, car ils ne sont pas soldats de l’armée régulière. Ce problème a déjà été observé avec l’exécution par les autorités de facto de Donetsk de deux Britanniques et d’un Marocain se battant pour l’Ukraine[21].

Une efficacité limitée de ces forces sur le terrain régulier. Si les combattants étrangers semblent avoir été sollicités par Kyiv au début du conflit, l’Ukraine a aujourd’hui davantage besoin d’armes que d’hommes prêts à se battre. De plus, les volontaires occidentaux ont une expérience de terrain en général relativement courte et ils ont souvent bénéficié de conditions matérielles supérieures à celles que peut offrir l’armée ukrainienne, ils ont donc tendance à être moins efficaces. Même s’ils sont désireux et capables de se battre, cela ne signifie pas que l’Ukraine soit capable de les intégrer efficacement[22], certains volontaires étrangers étant repartis d’Ukraine peu après leur arrivée faute d’armes disponibles en quantité suffisante. De fait, le haut-commandement ukrainien est aujourd’hui plus exigeant sur les recrutements et sollicite davantage la livraison d’armes que l’engagement volontaire de combattants étrangers. Du côté russe, les unités irrégulières n’ayant pas non plus toujours eu d’influence décisive sur le déroulement de l’offensive, elles jouent actuellement un rôle limité dans les opérations militaires conventionnelles à grande échelle par rapport aux conflits asymétriques ou hybrides. Cependant, si le conflit en Ukraine devait se poursuivre pendant un certain temps, les unités irrégulières pourraient endosser un rôle plus important dans la guerre urbaine, par exemple en soutenant les assauts avec les troupes opérationnelles russes et en sécurisant les territoires occupés[23].

La question de la pertinence de l’emploi de ces forces irrégulières est d’autant plus posée qu’elles présentent également des risques pour chacun des belligérants.

Des risques persistants de déstabilisation du commandement militaire central ukrainien. D’un point de vue sécuritaire, les forces armées non étatiques peuvent être considérées comme un facteur de déstabilisation d’un État ou comme une preuve de faiblesse du pouvoir étatique[24]. Même si Kyiv comprend et semble anticiper les dangers potentiels d’une trop grande autonomie de forces armées organisées sur son territoire, certaines unités tentent toujours de gagner en indépendance, comme le bataillon Cheikh Mansour et la Légion géorgienne. Début mai 2023, les autorités ont d’ailleurs signalé qu’une majorité de combattants étrangers se battait désormais avec des groupes autres que la Légion internationale. L’émergence potentielle d’unités militaires indépendantes risque de compromettre des années de centralisation du commandement et donc la maîtrise des forces par l’État. De plus, des criminels condamnés dans d’autres pays pourraient être surreprésentés parmi les combattants étrangers dans le conflit et entacher la réputation des forces ukrainiennes[25]. Bien que le bataillon Azov soit controversé pour son héritage idéologique et qu’il ait été accusé à plusieurs reprises de crimes de guerre[26], il est cependant désormais officiellement intégré à la Garde nationale ukrainienne. Cette unité, qui a développé une réputation d’efficacité au combat, a progressivement gagné en popularité. Cette notoriété pourrait concurrencer les autorités militaires ukrainiennes s’il y avait conflit d’intérêt entre les deux, à l’instar du 1er bataillon de la Légion internationale dont de nombreux membres loyaux ont refusé d’intégrer le 78e régiment d’assaut aéroporté, une unité spéciale ultra-mobile déployée pour la contre-offensive de 2023. Kyiv a donc dû entamer un processus d’absorption des légionnaires et plusieurs combattants du bataillon se sont dits prêts à quitter leur poste[27].

