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L’ADAPTATION DE L’OTAN AUX MENACES DE « GUERRE HYBRIDE » RUSSES

Publié le 10-01-2019

AIX-MARSEILLE UNIVERSITÉ

INSTITUT D’ÉTUDES POLITIQUES

D’AIX-EN-PROVENCE

MÉMOIRE

Master 2 Histoire militaire comparée, géostratégie,

défense & sécurité

L’ADAPTATION DE L’OTAN AUX MENACES DE

« GUERRE HYBRIDE » RUSSES

Par M. Thibaut ALCHUS

Mémoire réalisé sous la direction de

M. Laurent Borzillo

Année 2017-2018

1

Les opinions exprimées dans ce mémoire sont celles de l’auteur et ne sauraient en aucun cas engager le directeur de mémoire ou l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence”.

2

Remerciements

Mes premiers remerciements vont à mon directeur de mémoire, M. Laurent Borzillo, pour son soutien, sa disponibilité et ses conseils précieux. Jusque dans les derniers instants de la rédaction de cet humble travail, il a su encadrer avec compréhension la pensée parfois éclatée du jeune chercheur et nourrir les réflexions essentielles d’un sujet passionnant.

Ma gratitude va également à mes désormais ex-collègues de Racine Group. Chacun à leur manière, ils ont montré un intérêt et un engagement salvateurs pour faire le pont entre une activité professionnelle et un travail de recherche. Ils m’ont permis de rencontrer Julien Brugnetti que je tiens à remercier ici pour son soutien, ses conseils avisés et sa générosité.

Enfin, je souhaite remercier tout particulièrement Clara Weller pour sa patience, son travail de relecture et l’appui quotidien qu’elle m’a apporté tout au long de la réalisation de ce travail.

3

Abstract

Depuis 2014, l’OTAN est engagée dans une série de réformes pour actualiser sa défense collective face au retour agressif de la Russie sur la scène européenne. Après avoir identifié et catégorisé l’ambiguïté des actions russes en Ukraine sous le vocable de « guerre hybride », le concept sert désormais à soutenir le réengagement des États-membres dans l’Alliance et à générer des partenariats institutionnels pour pallier le manque de leviers civils dont dispose l’Organisation. Pour autant, il apparaît que la plasticité du concept, les extensions sémantiques répétées et la politisation excessive de la « guerre hybride » peuvent porter défaut à la formulation d’une réponse adéquate par l’OTAN. En qualifiant également les activités de Daesh d’« hybrides », l’Alliance fait face à un dilemme entre l’exigence militaire de différenciation des menaces et l’exigence politique d’intégration de ses 29 membres.

Nombre de mots

Corpus : 24.911

Mots-clés

OTAN – guerre hybride – menaces hybrides – Russie – Ukraine – adaptation – réassurance – réformes militaires – alliance militaire – Union européenne

4

Listes des abréviations

ACT : Commandement allié Transformation (Allied Command Tranformation)

ADM : Armes de destruction massive

AWACS : Airborne Warning and Control System

CA : Approche compréhensive (Comprehensive Approach)

CAN : Conseil de l’Atlantique nord

CHT : Countering Hybrid Threats

COIN : Counter-Insurgency

DRM : Direction du renseignement militaire

EBO : Effect-Based Operations

EIIL ou Daesh : l’État islamique en Irak et au Levant

FIAS : Force internationale d’assistance à la sécurité

JALLC : Joint Analysis & Lessons Learned Centre

JFCBS : Joint Force Command Brunssun

JISD : Joint Intelligence and Security Division

JWC : Joint Warfare Center

NDU : National Defence University

NDPP : NATO Defense Planning Process

NFIU : Unités d’intégration des forces OTAN (NATO Forces Integration Unity)

NIFC : NATO Intelligence Fusion Centre

ONG : Organisations non-gouvernementales

OTAN : Organisation du traité de l’Atlantique nord

OSCE : Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe

PPP : Partenariat pour la paix

5

QDR : Quadrennial Defense Review

QG : Quartiers généraux

RAP : Plan d’action réactivité (Readiness Action Plan)

RMA : Revolution in Military Affairs

SACEUR : Commandant suprême des forces alliées en Europe (Supreme Allied Command Europe)

SACT : Commandant suprême allié Transformation (Supreme Allied Commander Transformation)

SEAE : Service européen d’action extérieure

SNF : Forces navales permanentes (Standing Naval Forces)

StratCOM : Centre d’excellence pour la communication stratégique

USJFCOM JIWC : US Joint Forces Command Joint Irregular Warfare Centre

VJTF : Very High Readiness Joint Task Force

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Sommaire

I – Introduction

  1. Méthode

  1. L’essor du concept de « guerre hybride » : contexte, développement et « otanisation » primaire

    1. L’« hybrid warfare » : à la recherche d’une conceptualisation pour la porosité des modes de guerre post-Guerre froide

      1. Les prémices du concept de « guerre hybride »

      1. Hoffman, Mattis et l’« hybrid warfare » théorique

    1. Popularisation, politisation, et polarisation du concept de « guerre hybride » autour des théories d’Hoffman

      1. Du modèle théorique à l’exemple historique : la « guerre hybride » du Hezbollah

      1. Polarisation autour du concept de « guerre hybride » d’Hoffman

    1. L’OTAN 2007 – 2010, ou la « guerre hybride » sans la Russie

      1. Le général James « Mad Dog » Mattis à l’ACT

      1. Entre appropriation et refonte : la « guerre hybride » selon l’OTAN

      1. La mise au banc temporaire du concept par l’OTAN (2012 – 2014)

IV – Répondre au contexte sécuritaire post-2014 : la redécouverte de la défense collective par l’hybridité

  1. La Russie : front second d’une hybridité aux portes de l’OTAN

a.De l’identification par l’OTAN de l’hybridité des activités russes en Ukraine

b.Implications pour l’OTAN

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    1. Le sommet de Newport

  1. Des réponses avant tout militaires de l’OTAN : réassurrance, adaptation, et 360° Approach

    1. La réassurance du flanc Est

    1. Les « mesures d’adaptation » : nouvelle gestion de crise, ou changement de paradigme ?

    1. De l’approche compréhensive à l’approche 360°

  1. Une menace qui dépasse les compétences de l’OTAN : dimensions « civiles » et partenariats

    1. Le domaine infra-otanien : soutenir les États-membres comme priorité

    1. Les Centres d’excellence

    1. L’UE à l’avant-garde des partenariats interinstitutionnels

V – L’OTAN à l’aune du concept de « guerre hybride » : analyse des résultats & critiques

  1. A l’aube du Sommet de Bruxelles, un concept « fourre-tout » ?

    1. L’hybridité russe : troisième définition, troisième débat sémantique

    1. La « sur-extension » sémantique

    1. Le risque de « l’effondrement sémantique »

  1. Le dilemme différenciation/intégration

    1. La « guerre hybride russe » : moteur résiduel de la fin du désengagement

    1. La « différenciation » des menaces

    1. Vers un « sentier de dépendance » à la terminologie de l’hybridité ?

  1. Hybridité versus hybridité : le retour des stratégies intégrales

    1. L’inscription du conflit dans une confrontation permanente avec la Russie

    1. Hybridité contre hybridité, ou approche compréhensive contre approche compréhensive ?

8

  1. De la stratégie intégrale aux Grandes stratégies ?

VII – Conclusion

9

I – Introduction

  • Cela a différents labels : attaques ambiguës ; guerre hybride ; guerre non-linéaire, ou… quel que soit la façon dont on l’appelle, nous voyons une combinaison d’opérations militaires secrètes combinée à des opérations d’information et de désinformation

sophistiquées1 ».

A l’orée du sommet de Newport, prévu les 4 et 5 septembre 2014, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) est en émoi. L’Ukraine est déstabilisée par l’annexion célère de la péninsule criméenne par la Fédération de Russie, et la « crise ukrainienne » se prolonge dans l’escalade des violences entre les forces du nouveau régime de Kiev et les séparatistes pro-russes dans les régions de Louhansk et de Donetsk, dans l’Est du pays. Mais c’est avant tout l’implication du Kremlin, aux portes du flanc oriental de l’Alliance, qui inquiète les membres de l’Alliance et les organisations internationales depuis qu’ils ont assisté, médusés, à la remise en question d’une frontière internationale garantie par l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Déjà, les États-Unis et l’Union européenne ont déclenché une série de sanctions touchant les secteurs clés de l’économie ainsi que des personnalités russes, arguant de la tentative subreptice du Kremlin de « réécrire les règles internationales et de recréer une sphère

d’influence2 ». En annonçant le 18 mars le rattachement de la République de Crimée et de la ville de Sébastopol à la Fédération, la Russie se risquerait à renverser l’architecture de sécurité née de l’après-Guerre froide et que l’OTAN, d’après son Secrétaire général, avait concouru à forger.

Mais quel que soit le vocable utilisé, en effet, c’est bel est bien le « comment » des activités russes dans la région qui soulève le plus d’interrogations. Passée la « surprise stratégique3 », se pose avec force la question de qualifier les actions ambiguës d’un Kremlin

  • OTAN, “Future NATO – Speech by NATO Secretary General Anders Fogh Rasmussen at Chatham House – London, United Kingdom”, 14 juin 2014. https://www.nato.int/cps/su/natohq/opinions_111132.htm?selectedLocale=en, consulté le 28/06/2018.

It has different labels: ambiguous attacks; hybrid warfare; non-linear warfare, or… whatever we call it, we see a combination of covert military operations combined with sophisticated information and disinformation operations.

2 Ibidem.

rewrite international rules and recreate a sphere of influence”.

3 Sur la définition de la « surprise stratégique » et son application au cas ukrainien, voir notamment BRUSTLEIN Corentin, « La surprise stratégique. De la notion aux implications », Focus stratégique, n° 10, octobre 2008 ;

10

qui semble avoir, par des moyens notamment non-militaires et irréguliers, pavé la voie au déchirement de l’Ukraine4. En Crimée, les campagnes de désinformation préalables à l’arrivée des « petits hommes verts5 » – dont l’irruption sans insigne nationale et pourvus des plus récents uniformes russes et d’équipements dédiés aux commandos ne laissent que peu de doute sur leur appartenance aux unités spéciales6 (Spetsnaz) – témoignent d’une posture ambiguë se jouant de la difficulté de l’imputabilité. Dans l’Est de l’Ukraine, les milices pro-russes sont soutenues, encadrées et ravitaillées de manière ininterrompue par des « volontaires » issus des forces spéciales russes. L’objectif apparent du Kremlin est de fournir aux « forces armées de Novorossiya » une expertise et un arsenal capable de tenir tête à l’armée ukrainienne, encore surprise et dégradée7, dans une stratégie qualifiée de proxy8.

Qu’on la décrive guerre hybride, non-linéaire ou ambiguë, les premières esquisses des modalités de l’intervention russe dans la crise ukrainienne réveillent au sein des membres de l’OTAN la peur de la reproductibilité. Pays limitrophes de la Russie (Estonie, Lettonie) ou proches de ses frontières (Lituanie, Pologne) entretenant une relation soupçonneuse vis-à-vis de la Fédération de Russie et du concept « d’étranger proche9 », le flanc oriental de l’Alliance s’interroge sur la possibilité pour le Kremlin d’aspirer à reproduire, sur leur territoire, la politique du fait accompli éprouvée en Crimée, et d’y employer les mêmes tactiques. Celles-ci comportent deux problèmes intimement liés pour l’Alliance : en premier lieu, de telles actions pourraient être assez insidieuses pour empêcher une réponse collective, passant au regard des instruments de défense traditionnels dont dispose l’OTAN sous un radar focalisé sur les menaces conventionnelles10. De plus, l’Organisation seule ne peut par ses prérogatives répondre

TERTRAIS Bruno, « Géopolitique des ruptures stratégiques contemporaines », Note de la Fondation pour la recherche stratégique, n° 21/2015, 2 novembre 2015.

  • Voir notamment KALIKA Arnaud, « La perception russe de sa propre sécurité : mythes et réalités », Sécurité globale, vol. 5, n° 1, 2016 ; MCDERMOTT Roger, “Brothers Disunited: Russia’s Use of Military Power in Ukraine”,

The Foreign Militaries Studies Office, avril 2015. http://fmso.leavenworth.army.mil/Collaboration/international/McDermott/Brotherhood_McDermott_2015.p df, consulté le 22/10/2016.

5 RACZ Andras, “Russia’s Hybrid War in Ukraine: Breaking the Enemy’s Ability to Resist”, FIIA Report 43, 16 juin 2015.

6 TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », Focus stratégique, n° 63, octobre 2015.

7 Ibidem.

8 Le terme proxy, ou proxy forces est largement répandu dans la littérature sur le sujet, même francophone, et peut être traduit par « force supplétives » ou « forces rebelles supplétives » ; par commodité, nous emploierons également ces premiers.

9 FACON Isabelle, « La modernisation de l’armée russe et les enseignements des engagements en Ukraine et en Syrie », in Anne de Tinguy (dir.), Regards sur l’Eurasie. L’année politique 2015, Les études du CERI, n° 219-220, février 2016, p. 34-39.

10 On notera les nombreux ouvrages et articles faisant état du “design” médité et mûri des actions russes pour passer sous le radar de l’OTAN, c’est-à-dire d’une réponse collective par l’article 5, notamment, et dont nous aurons l’occasion de discuter plus avant les caractéristiques : GOLTS Aleksandr, REISINGER Heidi, “Russia’s Hybrid

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aux outils non-militaires – économiques, financiers, informationnels – qu’elle pense pourtant articulés pour saper l’Alliance de l’intérieur11. Le 3 mars déjà, la Pologne invoquait l’article 4 du traité de Washington pour demander en urgence une consultation auprès du Conseil de l’Atlantique nord (CAN)12 – procédure sollicitée si l’une des parties pense son intégrité territoriale, son indépendance politique ou sa sécurité menacée13.

L’agenda du sommet de Newport s’en trouve évidemment bousculé. Initialement prévu pour proclamer la fin de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan, mission où l’OTAN est engagée depuis maintenant douze ans, la réunion des chefs d’État et de gouvernement est précipitée dans un climat d’incertitude et d’insécurité. Sur son flanc Est, l’Alliance condamne « l’« annexion » autoproclamée, illégale et illégitime de la Crimée par la Russie ainsi que l’action continue et délibérée de déstabilisation de l’est de l’Ukraine que la Russie mène en violation du droit international14 ». Au Moyen-Orient, le développement rapide de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL ou Daesh) sur la frontière irako-syrienne durant l’été 2014, semble prendre en étau l’organisation par son flanc Sud. En seulement quelques mois, les « préoccupations légitimes [] en Europe orientale » et l’« instabilité croissante [] du Moyen-Orient à l’Afrique du Nord15 » deviennent les éléments structurants d’une architecture sécuritaire européenne perçue comme acculée ; réunie au pays de Galles « à un moment charnière pour la sécurité euro-atlantique16 », l’Alliance doit s’adapter à un environnement stratégique où l’action collective seule ne saurait de fait suffire.

La guerre, comme l’a décrit Clausewitz, est un caméléon. A chacune de ses survenances, son aspect peut avoir connu des évolutions, reflétant les caractéristiques, motivations et ambitions des entités politiques qui la conduise. Souvent, ces variations dans le cours des conflits ont suscité la création de concepts nouveaux tâchant de décrire ses articulations et spécificités. Débattus dans différentes sphères – militaires, diplomatiques, universitaires –, ils sont susceptibles de guider des ajustements stratégique, tactique, capacitaire, logistique ou

Warfare: Waging War below the Radar of Traditional Collective Defense”, NATO Defense College Research Paper, n°105, novembre 2014 ; JACOBS Andreas, LASCONJARIAS Guillaume, “NATO’s Hybrid Flanks – Handling Unconventional Warfare in the South and the East”, NATO Defense College Research Paper, n° 112, avril 2015.

  1. SCHADLOW Nadia, “The Problem with Hybrid Warfare”, War on the Rocks, 2 avril 2015.

  2. OTAN, “The consultation process and Article 4”, 17 mars 2016. https://www.nato.int/cps/su/natohq/topics_49187.htm?selectedLocale=en, consulté le 25/07/2018.

  3. OTAN, Traité de l’Atlantique nord, 4 avril 1949.

  4. OTAN, Déclaration commune de la Commission OTAN-Ukraine, 4 septembre 2014.

  5. OTAN, Communiqué du sommet de Newsport, 5 septembre 2014.

  1. Ibidem.

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doctrinal, mais ces nouveaux concepts peuvent également servir des buts plus politiques, permettant notamment d’aiguiser un argumentaire ou de faire accepter de profondes transformations.

A ce titre, rares sont les concepts à avoir connu les pérégrinations de la « guerre hybride ». Popularisé au milieu des années 2000 par deux officiers du corps des Marines, le général James Mattis et le colonel Frank Hoffman, le terme de « guerre hybride », qui insiste sur la complexité nouvelle de la guerre du XXIe siècle, espère déjà peser sur les débats relatifs

  • la Quadrennial Defense Review (QDR) américaine de 2006 puis de 201017, son sens servant tour à tour deux positionnements capacitaires antagonistes18. Énoncé de manière encore hésitante en juin par la voix du Secrétaire général de l’OTAN, le concept d’« hybridité » apparaît de manière répétée dans les discours et communications du sommet de Newport ; ceux de guerre ambiguë ou non-linéaires, quant à eux, en sont absents. Dans le communiqué final, l’hybridité ne vise pas formellement encore les activités russes, mais tend en soulignant que les mesures d’adaptations tiendront compte de l’évolution de l’environnement stratégique, « y compris aux périphéries orientale et méridionale de l’Alliance », à y inclure les actions russes en Ukraine comme les campagnes de l’État islamique au Moyen-Orient. Selon le même communiqué, est hybride une guerre « dans le cadre de laquelle un large éventail de mesures militaires, paramilitaires ou civiles, dissimulées ou non, sont mises en œuvre de façon très

intégrée19 ».

Or, si l’emploi de la qualification d’« hybride » n’est pas nouveau pour souligner tant l’accroissement de la puissance de feu que l’utilisation de moyens non-militaires par des troupes

irrégulières ou structures proto-étatiques20, son invocation pour une réalité aussi différente que celle de l’agression russe en Ukraine procède d’une conjonction inédite et lourde de conséquences pour l’adaptation à venir des structures de l’Alliance. Encore décrite comme

partenaire stratégique de l’OTAN en 201021, la Russie représente désormais une menace – et par surcroît hybride – pour l’architecture sécuritaire européenne.

Depuis, les références directes à la « guerre hybride russe » se sont multipliées, alimentant à la fois les « mesures d’adaptation » institutionnelles de l’OTAN, sa politique de

  1. La genèse du concept de « guerre hybride » comme sa place dans le débat capacitaire aux Etats-Unis seront explicitées plus avant dans cette étude.

  2. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », op. cit. Voir infra, p 27.

  3. OTAN, Communiqué du sommet de Newsport, 5 septembre 2014.

  4. Voir notamment OTAN, Bi-SC Input to a New NATO Capstone Project for the Military Contribution to Countering Hybrid Warfare, 25 août 2010.

  1. OTAN, Concept stratégique pour la défense et la sécurité des membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord adopté par les chefs d’État et de gouvernement à Lisbonne, 19 novembre 2010.

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partenariat et les débats sur les appareils de défense de ses pays-membres. Objet de maintes publications de recherche, conférences, workshops et omniprésente dans les discours officiels22, l’hybridité de l’intervention russe s’est peu à peu muée en leitmotiv dont l’OTAN, depuis le sommet du Pays de Galles, s’est fait le chantre23. Plus concrètement, les « menaces hybrides » russes paraissent sous-tendre nombre de décisions concertées depuis quatre ans : création de la Very High Readiness Joint Task Force (VJTF) et plan d’action « réactivité » (RAP), mise en pratique du concept de « nation-cadre », élévation des budgets de défense, transformation du Corps multinational Nord-Est à Szczecin, en Pologne, pré-positionnement d’armement lourd dans les États baltes, inclusion de l’hybridité dans les scénarii d’exercices militaires d’envergure24, mais également cadre commun avec l’Union européenne, et ouverture, en avril 2017, d’un Centre d’excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides placé sous le parrainage de l’UE et de OTAN25. L’identification de l’hybridité aux frontières de l’Alliance, depuis 2014, participe sans nul doute d’une défense collective revigorée.

Pourtant, le concept même de « guerre hybride » ne fait pas consensus. Socle apparent d’une évolution importante de l’OTAN depuis 2014, ou du moins partie intégrante d’un argumentaire poussant l’Alliance à un nouvel élan, le concept est décrié depuis son apparition par un grand nombre de chercheurs, militaires, analystes, journalistes, diplomates et politiciens à travers la zone euro-atlantique. Pour ses détracteurs, le concept ne décrirait aucune réalité

  1. La liste ne pouvant être ici exhaustive, notons pour l’heure ces quelques exemples : HARTMANN Uwe, “The Evolution of the Hybrid Threat, and Resilience as a Countermeasure”, NATO Defense College Research Paper, n°139, septembre 2017 ; Press point by NATO Secretary General Jens Stoltenberg following informal EU Defence

Ministers meeting, Bratislava, 27 septembre 2016. https://www.nato.int/cps/en/natohq/opinions_135453.htm?selectedLocale=fr, consulté le 21/05/2018 ; Assemblée parlementaire de l’OTAN, “The Battle for the Hearts and Minds: Countering Propaganda Attacks Against the Euro-Atlantic Community”, Report, Committee on the Civil Dimension of Security, Sub-Committee on Democratic Governance, 10 octobre 2015 ; Press statements by the NATO Secretary General Jens Stoltenberg and the EU High Representative for Foreign Affairs and Security Policy, Federica Mogherini, 1er décembre 2015. https://www.nato.int/cps/en/natohq/opinions_125361.htm, consulté le 2/04/2018 ; STOLTENBERG Jens, “Zero-sum? Russia, Power Politics, and the Post-Cold War Era”, Brussels Forum, 20 mars 2015 ; OTAN, “Hybrid War –

Hybrid Response?” [vidéo en ligne], NATO Review Magazine, 2014. https://www.nato.int/docu/review/2014/russia-ukraine-nato-crisis/Russia-Ukraine-crisis-war/EN/index.htm, consulté le 29/10/2017.

  1. FRIDMAN Ofer, “The Danger of ‘Russian Hybrid Warfare’”, Cicero Foundation Great Debate Paper, n° 17/05, juillet 2017.

  2. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “NATO’s Readiness Action Plan: Assurance and Deterrence for the Post-2014 Security Environment”, Report, Defence and Security Committee, Sub-Committee on Future Security and Defence Capabilities, 10 octobre 2015.

  1. OTAN, “NATO welcomes opening of European Centre for Countering Hybrid Threats”, 11 avril 2017. https://www.nato.int/cps/en/natohq/news_143143.htm, consulté le 2/04/2018.

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inédite dans les conflits armés, son manque de pertinence historique permettant, précisément, les écarts sémantiques dont nous n’avons tracé que les premières lignes.

Parmi ces critiques, beaucoup insistent à juste titre sur une analyse « a-historique » du phénomène de guerre, rappelant que l’intégralité des conflits, depuis les préceptes de Sun Tzu, ont été conduits dans un spectre large où sont intégrés des outils militaires et non-militaires, conventionnels et non-conventionnels, réguliers et irréguliers :

    • Il est difficile d’imaginer le recours à la force militaire sans soutien informationnel simultané, sans sanctions économiques, sans méthodes de « guerre secrète », sans tentatives de fragmentation de l’ennemi, et sans chercher

  • utiliser les conflits (ethniques, sociaux, économiques, politiques, etc.) dans le camp de l’adversaire. C’est l’alphabet de toute guerre en général depuis l’Antiquité26 ».

Simple rappel à la réalité de la complexité de la guerre, l’hybridité pourrait alors se voir rétrospectivement dans une grande partie des conflits : dans la guerre d’Indépendance américaine, dans les combats de la Péninsule entre 1807 et 1814, où les troupes régulières anglaises affrontèrent Napoléon Ier aux côtés des guérilleros espagnols, dans la contre-guérilla menée par les Nordistes pendant la guerre de Sécession américaine, pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, les guerres de conquête coloniale et de décolonisation de l’Empire britannique du XVIIIe au XXe siècle, ou encore durant la conquête japonaise, infructueuse, de la Chine du Nord entre 1937 et 194527. Si aucune des caractéristiques identifiées comme

  • hybrides » n’est réellement neuve, une nouvelle catégorisation de la guerre ne serait-elle pas injustifiée ? Que ce soit pour qualifier les méthodes utilisées par le Hezbollah contre l’armée israélienne en 2006, par les groupes islamistes dans la bande sahélo-saharienne, par l’Etat islamique au Moyen-Orient ou par la Russie en Ukraine, « si changements il y a, ce sont généralement des changements de volume, ou éventuellement d’accent mis sur tel ou tel point, mais pas des changements de nature28 ».

  1. PUKHKOV Ruslan, “Миф о « гибридной войне »” (Le mythe de la guerre hybride), Revue militaire indépendante,

  1. mai 2015. http://nvo.ng.ru/realty/2015-05-29/1_war.htm, consulté le 27/12/2016.

Трудно себе представить применение военной силы без одновременного информационного обеспечения, без экономических санкций, без методов «тайной войны», без попыток разложения противника и без попыток использования противоречий (этнических, социальных, экономических, политических и т.д.) в стане противника. Это азбука любой войны вообще со времен античности”.

  1. MANSOOR Peter, “Hybrid Warfare in History,” in Williamson Murray, Peter Mansoor (éd.), Hybrid Warfare: Fighting Complex Opponents from the Ancient World to the Present, Cambridge, 2012.

  2. HENNINGER Laurent, « La “guerre hybride” : escroquerie intellectuelle ou réinvention de la roue ? », Revue Défense nationale, n° 788, mars 2016.

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Par extension, d’autres analystes rechignent à utiliser une terminologie considérée comme buzzword, et dont l’existence serait par définition éphémère. A l’image d’autres concepts qui ont depuis disparus des débats militaro-stratégiques – citons par exemple ceux de Three Block war, Effect-Based Operations (EBO), Contemporary Operating Environment ou Network-Centric Warfare ayant fleuri outre-Atlantique durant la dernière décennie du XXe siècle – la

  • guerre hybride » ne ferait qu’allonger la liste des concepts s’essayant à cerner la porosité des modes de guerre :

  • Il vient prendre la place ou s’ajouter à tant d’autres, comme nous en avons pris l’habitude depuis déjà longtemps, puisque cet univers semble fonctionner dans le domaine linguistique comme s’il n’était régi que par le marketing : tout comme de nouveaux produits de consommation, un « concept » chasse l’autre dès que son aura baisse et que la machine a besoin d’être relancée29 ».

Reste qu’utilisé depuis près de 10 ans par le Commandement allié Transformation (Allied Command Tranformation, ACT) et choisi sans concurrent par l’OTAN pour décrire les pratiques de guerre russes depuis quatre ans, la « guerre hybride » est un concept aux conséquences politiques bien réelles.

D’autres, enfin, s’inquiètent par conséquent de son utilisation pour guider les politiques d’ajustement de l’Alliance. Au-delà de sa faiblesse descriptive, le concept est loin de faire l’unanimité parmi les États-membres, et même dans des pays qui ont choisi de transposer cette terminologie dans leur doctrine interne, appropriation qui n’est pas sans induire une modification supplémentaire en fonction des défis stratégiques auxquels ils se sentent personnellement confrontés, des voix discordantes se font régulièrement entendre au sein des représentations30. Le concept entendu de manière trop imprécise par les structures de l’OTAN serait inefficace et impropre à pouvoir faire émerger une doctrine sensible à la basse intensité des actions malveillantes russes, construites pour passer sous le seuil de perception et de réaction classique de l’Organisation31.

  1. Ibidem.

  2. Nadia Schadlow rapporte notamment le cas d’un haut gradé estonien ayant exprimé des frustrations face au concept lors d’une réunion informelle rassemblant à Washington des acteurs des pays baltes et d’Europe centrale, en 2015, et soutien que la terminologie d’« hybride » est méprisée par une partie des Polonais et de ses voisins baltes. Cf. SCHADLOW Nadia, “The Problem with Hybrid Warfare”, War on the Rocks, 2 avril 2015. Olivier Schmitt confirme également que les critiques à l’égard du concept de guerre hybride, bien que ne faisant pas autorité, sont monnaie courante dans les rencontres informelles entre membres (entretien avec l’auteur).

  1. SCHADLOW Nadia, “The Problem with Hybrid Warfare”, op. cit.

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  • D’un côté, ces travaux, basés sur une analyse théorique et historique approfondie, étaient les premiers avertissements d’une dissonance conceptuelle entre la théorie de la guerre hybride et son application aux actions du Kremlin en Crimée et dans l’est de l’Ukraine. D’autre part, ils n’étaient qu’une goutte d’eau dans un discours écrasant en faveur de l’idée que la Russie mène une guerre hybride32 ».