Un développement du modèle irrégulier dans la gestion des affaires internes russes. Malgré la rébellion de Wagner, le modèle privé et irrégulier continue de se développer en Russie. En même temps que l’État russe augmente le nombre de sociétés militaires privées (SMP/PMC), il leur délègue un pouvoir de contrôle. L’utilisation de la milice privée Redut, fondée par des anciens du GRU, et de Patriot, une entité concurrente de celle de Prigojine associée à Sergueï Choïgou et son ministère, en sont toutes deux des exemples. Depuis janvier 2023, le modèle semble également s’étendre à la gestion des affaires internes du pays. Des entreprises d’État russes ont commencé à mettre en place des SMP. La société gazière Gazprom a par exemple créé Gazpromneft Security pour protéger les sites de production et de stockage de pétrole et de gaz, en particulier dans l’Arctique. Elle aurait également mis en place l’unité Potok qui serait impliquée dans des opérations en Ukraine[28]. Peu après l’insurrection, la Douma a voté en urgence en juillet la possibilité pour les régions de créer des compagnies militaires locales, ayant le statut « d’entreprises étatiques unitaires spécialisées »[29]. Il s’agit officiellement de corps armés autorisés et financés par Moscou et par les régions. Pour le moment les détails concernant le statut des salariés de ces « entreprises » n’ont pas été clarifiés. La fonction qui leur est attribuée est d’intervenir en soutien des forces armées contre toute menace, et surtout d’assurer la défense anti-drones. Le statut d’entreprise pourrait permettre de créer un mercenariat hybride au service du pouvoir central, ni complètement privé ni totalement étatique. Les questions relatives à la formation, la déontologie et le contrôle interne de ces corps armés seront ainsi à la discrétion de leurs dirigeants.

Une tentative de reprise en main de la situation par Moscou ? Contrairement à l’Ukraine, la menace d’insubordination d’unités irrégulières semblait jusque-là moins prise au sérieux par la Russie. Depuis plusieurs mois, Prigojine, jouant de son poids sur le champ de bataille, brisait régulièrement les tabous du système politique russe et de sa gestion, en insultant et critiquant ouvertement les décisions du chef d’état-major Valéry Guerassimov sans jamais être puni.

Cependant, après plusieurs semaines d’incertitude quant à l’issue du conflit entre Wagner et les autorités russes, les récents événements pourraient indiquer une tentative de reprise en main du pouvoir par Moscou. Le décès de son chef survient le même jour que le limogeage du général Sergueï Sourovikine, ancien commandant du groupe militaire unifié des forces russes engagées sur le front ukrainien et réputé proche de Prigojine[30]. Deux jours après, Poutine a signé un décret obligeant les membres des formations paramilitaires à prêter serment en jurant « fidélité » et « loyauté » à la Russie, comme les soldats de l’armée régulière[31]. Au moment où la contre-offensive ukrainienne progresse, la Russie semble entreprendre un remaniement de ses forces armées qui avaient été ébranlées par les événements de juin.

Vers un possible déplacement du conflit armé du territoire ukrainien au territoire russe ? L’intrusion de Wagner sur le territoire russe n’est pas la première de ce genre. Le 22 mai dernier, un groupe composé de membres de la Légion Russie Libre et du RDK a pénétré sur le territoire russe dans la région de Belgorod. Cette infiltration, avec l’attaque d’un poste- frontière et l’occupation de plusieurs villages, avait conduit les autorités russes à instaurer un « régime légal de zone d’opération antiterroriste » dans la région. En plus des intrusions, ces différentes unités revendiquent de nombreux actes subversifs sur le territoire russe, comme des incendies de commissariats militaires[32]. Le commandant de la Légion Liberté de Russie « César » a déclaré qu’il planifiait d’autres raids transfrontaliers en Russie et cherchait à tirer parti du désarroi interne provoqué par la mutinerie de Prigojine[33]. Bien que Kyiv affirme que ces unités opèrent de manière autonome dans leur pays, avec des armes russes saisies lors des combats en Ukraine[34], le lien officiel entre l’armée ukrainienne et ces unités d’opposition russes pose la question d’une nouvelle stratégie hybride de déstabilisation employée par l’Ukraine contre son adversaire. Le 17 juin, la Direction générale du renseignement ukrainien (GUR) a diffusé une vidéo présentant des combattants des « forces armées de la République tchétchène d’Itchkérie », une république en exil non reconnue – sauf par l’Ukraine -, qui, selon le récit donné, auraient pénétré en territoire russe et attaqué un convoi militaire d’approvisionnement[35].

Le développement de ces unités pourrait à cet égard jouer un rôle important à l’avenir, moins sur le front que dans des opérations de déstabilisation internes en Russie, et tendre à déplacer le terrain d’opération de la guerre chez l’ennemi si elles devenaient récurrentes[36].

References[+]

Par : Alexia Argoud
Source : Bibliothèque de l’Ecole militaire
Mots-clefs : Ukraine


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