Dès lors, pourquoi un tel succès du terme ? A l’heure où ce dernier apparaît nommément dix-sept fois dans le communiqué final du sommet de Bruxelles, sous la forme de « menaces hybrides », « actions hybrides », « méthodes hybrides », « campagne hybride » « activités hybrides », « pratiques hybrides », « attaques hybrides » et « guerre hybride »33, il paraît opportun de s’interroger sur une terminologie qui constitue, par son parcours insolite à travers les sphères, cultures stratégiques, pratiques bureaucratiques et zones géographiques, un véritable cas épistémologique. Née dans la tourmente des tentatives de conceptualisation de la guerre contemporaine, critiquée pour son manque de pertinence historique comme stratégique, mais exploitée depuis ses débuts pour légitimer et entretenir de larges réformes via de multiples acceptions, comment et pourquoi s’est imposé dans les cercles de l’OTAN un concept dont la caractéristique principale, aujourd’hui, semble être sa plasticité ?

  1. FRIDMAN Ofer, op. cit.

On one hand, these works, based on in-depth theoretical and historical analysis, were the early warnings of conceptual dissonance between the theory of hybrid warfare and its application on the Kremlin’s actions in Crimea and eastern Ukraine. On the other, they were only a drop in the ocean of an overwhelming discourse in favour of the idea that Russia has been waging a hybrid war”.

  1. OTAN, Déclaration du sommet de Bruxelles, 11 juillet 2018.

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II – Méthode

Le problème de définition est au cœur même de ce travail. A l’heure de sa rédaction, le concept de « guerre hybride » est utilisé par les cercles de l’OTAN pour rendre compte de réalités extrêmement dissemblables, usant de définitions extensives pour des cas pratiques pourtant bien précis. On retrouve ainsi dans les documents officiels, e pluribus unum, les menaces cyber, les systèmes A2/AD34 chinois et russes35, les unités spéciales sans insigne, ou

  • hommes verts » russes et iraniens36, les menaces CBRN37, la criminalité organisée, les pressions exercées via le levier énergétique38, l’agitation de minorités ethniques et linguistiques, le financement de partis politiques extrémistes, et plus récemment les fake news et l’ingérence

dans les processus électoraux39. Pourtant, aucune définition précise n’existe de fait pour clarifier l’éventail des risques qu’il lui semble peser sur sa propre sécurité. L’Organisation admet ouvertement cette lacune, son Secrétaire général actuel rappelant fréquemment que le

Cheval de Troie est peut-être le premier exemple historique de « guerre hybride »40. La Revue de l’OTAN accuse également ce manque : dans un article de Damien Van Puyvelde, professeur assistant de sécurité internationale et directeur associé de la recherche au National Security Studies Institute de l’Université du Texas, publié en 2015, l’auteur y relate que :

    • Lors d’une récente rencontre parrainée par l’OTAN et organisée par l’Atlantic Council, les participants ont appris qu’il n’existait « aucune définition unanimement reconnue des termes liés à la guerre hybride ». Autrement dit, les vingt-huit membres de l’Alliance atlantique ne parviennent

  1. Pour Anti-Access/Area Denial, c’est-à-dire les méthodes défensives et offensives d’interdiction d’accès à une zone pour un adversaire.

  2. LASCONJARIAS Guillaume, MARRONE Alessandro, “How to Respond to Anti-Access/Area Denial (A2/AD)? Towards a NATO Counter-A2/AD Strategy”, NDC Conference Report, Research Division – NATO Defense College, n° 01/16, février 2016.

  1. Gardner Hall, “Hybrid Warfare: Iranian and Russian Versions of ‘Little Green Men’ and Contemporary Conflict”, NATO Defense College Research Paper, n° 123, décembre 2013.

  1. Dénomination officielle de l’OTAN (voir OTAN, glossaire AAP15) pour Chemical, Biological, Radiological and Nuclear, communément traduite en français par Arme nucléaire, radiologique, biologique et chimique.

  2. GRUBLIAUSKAS Julijus, RÜHLE Michael, “Energy as a Tool of Hybrid Warfare”, NATO Defense College Research Paper, n° 113, avril 2015.

  3. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “Countering Russia’s Hybrid Threats: An Update”, Draft Special Report, Committee on the Civil Dimension of Security, 27 mars 2018.

  4. STOLTENBERG Jens, “Zero-sum? Russia, Power Politics, and the Post-Cold War Era”, Brussels Forum, 20 mars 2015.

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pas à se mettre d’accord sur une définition claire des menaces auxquelles ils sont confrontés. [] Je recommande donc que l’OTAN et les autres décideurs occidentaux oublient toutes les références à l’« hybridité »41 ».

Depuis, et bien que le besoin d’une définition claire et commune n’ait cessé d’augmenter, aucune acception officielle du terme n’a été proposée, quand les références à l’hybridité, elles, se sont démultipliées.

Certes, définir conceptuellement la « guerre hybride » comporte des risques : trop large, le sens du concept pourrait se dissoudre pour ne devenir qu’une « notion » vague, indiscriminante et inutilisable ; trop précise, elle serait susceptible de ne plus rendre compte que d’événements isolés sans lien avec la stratégie dont ils sont issus. Les tentatives de descriptions de la guerre hybride ne sont en ce sens que peu satisfaisantes. En 2010, la définition couramment admise relevait que « Les menaces hybrides sont celles posées par des adversaires, avec la possibilité d’utiliser simultanément des moyens conventionnels et non-conventionnels pour atteindre leurs objectifs42 ». Non moins évasive au regard des critiques « a-historiques » qui lui sont adressées, l’OTAN définissait ainsi les menaces hybrides au sortir du sommet de Bruxelles :

  • Les menaces hybrides combinent des moyens militaires et non militaires ainsi que des moyens secrets et manifestes, dont la désinformation, les cyberattaques, la pression économique, le déploiement de groupes armés irréguliers et le recours à des forces régulières. Les méthodes hybrides sont utilisées pour brouiller les frontières entre la guerre et la paix et pour tenter de semer le doute dans l’esprit des adversaires43 ».

Si aucune définition officielle n’est disponible pour circonscrire une telle étude, « cette tâche délicate échoit donc aux universitaires, aux journalistes spécialisés, aux analystes, aux

41 VAN PUYVELDE Damien, « La guerre hybride existe-t-elle vraiment ? », Revue de l’OTAN, 7 mai 2015. https://www.nato.int/docu/review/2015/Also-in-2015/hybrid-modern-future-warfare-russia-ukraine/FR/index.htm, consulté le 28/10/2017.

  1. OTAN, Bi-SC Input to a New NATO Capstone Project for the Military Contribution to Countering Hybrid Warfare,

  1. août 2010.

Hybrid threats are those posed by adversaries, with the ability to simultaneously employ conventional and non-conventional means adaptively in pursuit of their objectives”.

  1. OTAN, “NATO’s Response to Hybrid Threats”, 17 juillet 2018. https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_156338.htm, consulté le 5/08/2018.

Hybrid threats combine military and non-military as well as covert and overt means, including disinformation, cyber attacks, economic pressure, deployment of irregular armed groups and use of regular forces. Hybrid methods are used to blur the lines between war and peace, and attempt to sow doubt in the minds of targets”.

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officiers des forces, ou à ceux qui doivent rédiger un mémoire académique44 ». Or, peut-être ceux qui doivent rédiger un mémoire académique souhaiteront tout d’abord s’aider de la littérature existante sur le sujet, espérant y trouver un support, une aide là où semble régner le flou : qu’est-ce précisément que la « guerre hybride » ?

2014 signe un changement d’analyse et un regain d’intérêt quant à la Russie dans le domaine de la recherche. En janvier, Heidi Reisinger, du Collège de défense de l’OTAN, estimait encore que :

  • Les nombreuses années de réformes continuelles, de sous-financement et les effets dévastateurs des tendances démographiques ont conduit les forces armées russes à une situation où même de hauts responsables militaires ont des doutes quant à la capacité de fournir une défense nationale sans armes nucléaires tactiques…45 ».

Dix mois plus tard, l’examen avait radicalement évolué. Dans une autre publication, l’auteur estime désormais que les actions russes « ont été un mélange efficace et parfois surprenant de composantes militaires et non-militaires, conventionnelles et irrégulières, et peuvent inclure toutes sortes d’instruments tels que le cyber et les opérations d’information46 ». Les analystes ont, depuis l’agression russe en Ukraine, fournit une littérature abondante – et actualisée – sur la genèse du concept de guerre hybride, sur son développement, ses controverses, ainsi que sur son appropriation par l’OTAN, littérature dans laquelle il est aisé de

  1. HENNINGER Laurent, « La “guerre hybride” : escroquerie intellectuelle ou réinvention de la roue ? », op. cit.

  2. REISINGER Heidi, “Does Russia Matter? Purely Political Relations Are Not Enough in Operational Times”, NDC Conference Report, NATO Defence College, Rome, 31 janvier 2014.

Many years of continual reform, underfunding, and the devastating effects of demographic trends have led the Russian armed forces to a situation where even senior military personnel raises doubts about the ability to provide national defence without tactical nuclear weapons…”

  1. GOLTS Aleksandr, REISINGER Heidi, “Russia’s Hybrid Warfare: Waging War below the Radar of Traditional Collective Defense”, NATO Defense College Research Paper, n°105, novembre 2014.

have been effective and sometimes surprising mix of military and nonmilitary, conventional and irregular components, and can include all kinds of instruments such as cyber and information operations”.

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reconnaître les contributions américaines47, scandinaves48, baltes49, françaises50, ou encore turques51, israéliennes52, et russes53, dans un débat qui, nous l’avons entrevu, fût et reste dans une certaine mesure monopolisé par l’OTAN. Nombre d’entre eux ont remis en question l’utilisation du concept de guerre hybride par l’Alliance et, loin de se limiter à fournir des recommandations stratégiques ou de s’essayer à entrevoir où, quand et comment interviendront les prochaines manifestations de la guerre hybride, ils offrent un cadre critique pour questionner l’empreinte du concept de guerre hybride sur l’Organisation. S’ils tendent parfois à étendre toujours plus les champs d’application possibles de l’« hybridité », voyant par exemple dans les Tigres tamouls54 ou les gangs mexicains55 des exemples supplémentaires de son occurrence, il est possible d’y trouver les éléments nécessaires à la composition d’une définition claire et praticable du concept de « guerre hybride ».

Ces écrits rappellent que dans une acception stricte, l’hybridité renvoie étymologiquement à une association entre deux éléments de nature différente (du latin ibrida), le résultat de ce croisement donnant naissance à une espèce sui generis. Replacée dans le phénomène de la guerre, une « guerre hybride » est donc une manifestation de la force usant simultanément des modes de guerre régulier et irrégulier, conventionnel et non-conventionnel, linéaire et non-linéaire, secret ou découvert : « tressés ensembles, ils constituent une menace d’une nature différente et nouvelle56 ». C’est cette définition, par souci de se prémunir de tout raccourci historique ou sur-extension sémantique, que nous retiendrons : la « guerre hybride » est une dialectique de volontés utilisant, dans leur attributs politiques, stratégiques et/ou

  1. Notamment KAUFMAN Michael, ROJANSKY Matthew, “A Closer Look at Russia’s Hybrid Warfare”, Kennan Cable, Wilson Center, n°7, 2015.

  2. Notamment RACZ Andras, “Russia’s Hybrid War in Ukraine: Breaking the Enemy’s Ability to Resist”, FIIA Report

43, 16 juin 2015 ; RENZ Bettina, SMITH Hanna, “After ‘Hybrid Warfare’, What Next? – Understanding and Responding to Contemporary Russia”, Publications of the Government ‘s analysis, assessment and research activities, 44/2016, Helsinki, 27 cctobre 2016.

  1. Notamment BĒRZIŅŠ Jānis, “Russian New Generation Warfare is not Hybrid Warfare”, in Artis Pabriks, Andis Kudors (dir.), The War in Ukraine: Lessons for Europe, University of Latvia Press, 2015 ; MAIGRE Merle, “Nothing New in Hybrid Warfare”, German Marshall Fund Policy Brief, février 2015.

  1. Notamment HENROTIN Joseph, Techno-guérilla et guerre hybride. Le pire des deux mondes, Paris, Nuvis, 2014 ; TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », Focus stratégique, n° 63, octobre 2015.

  2. Notamment OGUZER Şafak, “The New NATO: Prepared for Russian Hybrid Warfare?”, Ankara Center for Crisis and Policy Studies, 1 juin 2017.

  3. Notamment ADAMSKY Dmitry, “Cross-domain Coercion: The Current Russian Art of strategy”, Proliferation Papers, n°54, novembre 2015, p. 9-43.

  4. Notamment PUKHKOV Ruslan, “Миф о « гибридной войне »” (Le mythe de la guerre hybride), Revue militaire indépendante, 29 mai 2015. http://nvo.ng.ru/realty/2015-05-29/1_war.htm, consulté le 27/12/2016.

  5. HENROTIN Joseph, Techno-guérilla et guerre hybride. Le pire des deux mondes, Paris, Nuvis, 2014.

  6. TENENBAUM Elie, op. cit.

  1. Allied Command Transformation (ACT), “NATO Countering the Hybrid Threat” [Michael Miklaucic], 2011. http://www.act.nato.int/nato-countering-the-hybrid-threat, consulté le 2/04/2018.

braided together constitute a threat of a new and different nature”.

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tactiques, les éléments de coercition de chacun des deux principaux modes de guerre – le régulier, et l’irrégulier57.

Si les multiples contributions à la pensée de la « guerre hybride » s’intéressent au bien-fondé du concept et ses ramifications et évolutions de sens depuis son introduction dans les cercles de l’OTAN, peu paraissent pourtant s’être attardés sur les raisons profondes de la pérennité du concept. Et pour cause, que l’on se satisfasse ou non de ces largesses actuelles, s’interroger sur la corrélation entre les adaptations concrètes de l’Organisation et les menaces que celle-ci identifie comme partie intégrante d’une « guerre hybride » ne peut se limiter à un inventaire des mesures prises depuis quatre ans. Quelle relation l’Organisation du traité de l’Atlantique nord entretient-elle véritablement avec le concept de guerre hybride ? Que disent ses maintes significations de l’OTAN, prise comme une alliance militaire et politique traversée par des logiques institutionnelles, politiques et bureaucratiques qui lui sont propres ? Le concept est-il avant tout un débat national projeté au niveau intergouvernemental suivant les événements stratégiques, ou est-il l’affaire d’une structure supranationale mue par ses propres intérêts, perceptions et ambitions, et dont les conceptions sont distillées par la suite au sein de ses États-membres ?

Rares sont les ouvrages, en fin de compte, à considérer le concept de « guerre hybride » comme la conséquence logique des pratiques de l’Alliance, continuum potentiellement évident d’un assemblage militaire défensif en quête de sens, menacé par un contexte intérieur instable et inscrit dans un monde dont la complexité, parfois, lui échappe. Le concept de guerre hybride n’est-il qu’un « patch » passager, ou est-il l’émanation d’une crise d’identité qu’une menace considérée – à tort ou à raison – comme ontologique a permis de réveiller ? Certains auteurs ont déjà fait remarquer le potentiel unifiant du concept de « guerre hybride » permettant à l’ensemble des membres de se sentir investis dans une démarche commune. Prise comme

  • auberge espagnole stratégique58 », le concept serait-il le moyen de resserrer le « lien euro-atlantique » après une période caractérisée par le désengagement59 ? Et si oui, pourquoi cette

  1. Nous devons la plupart des éléments de cette définition, remodelée et appropriée pour répondre au fil de notre développement, à Élie Tenenbaum, dont la force d’analyse et de synthèse a permis de cerner avec une étonnante justesse les traits saillants d’un concept éminemment volatil. Cf. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », Focus stratégique, n° 63, octobre 2015, p. 22.

  1. TENENBAUM Elie, op. cit.

  2. SCHMITT Olivier, « L’OTAN face à la fin du modèle expéditionnaire », Revue Défense Nationale, vol. 752, été 2012.

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terminologie controversée ? Dans un article publié en septembre 2011 par l’ACT, et pour le moins annonciateur, on y lit les inquiétudes d’une Alliance à la recherche de ses propres fins :

    • En l’absence d’une menace militaire commune directe, telle que celle que l’Union soviétique posait autrefois, les intérêts, les engagements et les visions disparates de l’avenir transatlantique ont fragmenté la cohérence de l’Alliance. [] il semble être une conclusion ferme que l’unité de commandement ne peut être réalisée, du moins pas jusqu’à ce que le groupe de nations formant la coalition ne soit face à une menace existentielle immédiate []. Il est préférable de reconnaître que les différents acteurs dans la même situation ont des perspectives et des objectifs différents, et cherchent

  • identifier un terrain d’entente qui peut constituer une base pour la collaboration60 ».

Le concept de guerre hybride serait-il ce terrain d’entente ? Permettrait-il de fédérer les Alliés en renouant avec une menace existentielle où chacun reconnaît son intégrité menacée, par la Russie comme par les groupes transnationaux islamistes ? Et n’est-ce pas finalement, comme il le devient apparemment courant, sur-interpréter non plus ici la signification, mais l’importance même du concept de guerre hybride dans la trajectoire de l’OTAN ?

A l’heure où l’Alliance paraît plus que jamais secouée par des crises internes – Brexit, crise des migrants et montée des populismes, voire présidence et menaces de Donald Trump61

cette étude entend offrir un outil heuristique de l’appropriation d’un concept par une alliance militaire interétatique.

Pour répondre de la manière la plus entière possible, il convient de faire dialoguer plusieurs aspects de l’adaptation stricto sensu de l’OTAN aux menaces de guerre hybride.

  1. Allied Command Transformation (ACT), “NATO Countering the Hybrid Threat” [Michael Miklaucic], 2011. http://www.act.nato.int/nato-countering-the-hybrid-threat, consulté le 2/04/2018.

In the absence of a direct common military threat, such as that once posed by the Soviet Union, disparate interests, commitments and visions of the trans-Atlantic future have fragmented Alliance coherence. [] it seems to be a firm conclusion that unity of command cannot be achieved, at least not unless and until the group of nations forming the coalition face an immediate existential threat []. It is better to acknowledge that different actors in the same situation have different perspectives and purposes, and seek to identify the common ground that can form a basis for collaboration”.

  1. Ce dernier menaçait encore le 18 mai 2018 de quitter l’OTAN si les contributions des membres européens au budget global de l’OTAN n’étaient pas revalorisées.

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Premièrement, la formation du concept : son développement, sa place dans les débats d’experts militaires et les traits marquants de la théorie initiale de la « hybrid warfare » de James Mattis et de Frank Hoffman. Cette première partie permettra de discerner les contours originels du concept et de replacer son ascension dans le contexte stratégique qui lui est associé, afin de pouvoir notamment reconnaître, par la suite, les altérations de sens induites par ses périples. Ce premier déblayage théorique du concept s’achèvera par l’analyse de l’introduction du terme dans les sphères de l’OTAN, de ces premières apparitions à l’aube de la crise ukrainienne (2007

2014). Dans une deuxième partie, il s’agira de revenir sur les effets produits par la jonction entre la notion d’hybridité et l’identification du protagoniste russe ; sur le retour à la défense collective comme ligne directrice de nombreuses réformes et œuvre d’une politique de partenariats de l’OTAN servant à pallier les limites de son action, du sommet du Pays de Galles au sommet de Bruxelles (2014 – 2018). Nous proposerons ensuite une discussion critique des raisons profondes de la pérennité du concept de guerre hybride à l’OTAN au travers de trois axes de réflexions : 1) au niveau conceptuel, les éléments structurants de la sur-extension sémantique et les risques qui lui sont associés, 2) au niveau institutionnel et cognitif, le dilemme de la coexistence de la logique militaire de la différenciation et de la logique politique de l’intégration, et enfin, 3) au niveau politico-stratégique, l’expression de la réponse construite par l’OTAN, et les débats qu’elle suscite en tant que « stratégie intégrale » aux caractéristiques étrangement hybrides ; ses origines, manifestations, et conséquences pour l’alliance politico-

militaire à « l’arrangement sécuritaire collectif le plus réussi du XXe siècle62 ». Nous espérons qu’en conclusion de cette étude, et à la lumière des trajectoires d’entités politiques et militaires différentes érigées en cas pratiques de l’appropriation d’un concept controversé, cette partie critique puisse offrir des pistes de réflexions et un recul nécessaire à la compréhension de l’adaptation de l’OTAN aux menaces de « guerre hybride » russes.

  1. Ibidem.

most successful collective security arrangement among states in the 20th century”.

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  1. L’essor du concept de « guerre hybride » : contexte, développement et

    • otanisation » primaire

Au sortir de la Guerre froide, l’OTAN comprend rapidement que les formes de guerre complexes n’ont pas disparu. La mondialisation, loin de corroborer la vision post-stratégique d’une « fin de l’histoire », offre au contraire de nouvelles opportunités aux planificateurs militaires et combattants occidentaux comme non-occidentaux. Au Moyen-Orient, en Afrique ou dans les Balkans, les champs non-militaires – diplomatique, médiatique, économique et cyber encore à ses débuts – sont réinvestis, donnant lieu à une multitude de nouvelles stratégies auxquelles l’Alliance et les pays de la zone euro-atlantique souhaitent s’adapter.

Dans la droite lignée des concepts de « guerre asymétrique » et de « guerre dissymétrique », puis de l’alarmante Revolution in Military Affairs (RMA) en passant par la

  • guerre de quatrième génération », la « guerre hors-limites » ou la « guerre couplée », le concept de « guerre hybride » émerge parmi une profusion de concepts tentant d’appréhender les caractéristiques nouvelles de ces conflits « poreux » à une époque particulière des débats stratégiques euro-atlantiques. Dans les cercles d’experts militaires américains d’abord, exportée dans les plus hautes structures de l’OTAN ensuite, l’« hybrid warfare » connaît un essor linéaire qui n’est cependant pas sans amener un lot de critiques et de détracteurs ; controversée et au succès en demi-teinte au niveau théorique, elle s’impose déjà au gré de l’environnement stratégique et s’adapte en retour à ces contextes.

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  1. L’« hybrid warfare » : à la recherche d’une conceptualisation pour la porosité des modes de guerre post-Guerre froide

a. Les prémices du concept de « guerre hybride »

L’expression de « guerre hybride » n’apparaît pas sous la plume de Frank Hoffman et James Mattis en 2005, mais bien dans une thèse de la Postgraduate Naval School rédigée par Robert Walker en 199863. Le concept suppose alors que la guerre hybride se situe dans l’interstice entre les actions conventionnelles et les opérations spéciales conduites par l’U.S. Marine Corps durant les années 1990 ; l’hybridité est donc une combinaison de méthodes régulières et irrégulières employée par l’armée américaine. Avant sa popularisation au milieu des années 2000, le terme reparaît une seconde fois, en 2002 – toujours dans une thèse de la Postgraduate Naval School de Californie64 –, et tend à qualifier ici les modalités particulières des initiatives insurrectionnelles tchétchènes durant la Première Guerre de Tchétchénie (1994

1996). Dans un futur proche, l’insurrection caucasienne pourraient constituer un modèle des guerres irrégulières du futur et donc fournir un exemple instructif pour l’armée américaine. Selon l’auteur, les sociétés où cohabitent des normes traditionnelles et technologies, normes et théories socio-politiques modernes sont des « sociétés hybrides ». En tant que tel, ces sociétés conduiraient des opérations armées régies à la fois par des traditions archaïques et des technologies récentes, par des codes ancestraux et des tactiques militaires modernes : les « guerres hybrides ». Moins descriptif que prospectif, le phénomène souhaite avant tout instruire l’U.S. Army de plusieurs recommandations alors qu’elle vient de s’engager en Afghanistan. L’auteur insiste dans la droite lignée de la RMA et de la Transformation sur l’utilité de faire valoir l’avance technologique américaine.

A ces deux travaux et constats différents, trois conclusions. En premier lieu, c’est dire le socle commun et opérant que propose la recours à la notion d’« hybridité » pour qualifier de manière claire des modes opératoires d’acteurs variés, mettant potentiellement d’accord les

  1. WALKER Robert, The United States Marine Corps and Special Operations [thèse], Naval Postgraduate School, Montegerey, décembre 1998.

  2. NEMETH William, Future War and Chechnya: A Case for Hybrid Warfare [thèse], Naval Postgraduate School, Montegerey, juin 2002. Thèse non publiée.

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analystes au tournant du millénaire. La guerre conduite de manière « hybride », dans ces deux manifestations, souligne bien la composante irrégulière des méthodes par opposition à des tactiques dites « régulières », c’est-à-dire issues d’un processus historique homogène65. En tant que combinaison politico-stratégique, ce trait, nous l’avons vu, « désigne sans aucun doute la quasi-totalité des guerres, d’hier comme d’aujourd’hui66 ». Reste que pratiquée par les insurgés tchétchènes ou les Marine Corps américains, la guerre hybride, dès sa conceptualisation, semble bien pointer du doigt une particularité propre à la manœuvre hybride : celle « d’imposer une tension particulière à l’adversaire67 ». Dans des actions de sabotage, pour l’action psychologique, sociale ou économique, la subversion ou le harcèlement par la guérilla, la

  • guerre hybride » est une variation complexe de la « guerre irrégulière » qui offre, dans l’art

opératif, une plus-value significative pour l’érosion de la volonté de l’ennemi6869. Elle se situe donc au centre du spectre de la conflictualité, panachant au choix ses actions de moyens

purement militaires ou paramilitaires70.

Deuxièmement, si l’hybridité fait dans une certaine mesure le pont entre les différentes théories émises sur l’irrégularité, elle concède également à ses auteurs les tendances de l’accroissement de moyens engagés et des acteurs impliqués. L’opportunité des manœuvres hybrides est en effet valorisée par l’informatisation et la miniaturisation des systèmes d’armement dans les années 1990, par les techniques duales, et donc l’élargissement du champ des possibles pour prendre à rebours la « technologisation » de la guerre occidentale. En parallèle, ces nouvelles technologies peuvent évidemment servir les forces spéciales occidentales dans des conflits asymétriques. L’argument de l’utilisation de l’hybridité par l’Occident avant de la penser comme arme privilégiée des combattants non-Occidentaux est

donc posé dès l’apparition du concept71. Si RMA il y a, elle profite de facto à l’ensemble des acteurs pratiquant l’hybridité, et quels que soient leurs objectifs tactiques.

  1. Élie Tenenbaum déconstruit dans son article les notions de « régulier » et d’« irrégulier », opposant la formation historique linéaire des armées occidentales régulières – accroissement de la puissance de feu, discipline et stratégie comme clé de voûte entre la tactique et la politique – à l’irrégularité qui peut provenir, dès lors, de l’absence d’un seul de ces trois facteurs : « La guerre est donc bien [] irrégulière au sens où elle déroge aux règles fixées depuis le XVIIe siècle », cf. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », Focus stratégique, n° 63, octobre 2015. On notera d’ailleurs que l’irrégularité de l’insurrection tchétchène, dans la pensée de William Nemeth, provient justement de l’aspect « archaïque », non-« classique » de leur société.

  1. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », op. cit.

  1. Ibidem.

  2. Ibidem.

  3. BEAUFRE André, Introduction à la stratégie, Paris, Hachette, 1998.

  4. Voir annexe 2, « La guerre hybride dans le spectre de la conflictualité ».

  5. Voir infra, p. 102.

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Enfin, force est de constater qu’un changement significatif dans le contexte stratégique sépare l’écriture de ces deux thèses : la première est à la recherche de l’hybridité fondamentale issue de la délimitation stricte induite par son étymologie ; la seconde s’inscrit quant à elle dans une période d’engagement des forces armées américaines dans des théâtres d’opération spécifiques et dans un débat global qui oppose une focale sur la technologisation à celle du retour aux théories de la contre-insurrection. L’Afghanistan dès 2001, puis l’Irak deux ans plus tard, donnent une impulsion nouvelle à ces querelles.

Robert Walker appuie sur la souplesse des méthodes qui doivent être utilisées et sur la possibilité pour l’armée américaine de s’adapter « par le bas » aux nouvelles conflictualités. Le non-conventionnel appelle ici le non-conventionnel :

  • L’avenir de la guerre décrit par ces auteurs [de la complexité nouvelle de la guerre], ainsi que par beaucoup d’autres, présente un certain nombre de caractéristiques non-conventionnelles, notamment l’utilisation de tactiques de guérilla, le terrorisme, et peut-être la guerre de l’information ou même les armes de destruction massive (ADM). Afin de mener une telle guerre, l’armée américaine de l’avenir devra être capable de réagir de manière non-conventionnelle à de telles menaces72 ».

William Nemeth, face aux guerres hybrides à venir, soutient a contrario les conclusions de la RMA : « Sur le plan organisationnel, les échelons de commandement au-dessus de la brigade doivent être éliminés en tirant parti de l’avantage des États-Unis en matière de technologies de l’informatique, des communications et de la gestion de l’information73 ». Ainsi, le changement de contexte stratégique joue sur l’évolution de sens qu’est donné à l’hybridité, montrant que la pierre d’achoppement se situe tant au niveau des acteurs des méthodes opérationnelles hybrides que des réponses à apporter aux menaces.

  1. WALKER Robert, op. cit.

The future of warfare as described by these authors, as well as many others, possesses a number of unconventional characteristics, including the use of guerrilla tactics, terrorism, and perhaps information warfare or even weapons of mass destruction (WMD). In order to fight such a war, the American military of the future will need to be able to respond to such threats in an equally unconventional manner”.

  1. NEMETH William, op. cit.

Organizationally, the echelons of command above the Brigade need to be flattened by taking advantage of the United State’s advantage in computing, communications, and information management technologies”.

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b. Hoffman, Mattis et l’« hybrid warfare » théorique

C’est dans cette lignée des débats agités à la veille de la Quadrennial Defense Review de 2006 que Frank Hoffman et James Mattis rédigent l’article fondateur d’un concept amené à un succès plus grand que ses prédécesseurs : « Futur Warfare: The Rise of Hybrid Wars »74. En novembre 200575, ils soutiennent en effet que l’Amérique, dans les années à venir, sera possiblement confrontée :

  • à l’effondrement d’un Etat failli ayant perdu le contrôle de certaines armes biologiques ou balistiques, tout en devant faire face à une violence fondée sur des clivages ethniques, ainsi qu’à des groupes terroristes radicaux déplacés [par l’intervention américaine]. Nous pourrions faire face à des restes d’une armée sur le terrain d’un État voyou dans les guerres futures, et qui pourraient utiliser de manière remarquablement nouvelle des armes conventionnelles ou non-traditionnelles. Nous pouvons également nous attendre à faire face à des attaques peu orthodoxes ou à des actes de violence commis au hasard par des groupes sympathisants d’acteurs non-étatiques contre nos infrastructures critiques ou nos réseaux de transport. Nous pouvons également voir d’autres formes de guerre économique ou des formes paralysantes d’attaques de réseaux informatiques contre des cibles militaires ou financières76 ».

Cette théorie est évolutive, et remarque avant tout que la fréquence et la létalité des conflits armés ont augmenté. Elle pointe surtout du doigt le bond qualitatif dans l’armement de groupes non-étatiques. De plus en plus professionnalisés, ces groupes irréguliers ont en effet

  1. HOFFMAN Frank, MATTIS James, “Future Warfare: The Rise of Hybrid Wars”, Proceedings, vol. 131, n° 11, novembre 2005.

  2. C’est-à-dire peu après que la Stratégie nationale de défense américaine a sanctionné un élargissement du nombre de menaces pour les États-Unis. Cf. Department of Defense, The National Defense Strategy of the United States of America, mars 2005.

  1. Ibidem.

“the fall out of a failed state that owned but lost control of some biological agents or missiles, while combating an ethnically motivated paramilitary force, and a set of radical terrorists who have now been displaced. We may face remnants of the fielded army of a rogue state in future wars, and they may employ conventional weapons in very novel or nontraditional ways. We can also expect to face unorthodox attacks or random acts of violence by sympathetic groups of non-state actors against our critical infrastructure or our transportation networks. We may also see other forms of economic war or crippling forms of computer network attacks against military or financial targets”.

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réussi à faire fusionner et à coordonner de multiples leviers de puissance – économiques, médiatiques, technologiques, voire dissuasifs. Mais que se passerait-il si certains de ces groupes pouvaient détenir ou mettre la main sur un arsenal semblable à celui que possèdent les acteurs étatiques ? Si besoin est, l’ensemble de ces leviers pourraient dans un futur proche être employé simultanément pour affronter l’ennemi. Le modèle ici décrit est encore théorique, mais correspond à s’y méprendre aux inquiétudes soulevées par les premiers revers subis en Irak durant les années 2003 – 2004.

Au sens strict, et par cette première définition, la « guerre hybride » de Frank Hoffman et James Mattis se concentre donc sur les caractéristiques tactiques et technico-opérationnelles. Portés par cette vision « a-stratégique77 », les auteurs reprennent dans un second temps la théorie de la « Three Block War »78 popularisée par Charles Krulak, et font valoir qu’un quatrième bloc doit y être ajouté. Le concept originel se focalisait à la toute fin des années 1990 sur l’intervention, postulant que les forces militaires doivent mener simultanément des opérations humanitaires, de maintien de la paix/stabilisation et des combats dans trois espaces contiguës. Les deux auteurs souhaitent un bloc additionnel comprenant les opérations psychologiques et informationnelles, « aire où l’on ne saurait pas physiquement présents mais dans laquelle nous communiquons ou diffusons notre message79 ». Et pour cause, l’Irak prouve pour eux que les évolutions de la guerre nécessitent une attention sur les messages envoyés par les militaires présents sur le terrain, à la fois « senseurs » (sensors”) collectant l’information, et « émetteurs » (transmitters”) ; « les insurrections sont des guerres d’idées, et nos idées doivent rivaliser avec celles de l’ennemi80 ».

Cet aspect renvoie une fois de plus aux débats alors en cours au Pentagone. Partisans du boots on the ground”, Frank Hoffman et James Mattis espèrent se faire l’écho des maintes voix qui s’élèvent à l’époque contre une possible reconduction de la Transformation – soutenue victorieusement par Donald Rumsfeld en 2001 – dans la QDR de 2006. Ces voix ambitionnent un demi-tour sur la réduction des effectifs et l’accent mis sur les technologies de pointes, proposant à l’inverse un retour aux méthodes de contre-insurrection qui mettent à l’honneur les compétences humaines. Voilà pourquoi la désormais Four War Block” des deux auteurs insistent sur l’entraînement des soldats américains dont le poids « informationnel » est capital.

  1. FRIDMAN Ofer, op. cit.

  2. Pour les deux publications de référence du concept, voir KRULAK Charles, “The Three Block War: Fighting in Urban Areas”, Vital Speeches of the Day, vol. 64, 15 décembre 1997, p. 139-141 ; KRULAK Charles, “The Strategic Corporal: Leadership in the Three Block War”, Marine Corps Gazette, vol. 83, janvier 1999, p. 18-23.

  1. HOFFMAN Frank, MATTIS James, op. cit.

  2. HOFFMAN Frank, MATTIS James, op. cit.

Insurgencies are wars of ideas, and our ideas need to compete with those of the enemy”.

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En somme, ces arguments en faveur d’une vision « population-centrique » de la Counter-Insurgency (COIN) cherchent à tempérer et à remettre en question les points de vue de la Transformation. Une décennie plus tôt, rappelle Joseph Henrotin, la guerre asymétrique avait elle aussi servi de critique et de contrepoint de la RMA. « Dans les deux cas, il s‘agissait donc de replacer la question de la forme potentielle de l’adversaire futur au cœur des débats, plutôt que de continuer à « mythifier » l’un ou l‘autre mode de guerre qui correspondrait aux préférences nationales81 ».

Le concept ne rencontre pas dès novembre 2005 le succès que nous lui connaissons. Au contraire, il tend à se perdre temporairement dans la multitude d’écrits théoriques cantonnés dans le cercle des experts militaires et dont nous n’avons pu retracer qu’une infime partie.

Dès 2005 cependant, le concept constitue déjà un plaidoyer capacitaire et budgétaire pour des forces au sol suffisamment nombreuses et équipées pour répondre à un spectre étendu de menace. Il montre la dialectique des idées vers un concept de l’hybridité déjà réglé par l’environnement stratégique et les sujets politiques sur lesquels ces premiers auteurs souhaitent peser.

  1. HENROTIN Joseph, « Introduction générale. La guerre hybride comme avertissement stratégique », op. cit.

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  1. Popularisation, politisation, et polarisation du concept de « guerre hybride » autour des théories d’Hoffman

La théorie de l’« hybrid warfare » trouve rapidement adeptes et détracteurs suite au conflit israélo-libanais de 2006, que Frank Hoffman voit en effet, au regard des tactiques du Parti de Dieu libanais, comme la concrétisation du concept de l’hybridité. Dès lors, le concept connaît de nouvelles évolutions, à la fois par le succès qu’il rencontre et les publications qui en découlent que par les nouveaux argumentaires qu’il souhaite soutenir.

a. Du modèle théorique à l’exemple historique : la « guerre hybride » du Hezbollah

Entre juillet et août 2006, le conflit opposant l’armée israélienne aux forces du Hezbollah arrive à point nommé pour faire prendre corps la théorie de la « guerre hybride ». En effet, le Hezbollah surprend l’armée israélienne en combinant avec succès des tactiques irrégulières et l’utilisation efficace d’armement de dernière génération. Supérieure conventionnellement mais trop confiante en ses frappes stratégiques et habituée à des conflits de basse intensité, Tsahal subit de lourdes pertes face aux MANPADS82, drones et missiles antichar couplés à la fugacité tactique (aussi appelée swarming), l’asymétrie morale et le soutien populaire dont profite le Hezbollah83.

Pour Frank Hoffman et les auteurs qui participeront à partir de cet instant à la conceptualisation approfondie de la guerre hybride, le conflit fournit désormais un point de référence. Le Hezbollah conduit par Hassan Nasrallah est effectivement un acteur non-étatique et irrégulier qui a su profiter de la faiblesse de la posture de défense israélienne. Elle a montré être composée de combattants entraînés, disciplinés et capables d’utiliser de l’armement technique moderne pour faire face à la puissance de feu d’une armée conventionnelle. L’utilisation de missiles de croisière antinavire C802 en est pour Frank Hoffman l’exemple le

  1. Man-portable air-defense system.

  2. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », op. cit.

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plus frappant84, le Hezbollah ayant par ailleurs réussi à infiltrer les communications radio et cellulaires cryptées de l’Armée de défense d’Israël85 et conduit de multiples opérations d’information. En somme, ces opérations militaires et paramilitaires feraient toutes ou presque échos aux avertissements lancés par Frank Hoffman et James Mattis en 2005.

Par l’expérience de son apparent succès à décrire les menaces futures, le concept de guerre hybride se popularise peu à peu dans les cercles militaires américains, amenant un certain nombre de penseurs militaires à reprendre à leur compte la terminologie et la vision de l’hybridité pour étudier les conflits présents et à venir86. Grâce à ces contributions, le concept d’origine sort progressivement de son ancrage tactico-opérationnel pour venir s’étendre à la stratégie. John McCuen déroule notamment le fil de la métamorphose du Hezbollah en une force hybride, signalant que l’hybridité utilise à la fois des actions psychologiques, mais également tous les instruments de pouvoir habituellement « nationaux » dans la poursuite de leurs fins stratégiques – la politique, la diplomatie, et les éléments sociaux et informationnels étant autant de soutiens à l’organisation militaire. Le colonel à la retraite termine son analyse par un appel à la communauté des planificateurs stratégiques : « pour devenir des combattants modernes efficaces, nous devons apprendre et retenir les leçons du passé ; nous devons élaborer des stratégies, planifier et conduire la guerre sous un nouveau paradigme – la guerre hybride87 ». Margaret Bond, avocate de l’Armée américaine, décrit quant à elle la guerre hybride à travers les « États faillis » et espaces non-gouvernés, et définit le concept de manière large comme couvrant « une gamme complète et hautement nuancée d’activités, de ressources, de programmes et d’applications militaires88 ».

Erin Simpson souhaitait déjà en 2005 faire le pont entre les niveaux opérationnels et stratégiques de la guerre hybride. Dans son article “Thinking About Modern Conflict: Hybrid

  1. HOFFMAN Frank, “Conflict in the 21st Century: The Rise of Hybrid Wars”, The Potomac Institute for Policy Studies, 2007.

  2. Cité par Frank Hoffman, BAZZI Mohamad, “Hezbollah cracked the code”, Newsday.com, 18 septembre 2006.

www.newsday.com/news/nationworld/world/ny-wocode184896831 sep18,0,4008301818.story?coll=ny-worldnews-print.

  1. Voir notamment les travaux de WILLIAMSON Steven, From Fourth Generation Warfare to Hybrid War, U.S. Army War College, 2009 ; LASICA Daniel, Strategic Implications of Hybrid War: A Theory of Victory, U.S. Army Command and General Staff College, 2009 ; MCCULLOH Timothy, RICHARD Johnson, Hybrid Warfare, The Joint Special Operations University Press, 2013.

  1. MCCUEN John, “Hybrid Wars,” Military Review, mars-avril 2008, p. 107-113.

To become effective modern warriors, we must learn and retain the lessons of the past; we must strategize, plan, and conduct war under a new paradigm—hybrid war”.

  1. BOND Margaret, Hybrid War. A New Paradigm for Stability Operations in Failing States, Strategy Research Project, U.S. Army War College, 30 mars 2007.

Comprehensive and highly-nuanced variety of military activities, resources, programs, and applications”.

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Wars, Strategy and War Aims89”, l’auteur soutient que ce sont les ressources qui participent le plus au développement du choix stratégique de l’hybridité, et postule que ce type de menaces est « susceptible d’augmenter en fréquence et la compréhension de celles-ci continuera d’être une préoccupation majeure pour la sécurité nationale90 ». Or, elle souligne également que

  • Malheureusement, le cadre analytique actuellement utilisé ne permet pas de discerner les

similitudes et les différences significatives entre ces guerres et celles qui les ont précédées91 ». Avant même la profusion des contributions faisant du modèle de guerre du Hezbollah l’archétype de la guerre hybride, Erin Simpson pose donc pour la première fois le contre-argument de la nouveauté discutée du concept. Étendue dans sa signification, la guerre hybride soulève ainsi un premier lot de critiques, qui, loin d’être anodines, s’inscrivent dans un renouvellement du débat induit par l’élargissement du sens donné à la guerre hybride au sortir de la guerre israélo-libanaise et qui modifie, dès lors, le concept effectivement popularisé par Frank Hoffman. Depuis 2006 déjà, le concept de guerre hybride attire incontestablement les critiques. Sur sa nouveauté contestée, évidemment, mais aussi sur son caractère inopérant et œuvre de brouillage du débat sur les réelles menaces. Russell Glenn affirme ainsi que le succès du Hezbollah libanais s’inscrit bel et bien dans une stratégie tirant parti d’un spectre large de leviers et que l’on peut qualifier d’« approche compréhensive », mais refuse de prêter au concept de « guerre hybride » le moindre intérêt. Pour lui, l’hybridité amène l’insurrection à un niveau moderne où se produit une fusion des méthodes et modes de guerre dans l’espace de bataille, certes, mais « ses diverses formes ne parviennent pas franchir les obstacles et [le

concept] ne devrait donc pas accéder à un statut dans le cadre de la doctrine formelle92 ».

  1. SIMPSON Erin, « Thinking about Modern Conflict: Hybrid Wars, Strategy, and War Aims, » Paper Presented at the Annual Meeting of the The Midwest Political Science Association, 7 avril 2005.

  1. Ibidem.

Likely to increase in frequency and understanding them will continue to be a key national security concern”.

  1. Ibidem.

Unfortunately, the analytic framework currently in use makes it difficult to discern the meaningful similarities and differences between these wars and those fought before them”.

  1. GLENN Russell, All Glory is Fleeting: Insights from the Second Lebanon War, RAND, Santa Monica, 2008.

its several forms fails to clear the high hurdle and therefore should not attain status as part of formal doctrine”.

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b. Polarisation autour du concept de « guerre hybride » d’Hoffman

Ces premiers débats correspondent à une période d’accroissement du nombre d’articles publiés par Frank Hoffman pour continuer de filer le concept de « guerre hybride » et répondre aux critiques, mais également pour tenter de peser une nouvelle fois sur la QDR américaine de 2010 avec un changement de sens qui témoigne de manière éloquente de l’élasticité du concept.

Les réflexions restent marquées par les interventions américaines en Afghanistan et en Irak, et dans ces débats, Frank Hoffman distingue quatre écoles capacitaires qu’il cherche par le concept de guerre hybride à réconcilier. La première est celle de la contre-insurrection qu’il avait soutenu plusieurs années auparavant, et qui se fonde sur le développement des capacités en direction de la partie « irrégulière » du spectre de la menace, puisque la confrontation avec des forces régulières sur le terrain est alors pensée comme improbable sur ces théâtres. L’agilité et l’aspect projetable de ce modèle de forces suppose ainsi que les soldats soient entraînés spécifiquement et détiennent des compétences culturelles et sociales, politico-administratives et linguistiques93. La deuxième école, celle des « Traditionnalistes », souhaite un retour à une confrontation classique « des Nations » et à des capacités conventionnelles lourdes qui s’accordent bien plus avec la priorité dissuasive et la culture américaine. Enfin, les deux dernières écoles proposent quant à elles des concrétisations différentes d’un engagement « Full-Spectrum ». Les premiers sont communément désignés comme « Utility Infielders » : ils appellent à une réponse transversale intégrée pour couvrir le spectre élargi des menaces, autrement dit à l’entraînement flexible des forces armées pour que celles-ci puissent remplir des missions à la fois conventionnelles et non-conventionnelles. A l’inverse, les tenants de la

  • Division du travail » réfutent les équivalences entre les deux modes de guerre et insistent sur le besoin d’entraîner et de missionner les soldats américains de manière distincte dans chacun des deux modes de guerre.

La guerre hybride de Frank Hoffman penche évidemment vers la vision capacitaire

  • Full-Spectrum » de l’engagement : les soldats doivent sans aucun doute répondre à l’irrégularité. Cependant, selon l’auteur, ils doivent également pouvoir conduire des manœuvres terrestres interarmes avec une puissance de feu plus traditionnelle face à des adversaires dont les capacités matérielles ne cessent de croître. Plutôt que de se risquer à

  1. HOFFMAN Frank, “Hybrid Threats: Reconceptualizing the Evolving Character of Modern Conflict”, Strategic Forum, n°240, avril 2009, p. 1-8

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défendre de manière sous-optimale la largeur d’ensemble de la conflictualité, Frank Hoffman propose donc de se concentrer sur le milieu du spectre94, ce qui suppose notamment de l’équipement et des véhicules lourds utilisés de manière déconcentrée, mais induit surtout un changement de sens notoire vis-à-vis du concept originel de guerre hybride. Analysant une à une les quatre écoles, Frank Hoffman explique que « La construction de la guerre hybride [] décrit l’évolution du caractère du conflit mieux que la contre-insurrection95 », et que l’important est désormais de « maintenir la capacité de mener avec succès à la fois dans des campagnes contre des États conventionnellement armés et leurs forces armées et contre des terroristes largement dispersés – et contre tout ce qui se trouve entre les deux96 ».

Après avoir servi l’argument de l’irrégularisation de la doctrine dans les discours stratégiques en 2005 et 2006, le fort capital humain et la contre-insurrection, l’« hybrid warfare » accompagne à la veille de la QDR de 2010 une tentative de sauvegarde des capacités traditionnelles sur le terrain qui peut s’expliquer par les difficultés que rencontre l’armée américaine en Afghanistan. A l’époque, le général Petraeus et son concept de la contre-insurrection connaissent un succès inédit. Seulement, d’autres espèrent tourner la page au plus vite de la « douloureuse expérience afghane97 ». En 2010, et suite à la relative ferveur que rencontre le concept de « guerre hybride » pour soutenir ce souhait de page tournée, le rapport final de la Quadrennial Defense Review fait pour la première fois référence à la guerre hybride98.

Du modèle théorique cantonné aux revues militaires au Pentagone, le concept de guerre hybride se déplace donc rapidement vers les sphères décisionnelles internes. Entre 2005 et 2010, et grâce à un exemple historique plus ou moins bien pressenti par Frank Hoffman, le concept se popularise. Mais c’est certainement sa politisation et son positionnement dans les débats stratégiques du temps qui lui permettent de polariser les attentions et d’être inscrite dans les problématiques surveillées par l’armée américaine. La flexibilité – certains diront déjà plasticité – du concept est d’un secours bénéfique, et en somme est-ce peut-être la différence

  1. Voir annexe 2, « La guerre hybride dans le spectre de la conflictualité ».

  2. HOFFMAN Frank, “Hybrid Threats: Reconceptualizing the Evolving Character of Modern Conflict”, op. cit.

The hybrid threat construct [] describes the evolving character of conflict better than counterinsurgency”.

  1. Ibidem.

“maintain the ability to wage successful campaigns against both large, conventionally armed states and their militaries and against widely dispersed terrorists—and against everything in between”.

  1. TENENBAUM Elie, op. cit.

  2. U.S. Department of Defense (DoD), Quadrennial Defense Review Report, Washington, DC, février 2010.

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fondamentale entre le concept de « guerre couplée » de Thomas Huber et celui de Frank Hoffman : le premier tend à expliquer dans une perspective historique assumée, à la fin des années 1990, une manœuvre tactique pratiquée depuis des siècles ; le second suppute les menaces futures et semble adapter son discours au gré des opportunités politico-stratégiques qui l’environnent.

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C) L’OTAN 2007 – 2010, ou la « guerre hybride » sans la Russie

Dans le même temps où Frank Hoffman continue d’écrire sur le concept de « guerre hybride, le général James Mattis – qui avait participé à la rédaction de l’article de référence en 2005 – poursuit sa carrière à l’OTAN, ce qui lui permet de faire résonner le concept dans une organisation qui s’intéresse elle aussi à l’évolution des menaces. En 2007, James Mattis devient le chef du Commandement allié pour la Transformation de l’OTAN. À travers ce poste, il permet au concept d’être incorporé dans les réflexions conduites par l’Alliance, ces dernières alimentant une vision encore élargie du concept initial. Cependant, et malgré l’enthousiasme qu’elle suscite à ses débuts, la guerre hybride est temporairement éclipsée par les difficultés de l’intervention en Afghanistan.

a. Le général James « Mad Dog » Mattis à l’ACT

L’arrivée de James Mattis à la tête de l’ACT en 2007 contribue à répandre le concept de guerre hybride au sein même du centre de l’OTAN dédié à l’exploration prospective des conflits futurs. Inclut dans les réflexions exploratoires, il invite les structures de l’OTAN et les États-membres à revoir la compréhension de l’environnement stratégique de l’époque, à réfléchir sur les problématiques technologiques, de communication stratégique, de prolifération d’armement de pointe et de complexification des acteurs armés. En 2009 déjà, l’ACT estime que d’ici 2030, les « attaques hybrides cibleront les principes fondamentaux99 » de l’Alliance, celles-ci prenant la forme de menaces « interconnectées et imprévisibles, combinant la guerre traditionnelle et la guerre irrégulière, le terrorisme, et le crime organisé100 » et usant des médias de masse pour conduire des opérations psychologiques contre « les valeurs libérales, les idées, et les marchés libres qui caractérisent l’Alliance101 ». Le document développe l’idée du besoin

  1. Allied Command Transformation, Multiple Futures Project – Navigating towards 2030, Final Report, Norfolk, avril 2009.

hybrid attacks will target our fundamental principles”.

  1. Ibidem.

both interconnected and unpredictable, combining traditional warfare with irregular warfare, terrorism, and organised crime”.

  1. Ibidem.

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d’une « culture » stratégique taillée pour répondre aux menaces hybrides, ou encore de partager les renseignements et de s’interroger sur les enjeux nouveaux du cyberespace. En ce sens, l’ACT désire l’édification d’un concept ou d’une stratégie « compréhensive ». Prémices au lien souvent flou qui s’installe à cet instant entre le concept de « guerre hybride » et les approches dites compréhensives de l’OTAN, la publication illustre en fait une des difficultés de l’incorporation d’un concept voué jusqu’alors à guider des politiques nationales : pour contrer les menaces hybrides, l’Alliance devrait pouvoir manier des outils placés de fait en-dehors du champ de responsabilité et d’action « des militaires en général et de l’OTAN en particulier »102. Le renseignement, la force conventionnelle et la dissuasion sont partie intégrante de ses prérogatives ; l’économie, la sécurité intérieure, l’information au sens large et la diplomatie dans une certaine mesure sont autant de leviers qui n’impliquent pas directement le travail de l’Organisation.

Malgré cet obstacle, le concept continue de trouver un écho institutionnel à l’ACT. Après le départ de James Mattis en 2009, son successeur au poste de commandant suprême allié Transformation (SACT), le général Stéphane Abrial, ancre une nouvelle fois la guerre hybride dans le travail de l’Alliance et le contexte particulier de l’Afghanistan :

  • Nous avons essayé, ici à Norfolk, d’analyser et d’envisager plusieurs options à travers le projet de « futurs multiples ». Dans ce cadre d’analyse qui nous permet au mieux d’éviter les surprises stratégiques et d’acquérir une bonne résilience, nous avons développé l’idée de « menace hybride ». Par le passé, il y avait des menaces bien différenciées qui se présentaient de manière séquentielle ; aujourd’hui, les adversaires, qui sont ou ne sont pas des États, peuvent tirer sur plusieurs cordes à la fois et mettre en œuvre des menaces de différentes natures. On essaie de mettre en application cette analyse, par exemple en Afghanistan, où l’on réfléchit à toutes les mesures et doctrines de contre-insurrection103 ».

A ce stade, pourtant, le concept de guerre hybride semble avoir effectué un glissement sémantique : les menaces hybrides concerneraient-elles désormais aussi, comme le note très

“the liberal values, ideas, and free markets that characterise the Alliance”.

  1. Lasconjarias Guillaume, « À l’Est du nouveau ? L’OTAN, la Russie et la guerre hybride », Stratégique, vol. 111, n° 1, 2016, pp. 107-117.

  2. ABRIAL Stéphane, « SACT au travail. Les chantiers de la Transformation dans l‘OTAN », Défense & Sécurité Internationale, n° 57, mars 2010.

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clairement le général Stéphane Abrial, les États ? En fait, le contexte stratégique joue une fois de plus sur la signification donnée à l’hybridité. Face à des groupes irréguliers, Frank Hoffman réfutait l’extension du concept aux États. A l’OTAN, cependant, « la question d‘une disjonction entre les régimes militaires des États ne manque pas de se poser104 », et l’ACT étudie de plus en plus la potentialité pour les pays d’utiliser la large gamme de méthodes permise par l’hybridité.

En 2010, pour la première fois, la terminologie d’« hybride » sort des murs de l’ACT. Dans le rapport final du groupe d’experts chargé d’émettre des recommandations pour le nouveau concept stratégique de l’Alliance, le mot « hybride » est utilisé – timidement – pour qualifier, dans un monde moins centralisé et un ordre international complexifié, les groupes terroristes détenant un pouvoir normalement associé à celui d’un État-nation. Appelées

  • variations hybrides », les méthodes imprévisibles qui en découlent nécessitent pour ses auteurs une « approche globale105 ».

    1. Entre appropriation et refonte : la « guerre hybride » selon l’OTAN

La trajectoire vers l’inclusion des acteurs étatiques dans le concept de guerre hybride n’est pas sans conséquences pour la perception des menaces associées, et pousse à vouloir mettre en lumière les extensions sémantiques subies par l’incorporation du concept de l’hybridité dans les réflexions de l’OTAN. Les premières apparitions écrites de cette extension sémantique datent de l’époque où James Mattis a déjà quitté ses fonctions de SACT, mais peut-être les réflexions impliquant les États remontent-elles à une conceptualisation plus ancienne. Si appropriation il y a, elle signifie dans tous les cas une altération significative par rapport au sens originel de « guerre hybride » afin d’épouser les contraintes institutionnelles, politiques et opérationnelles ainsi que les priorités de l’OTAN. Deux modifications ou élargissements principaux peuvent ainsi être remarqués durant la période 2009 – 2012.

L’extension du concept de guerre hybride aux États est entérinée dans le courant de l’année 2010. Suite aux déclarations de Stéphane Abrial, et à quelques mois du sommet de Lisbonne et de l’adoption du nouveau concept stratégique de l’OTAN paraît le Concept for the

  1. HENROTIN Joseph, « Introduction générale. La guerre hybride comme avertissement stratégique », op. cit.

  2. OTAN, NATO 2020: assured security; dynamic engagement, 17 mai 2010.

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NATO Military Contribution to Countering the Hybrid Threats. Le document atteste de l’intérêt porté par les deux Commandements au concept – le Commandement allié Transformation et le Commandement allié Opérations. Il décrit les modes hybrides comme étant l’affaire d’adversaires « qui peuvent employer une combinaison d’actions dans un environnement opérationnel de moins en moins contraint pour atteindre leurs objectifs », « y compris des États, des États voyous, des acteurs non-étatiques ou des organisations terroristes106 ». Pourtant, le concept reste une fois de plus exploratoire et sa concrétisation par des États hypothétique : ni le communiqué du sommet de Lisbonne, ni le Concept stratégique ne consacrent le principe d’hybridité ou la menace posée par d’autres États107. Seuls les groupes terroristes transnationaux et irréguliers sont visés par la diversification des menaces posées et leurs caractéristiques ailleurs attribuées aux acteurs multiples de la guerre hybride : les armes de destruction massive, CBRN et cyberattaques.

La seconde direction de l’extension sémantique du concept découle intimement de ce dernier point. En incluant désormais le terrorisme, la criminalité organisée, mais surtout des formes de menaces non-cinétiques tel que la cyberguerre, l’arme économique et la propagande, le sens du concept de guerre hybride subit une dilatation. Dans le spectre de la stratégie, et suivant une ligne de fuite apparue déjà après la guerre israélo-libanaise, la conceptualisation de l’hybridité entraîne l’OTAN à y inclure les « domaines non-physiques » : l’exploitation contre l’Alliance de l’environnement financier et légal apparaît ainsi nommément dans le document inter-Commandements de 2010108.

Si l’hybridité n’implique par une refonte de la stratégie, de la structure et des capacités de l’OTAN que l’ACT appelle pourtant de ses vœux, le concept de guerre hybride s’inscrit d’une manière durable dans un espace de réflexion. Il tend par là à raccrocher les principes euro-atlantiques du Traité de Washington, et ouvre la voie à une définition extensive. Finalement, le corollaire de l’intégration des menaces non-cinétiques pousse encore à l’extension de la définition : si des forces notamment étatiques tentent de déstabiliser les

  1. OTAN, Bi-SC Input to a New NATO Capstone Project for the Military Contribution to Countering Hybrid Warfare,

  1. août 2010.

who may employ a combination of actions11 in an increasingly unconstrained operating environment in order to achieve their aims” ; “including states, rogue states, non-state actors or terrorist organisations”.

  1. Cf. OTAN, Déclaration du sommet de Lisbonne, 20 novembre 2010 ; OTAN, Concept stratégique pour la défense et la sécurité des membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord adopté par les chefs d’État et de gouvernement à Lisbonne, 19 novembre 2010.

  1. Pour exemple : “May include but not limited to cyber, information/media and financial environments”. Cf. OTAN, Bi-SC Input to a New NATO Capstone Project for the Military Contribution to Countering Hybrid Warfare,

  1. août 2010.

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fondations de l’Alliance dans un futur proche, un certain nombre de leviers – cyber, informationnel, économique – permettront-ils désormais de l’attaquer de l’intérieur ?

c. La mise au banc temporaire du concept par l’OTAN (2012 – 2014)

Après 2010, le concept continue d’être exploré par les cellules de réflexion de l’ACT, qui organise les premiers workshops sur le thème de la guerre hybride à Bruxelles et à Tallinn en 2011. Ceux-ci ont pour but d’identifier les potentielles menaces hybrides qui pèseraient sur la sécurité de l’OTAN et de discuter des implications de répondre à de tels défis. Cette période est marquée par l’émergence de l’« Approche compréhensive » qui appuie de plus en plus sur le besoin de partenariats avec d’autres organisations internationales et acteurs du monde privé (les entreprises privées et les organisations non-gouvernementales (ONG) étant depuis plus longtemps que l’OTAN, selon l’ACT, confrontées à des formes larvées de guerre hybride109). En mai 2011, une centaine de professionnels du secteur privé est conviée à participer avec les militaires de la communauté transatlantique à une expérience appelée « Countering Hybrid Threats ». Conduite sur une semaine et mettant en scène un scénario fictif basé sur « la région géo-stratégique et fissurée du Caucase », l’expérience se veut tester la viabilité du concept de

  • menaces hybrides » dans un sens encore élargi :

    • Certes, la menace hybride est un terme général qui englobe une grande variété de circonstances et d’actions négatives telles que le terrorisme, les migrations, la piraterie, la corruption, les conflits ethniques, etc. Ce qui est nouveau, c’est la possibilité que l’OTAN soit confrontée à l’utilisation de tels moyens singuliers et combinés par des adversaires dans la poursuite d’objectifs politiques à long terme, par opposition à leur occurrence plus aléatoire, entraînée par des facteurs fortuits. C’est cette possibilité qui mérite une approche nouvelle et plus conceptuelle de l’OTAN. Il est particulièrement important de noter que les menaces hybrides ne sont pas exclusivement un outil des acteurs asymétriques ou non étatiques, mais peuvent être appliquées par des acteurs étatiques et non étatiques. Leur principal attrait, du point de vue d’un acteur étatique, est qu’ils peuvent être en grande partie non

  1. Allied Command Transformation (ACT), “NATO Countering the Hybrid Threat” [Michael Miklaucic], op. cit.

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imputables, et donc appliqués dans des situations où des actions plus ouvertes sont exclues pour diverses raisons110 ».

Ces workshops sont soutenus par des instituts américains, à l’instar des US Joint Forces Command Joint Irregular Warfare Centre (USJFCOM JIWC) et US National Defence University (NDU), et les résultats de ces réunions sont publiés par l’ACT, qui émet des recommandations fin 2011. Une fois encore, le concept n’atteint pas l’intérêt de tous les États-membres, condition toutefois sine qua non pour l’allocation de fonds de la part de l’OTAN111. Par manque de ressources financières et de volonté politique, l’OTAN décide en juin 2012 de suspendre ses travaux regroupés sous l’appelation de Countering Hybrid Threats (CHT) à son niveau organisationnel112. Concentrée sur les nécessités capacitaires et technologiques du cadre

  • Smart Defense », l’Organisation se contente d’encourager les pays-membres et Centres d’excellence à continuer de travailler ensemble sur les menaces hybrides113.

Pour certains, l’arrêt momentané des travaux sur la guerre hybride est injustifié. Mais parce que la priorité de l’Organisation est alors centrée sur l’Afghanistan, le concept de guerre hybride reste dans les tiroirs de l’OTAN à partir de 2012. Depuis les premiers écrits qui y font référence à la toute fin des années 1990, le concept a mûri, s’est déplacé de débats en débats, et s’est élargi.

  • l’aube de la crise ukrainienne, la « guerre hybride » constitue toutefois un terreau fertile par qualifier les menaces actuelles et à venir à l’OTAN. Elle s’est institutionnalisée et a embrassé à la fois les principes fondateurs de l’Alliance et la conception particulière de

  1. Ibidem.

Admittedly, hybrid threat is an umbrella term, encompassing a wide variety of existing adverse circumstances and actions, such as terrorism, migration, piracy, corruption, ethnic conflict etc. What is new, however, is the possibility of NATO facing the adaptive and systematic use of such means singularly and in combination by adversaries in pursuit of long-term political objectives, as opposed to their more random occurrence, driven by coincidental factors. It is this possibility that merits a fresh and more conceptual approach from NATO. It is particularly important to note that hybrid threats are not exclusively a tool of asymmetric or non-state actors, but can be applied by state and non-state actors alike. Their principal attraction from the point of view of a state actor is that they can be largely non-attributable, and therefore applied in situations where more overt action is ruled out for any number of reasons”.

  1. Entretien de l’auteur avec Chris Benett et Hans Jansen de l’ACT.

  2. FRIDMAN Ofer, “The Danger of ‘Russian Hybrid Warfare’”, Cicero Foundation Great Debate Paper, n° 17/05, juillet 2017.

  1. BACHMANN Sascha-Dominik, HÅKAN Gunneriusson, “Hybrid Wars: The 21st-Century’s New Threats to Global Peace and Security”, Scientia Militaria, South African Journal of Military Studies, vol. 43, N° 1, 2015.

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l’environnement stratégique du début des années 2010. Déjà, elle proclame qu’avec une gamme large d’actions, les États peuvent utiliser des stratégies et tactiques hybrides tout autant que les acteurs non-étatiques. En 2014, une partie des militaires et analystes de l’OTAN donnent raison aux frustrés de 2012 ; le concept, depuis, n’a cessé de prendre en importance dans l’intérêt des pays de la zone euro-atlantique.

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IV – Répondre au contexte sécuritaire post-2014 : la redécouverte de la défense collective par l’hybridité

Au sommet du Pays de Galles en septembre 2014, le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) – le général Philip Breedlove – déclare que l’action russe en Ukraine est la « guerre informationnelle de type blitzkrieg la plus stupéfiante de l’histoire de la guerre informationnelle114 ». En moins de six mois, la relation entre l’OTAN et la Russie se tend ostensiblement, allant de la suspension temporaire du Conseil OTAN-Russie, décidée le 1er avril suite au rattachement de la Crimée à la Russie, aux menaces implicites du Kremlin d’utiliser en cas d’intervention occidentale son arsenal nucléaire115.

Dans la littérature spécialisée, et notamment dans les ouvrages questionnant les formes futures de conflits, hybrides ou non, la Russie était absente des scénarii prospectifs, d’autres pays comme la Chine ou l’Iran étant bien plus souvent cités comme des acteurs potentiels de tactiques et stratégies hybrides116. Pour autant, des signes avant-coureurs étaient perceptibles depuis la guerre russo-géorgienne de 2008. En 2009, les pays baltes conseillaient déjà à l’OTAN de s’inquiéter des actions déstabilisatrices de la Russie en Europe de l’Est et dans le Caucase, demandant expressément à l’Organisation de revoir sa posture dans la région et de renforcer ses capacités de défense territoriale en direction de l’Est117.

En ce sens, 2014 est un sursaut qui fait réaliser à l’ensemble des Alliés l’efficacité des réformes conduites par l’armée russe depuis 2008118 et les risques qui lui sont associés. En un

  1. Déclaration du général Philip Breedlove, Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), sommet de l’OTAN du Pays de Galles, septembre 2014. Cité par VANDIVER John, “SACEUR: Allies Must Prepare for Russia’s ‘Hybrid War’”, Stars and Stripes, 4 novembre 2014.

the most amazing information warfare blitzkrieg we have ever seen in the history of information warfare”.

  1. Vladimir Poutine confie dans un reportage avoir posté de manière totalement visible par satellites des missiles mobiles de type K-300P Bastion à proximité de la Crimée lors de la crise de la Crimée, afin de dissuader toute intervention. Le documentaire de trois heures a été diffusé le 15 mars 2015 sur la chaîne publique russe Россия 1 (« Russie 1 »).

  2. Voir notamment FLEMING Brian, “Hybrid Threat Concept: Contemporary War, Military Planning and the Advent of Unrestricted Operational Art”, op. cit.

  1. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “NATO’s Readiness Action Plan: Assurance and Deterrence for the Post-2014 Security Environment”, Report, Defence and Security Committee, Sub-Committee on Future Security and Defence Capabilities, 10 octobre 2015.

  1. Réformes débutées au lendemain de la guerre russo-géorgienne, qui avait mis en lumière de nombreuses défaillances dans l’organisation, la logistique ou encore l’entraînement des forces russes. Voir notamment les très bonnes études de ARBATOV Aleksey, DVORKIN Vladimir, “Военная реформа России: состояние и перспективы” (La réforme militaire russe : statut and perspectives), Carnegie Centre, Moscou, 2013 ; CARLSSON

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temps réduit, l’OTAN actualise son appréciation de l’environnement stratégique européen ; du sommet de Newport au sommet de Bruxelles en juillet 2018, les réformes s’enchaînent pour remettre à jour la défense collective territoriale de l’Alliance amoindrie après 1991. L’identification de l’hybridité russe, dans ces réformes, jouent un rôle prépondérant dont il nous faut ici retracer le cours.

A) La Russie : front second d’une hybridité aux portes de l’OTAN

Nous l’avons vu, la crise ukrainienne n’est qu’un seul des deux événements stratégiques structurants de l’année 2014 pour l’OTAN. L’avancée de l’État islamique au Moyen-Orient ne requière pourtant pas le même effort de conceptualisation que les actions para et non-militaires russes en Ukraine : en tant que force proto-étatique combinant des actions de guerre psychologique aux atouts tactiques de l’irrégularité et panachés de matériel moderne, le groupe islamiste rejoint aisément les caractéristiques de « guerre hybride » développées par l’ACT entre 2007 et 2012. L’action de la Russie est moins facilement identifiable. Pour l’OTAN, il s’agit avant tout de réassurer les membres sur le flanc Est et de s’adapter à cette menace extérieure. Rapidement pourtant, le concept d’hybridité et la gamme d’actions utilisée par la Russie s’entrechoquent : face à une stratégie surprenante, la « guerre hybride » et son concept fournissent au moins une désignation qui rassure pour accompagner la marche à suivre et les mesures d’ajustement.

Märta, NORBERG Johan, WESTERLUND Fredrik, “Military Capability of Russia’s Armed Forces in 2013,” Russian Military Capability in a Ten-Year Perspective, FOI, Stockholm, 2013.

Nous donnerons ci-après l’occasion aux analyses de ces réformes d’expliquer les conceptions et ambitions russes.

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a. De l’identification par l’OTAN de l’hybridité des activités russes en Ukraine

Les premiers observateurs des actions russes en Ukraine ont majoritairement insisté sur les aspects non-militaires et externes du conflit : les chaînes d’information kiéviennes coupées de la péninsule, le discours ou la propagande humanitaire, « ethnique » et légaliste de Moscou, la délivrance de passeports et le référendum accéléré de Crimée. Cet aspect est effectivement important dans la phase de préparation du rattachement de la péninsule à la Fédération de Russie et de la communication stratégique autour des insurgés pro-Russes dans les régions de Louhansk et Donetsk. Outre les campagnes de désinformation dessinées pour décrédibiliser le pouvoir « fasciste » de Kiev ou convaincre les habitants de la Crimée que se prépare un

  • génocide » contre les populations russophones vivant en Ukraine119, l’« infosphère » permet tout au long de l’engagement d’envelopper l’action d’un brouillard qui masque une intervention militaire bien réelle.

L’intervention russe est en effet traversée par un ensemble disparate d’actions décisives prises par le Kremlin et qu’il est crucial de pouvoir séquencer. D’une façon hautement coordonnée au niveau tactique et dans un ratio mesuré de 4 actions non-militaires pour 1

militaire – théorisé par le chef d’État-major russe Valéry Guérassimov120 – la pression diplomatique, économique, énergétique prépare en fait le terrain, permettant a priori de minimiser l’engagement physique qui survient dans les phases tardives de l’intervention. En Crimée, l’avantage conventionnel et informationnel suffisent à la saisie, en trois semaines seulement, d’une partie entière du territoire ukrainien sans tirer un seul coup de feu. Dès que le Président Ianoukovitch est déposé, les premiers « petits hommes verts » font leur apparition en Crimée. Également appelés « polite men », ces combattants entraînés et bien équipés prennent possession en quelques jours seulement des centres décisionnels politiques de la péninsule ; plus tard, les forces conventionnelles russes permettent d’encercler les bases ukrainiennes et de sécuriser les flancs littoraux et Nord de la Crimée. Dans les régions Est, le discours du Kremlin appuie sur la légitimité des groupes séparatistes, mais joue avant tout sur ces forces paramilitaires en fournissant un arsenal conventionnel difficile à cacher. En l’occurrence, se sont prêt de 40.000 combattants, 15 chars de combat lourds T-72, des roquettes et missiles

  1. GRUBLIAUSKAS Julijus, RÜHLE Michael, “Energy as a Tool of Hybrid Warfare”, NATO Defense College Research Paper, n° 113, avril 2015.

  1. GUERASSIMOV Valéry, « Ценность науки в предвидении » (La valeur de la science dans la prévoyance), Courrier militaro-industriel, n°8 (476), 2 février – 5 mars 2013, p. 2-3. http://vpk-news.ru/sites/default/files/pdf/VPK_08_476.pdf, consulté le 12 octobre 2016.

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antichar, des lance-roquettes Grad sur châssis motorisé, des véhicules blindés d’infanterie, environ 30 tubes d’artillerie autotractée et 60 canons tractés, des systèmes de missiles sol-air, de nombreux MANPADS et trois drones de reconnaissance qui sont détectés. En somme, et si tous les pays Européens ou de la zone OTAN ne possèdent pas l’étendue de ce matériel, « force est de constater que l’irrégularité politico-stratégique s’accommode fort bien de capacités militaires régulières121 ».

Si hard et soft power sont équilibrés d’une manière si rationalisée, peu de doute pour les pays de l’OTAN que l’intervention russe était préparée, mûrie, et qu’elle s’inscrit dans une stratégie que la Russie s’était cachée de montrer aux pays occidentaux. Doucement, la terminologie de l’hybridité est soulevée pour rendre compte des méthodes russes, et les pays-membres sont les premiers à envisager pouvoir caractériser l’ensemble par nature ambiguë de la stratégie russe par le concept de « guerre hybride ». Avant même l’OTAN, l’Allemagne utilise le concept dans le sens d’une tentative de déstabilisation d’un espace par des manœuvres militaires et non-militaires orchestrées au plus haut niveau de la stratégie122. L’OTAN ne reprend que plus tard et après hésitations une sémantique qu’elle avait oubliée depuis 2012, insufflant à la « guerre hybride » son troisième sens : l’hybridité russe est une manifestation sui generis d’une « stratégie intégrale » usant de tous les moyens à sa disposition pour parachever ses objectifs stratégiques – l’utilisation de proxies, la guerre de l’information, le droit comme arme et l’énergie comme levier de pression politique123 ; la combinaison russe des modes conventionnels et non-conventionnels serait inédite par son extension au champ juridique, et non plus seulement capacitaire124. À compter de cette date, le terme de « guerre hybride » appliqué à la stratégie russe se retrouve systématiquement dans les communications de l’OTAN, de ses pays-membres et de l’Ukraine.

  1. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », Focus stratégique, n° 63, octobre 2015.

  2. Echange de l’auteur avec Jérinomo Barbin.

  3. BĒRZIŅŠ Jānis, Russia’s New Generation Warfare in Ukraine: Implications for Latvian Defense Policy, National Defence Academy of Latvia Center for Security and Strategic Research, avril 2014.

  1. HENROTIN Joseph, « Introduction générale. La guerre hybride comme avertissement stratégique », Stratégique, 111, Paris, Institut de stratégie comparée, 2016.

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b. Implications pour l’OTAN

Le plan tactique en Crimée peut pourtant relever du simple opportunisme, et force est de constater que l’apparente préparation de Moscou au scénario de la Crimée se doit d’être relativisée. La Russie disposait avant la crise d’une base militaire et d’hommes sur le terrain, d’une maîtrise informationnelle et linguistique sur le territoire, avait infiltré les cercles du renseignement ukrainien et a combattu des forces ukrainiennes mal équipées et non préparées pour de telles opérations125. L’impossibilité de reproduire ce schéma dans l’Est ukrainien – notamment par un manque certain de soutien de la part de la population – atteste toutefois que les tactiques du Kremlin répondent bien à une « stratégie intégrale » méditée par le Kremlin et spécialement dessinée pour empêcher une réponse de l’OTAN : son « hybridité » est construite et conduite vis-à-vis de l’Organisation. La Russie a soigneusement communiqué sur l’intervention pour lui donner une apparence de légitimité et de légalisme, et l’utilisation de proxies et de l’outil paramilitaire en général a servi à contourner le droit international pour qu’aucune riposte juridique ne puisse atteindre le commanditaire véritable de l’expédition126.

Les implications pour l’OTAN sont grandes : même si l’Ukraine ne fait pas partie de l’Alliance, certains pays possèdent des caractéristiques similaires par leur construction politique, sociale, et ethnique. Après ce premier succès en Crimée, comment ne pas s’interroger sur la reproduction du modèle dans ce que la Russie pense comme sa zone d’influence – succinctement résumé, les anciennes républiques soviétiques – et tout particulièrement là où elle possède les mêmes avantages qu’en Crimée ?

Les pays baltes et la Pologne sont les premiers à tirer la sonnette d’alarme. Pour exemples, un quart de la population estonienne est russophone et 7% d’ethnie russe. Le Parti estonien du centre est populaire parmi cette population qui se considère délaissée par les pouvoirs publics de Tallinn, et courtise le parti Russie unie de Poutine depuis le début des années 2010. En Lettonie, dont la population est composée de 12% d’ethniques russes, l’Union lettone des Russes tente hardiment de faire amender (sans succès) les lois sur la langue du pays de 2011 et a soutenu en 2014 les mouvements russes en Crimée127. Un conflit interne issu de l’hétérogénéité ethnique reste peu probable, mais ce foyer « sans État » possédant moins de

  1. MCDERMOTT Roger, “Does Russia Have a Gerasimov Doctrine?”, Parameters, 46 (1), printemps 2016, p. 97-105.

  2. BĒRZIŅŠ Jānis, Russia’s New Generation Warfare in Ukraine: Implications for Latvian Defense Policy, op. cit.

  3. LANOSZKA Alexander, “Russian Hybrid Warfare and Extended Deterrence in Central-Eastern Europe”, International Affairs, vol. 92, n° 1, janvier 2016.

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droits et connaissant un niveau de chômage plus élevé que la moyenne de leur pays peut s’avérer être un levier intéressant pour la stratégie du Kremlin. La Russie se présente en effet comme garante des populations russes à l’étranger, et peut tenter de fomenter des discordes locales fournissant la base à une intervention armée. Comme en Crimée, la Russie possède la

  • domination de l’escalade » sur les pays baltiques, individuellement et collectivement. Malgré leur appartenance à l’OTAN et l’UE, elle en connaît les complexités, les clivages, griefs historiques et faiblesses mieux que l’Ouest européen128 :

    • Bien qu’en dehors du rôle habituel de l’OTAN, les États membres vulnérables devraient également être encouragés à poursuivre un programme politique visant à incorporer les minorités ethniques dans un modèle d’identité nationale partagé. Au cas où tout échouerait, les alliés de l’Europe de l’Est doivent se rendre indigestes à une occupation russe129 ».

Le niveau de violence infra-conventionnel forme dans l’extension de ce constat la seconde inquiétude. En Crimée, la subversion et l’ambiguïté ont suffi à retarder la compréhension complète des tenants et des aboutissants de la crise. Replacée dans l’ensemble des leviers à sa disposition dans la phase préparatoire – diplomatique, économique, informationnel et ethnique – la « stratégie intégrale » sur le territoire de l’OTAN déclencherait-elle une réponse collective assez tôt pour éviter la saisie par la Russie d’un État balte par exemple ? Que faire si cette stratégie répond à l’exigence même de maintenir les opérations sous le radar de l’article 5 du Traité de Washington ? Enfin, la Russie pourrait-elle avoir lancé, déjà, les premières bases de cette phase préparatoire en Europe ?

Si le niveau de dissuasion de l’OTAN est trop élevé, la « stratégie intégrale hybride russe » pourrait paraître attractive. La menace russe ne serait dès lors plus qu’aux frontières, mais également à l’intérieur même de l’Alliance.

  1. Ibidem.

  2. Ibidem.

Although outside of NATO’s normal lane, vulnerable member states should also be encouraged to pursue a political agenda to incorporate ethnic minorities into a shared national-identity conception. In case all else fails, Eastern European allies must make themselves indigestible to a Russian occupation”.

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c. Le sommet de Newport

Le sommet de Newport en septembre 2014 réunit pour la première fois l’ensemble des pays-membres de l’Organisation depuis le début de la crise ukrainienne. Signe évident d’un tournant majeur dans l’histoire de l’Alliance après plus de dix ans de travail conjoint avec la Russie sur la dénucléarisation, la non-prolifération ou le terrorisme, les peurs obsidionales mutuelles conduisent à ce que certains appellent déjà une « nouvelle Guerre froide ». Le changement d’état d’esprit est affirmé dès les premières lignes du communiqué final : au-delà de condamner la violation du droit international par la Russie et de s’inquiéter de la résurgence de menaces directes en Europe, l’Alliance expose une série de mesures visant à réassurer les partenaires de l’Est de l’Europe. Les dispositifs d’alerte dans plusieurs pays sont renforcés et soutenus par une « présence aérienne, terrestre et maritime continue et une activité militaire significative dans l’est de l’Alliance, toutes deux par rotation130 ». Enfin, les forces navales permanentes (SNF) sont également renforcées.

Mais l’apport le plus essentiel découle d’une conscience plus globale de la situation sécuritaire européenne face aux menaces pressenties à l’Est comme au Sud de l’Organisation et est le fruit d’une réflexion en amont pour tenter de dissuader la Russie d’actions supplémentaires : le Readiness Action Plan (RAP). Extension de la NATO Response Force créée à Prague en 2002, ce plan d’action englobe à la fois les mesures d’assurance et d’adaptations souhaitées par les États-membres et amène la création de la Very High Readiness Joint Task Force (VJTF). Flexible et modulable, cette force expéditionnaire « fer de lance » devrait être capable de se déployer en quelques jours, à n’importe quel endroit de l’Alliance ou

  • la périphérie de celle-ci. Dans les prochains mois, sa réactivité sera testée par une série d’exercices, à l’Est comme au Sud de l’OTAN.

Le message politique derrière cette gamme de mesures est fort, et c’est un message claire envoyé à la Russie : en poursuivant ces actions, elle s’expose à des risques d’une réaction de rapide et précise de l’OTAN. À travers ce communiqué, l’Organisation montre à la Russie

qu’elle accepte si besoin de monter au front131. Contrairement à ses prédécesseurs, le communiqué final fait également directement référence au concept de guerre hybride et des

  1. OTAN, Communiqué du sommet de Newsport, 5 septembre 2014.

  2. LASCONJARIAS Guillaume, JACOBS Andreas, « Entretien – La guerre hybride sur les flancs de l’OTAN », Mars Attaque, 13 mai 2015. http://mars-attaque.blogspot.fr/2015/05/entretien-guerre-hybride-OTAN-NATO-Lasconjarias-NDC-hybrid-warfare.html, consulté le 28 octobre 2017.

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modalités contre lesquelles « il est essentiel que l’Alliance dispose des outils et procédures nécessaires132 ».

De toute évidence, « le principal résultat du sommet du pays de Galles en 2014 a été le retour de la défense et de la dissuasion en Europe de l’Est au centre des débats de l’OTAN133 ». Face à un climat d’insécurité général et de menaces aux formes potentiellement larvées, l’ensemble des mesures prises à Newport forme la première étape du retour de l’Organisation

  • la défense de son territoire. Les premières réformes se basent notoirement sur des mécanismes que connaît l’OTAN ; si la posture de défense est actualisée, elle ne change pas fondamentalement la dynamique de ses structures. Le plan d’action « réactivité » en est la base pour renforcer la recherche de solutions diplomatiques ou alternatives, car les dimensions essentiellement militaires et conventionnelles des mesures de Newport ne suffisent clairement pas à dissuader l’ampleur des menaces que l’OTAN perçoit.

L’adaptation se mesurera d’abord sur un plan politique et financier. Quelques mois auparavant, des sondages montraient déjà que si la majorité des pays de l’Ouest condamnent les agressions russes sur le flanc oriental de l’Europe, l’incitation à allouer plus de moyens

militaires – et donc financiers – aux Alliés vulnérables reste relativement faible134. La nature hybride rappelle brusquement que les outils de défense européens ont été fragilisés par la baisse

des budgets depuis 20 ans, et que leur cohérence d’ensemble est affaiblie. Aussi,

  • paradoxalement, l’une des mesures les plus importantes du dernier sommet – et qui finalement

irrigue toutes les autres – est l’incitation à augmenter jusqu’à 2%135 du PIB le budget de défense des alliés d’ici à 10 ans136 ».

Enfin, si la brigade d’urgence VJTF complète le dispositif d’alerte de la NRF, elle se rajoute aux autres forces « standby » dont les résultats n’ont jamais été pleinement

concluants137. Réponse résiduelle à l’empreinte faible de l’OTAN dans les pays baltes, elle soulève des doutes quant à ses capacités à répondre aux menaces furtives comprises dans la

  1. Ibidem.

  2. SIMÓN Luis “Assessing NATO’s Eastern European ‘Flank’”, Parameters, vol. 44, n° 3, 2014.

the main outcome from the 2014 Wales summit was the return of defense and deterrence in Eastern Europe to the center of NATO debates

  1. LANOSZKA Alexander, op. cit.

  2. 20% de ces 2% doivent être alloués à la recherche et au développement des capacités de défense, selon les engagements reouvelés à Newport.

  1. LASCONJARIAS Guillaume, JACOBS Andreas, op. cit.

  2. ABTS Jan, “NATO Very High Readiness Joint Task Force – Can the VJTF Give New Élan to the NATO Response Force?”, NATO Defense College Research Paper, n°109, février 2015.

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  • stratégie intégrale » de la Russie. Première phase imparfaite, le sommet de Newport jette donc avant tout un éclairage cru sur les véritables adaptations que l’OTAN doit décider dans les prochaines années.

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  1. Des réponses avant tout militaires de l’OTAN : réassurrance, adaptation, et 360° Approach

    • Je pense que beaucoup de gens ne savent pas à quel point cette adaptation est fondamentale – l’adaptation en cours constitue une adaptation très importante et fondamentale de la position de défense de l’OTAN. [] Et ce n’est que le début, nous verrons donc des changements fondamentaux dans la manière dont l’OTAN fait de la défense collective, augmentant notre défense collective en réponse à ce que la Russie a fait en Ukraine, en Moldavie et dans d’autres pays.138 ».

Dans la période « post-2014 » qui s’ouvre, mesures de réassurance et d’adaptation doivent constituer ensemble un cadre nouveau de défense et d’intervention pour l’OTAN. Réponses éminemment militaires et conventionnelles, ces mesures poussent au plus loin l’ajustement possible de l’Organisation au regard de ses fonctions. Limitées, elles sont conceptualisées et intégrées dans une « approche 360° » pour admettre ce qui forme le pendant civil de ses réformes : les partenariats.

    1. La réassurance du flanc Est

Les mesures d’assurance sont constituées d’« activités terrestres, maritimes et aériennes

  • l’intérieur, au-dessus et autour du territoire des pays membres de l’OTAN en Europe centrale et orientale » avec comme objectif premier de « rassurer les populations [] et de décourager

  1. STOLTENBERG Jens, “Zero-sum? Russia, Power Politics, and the Post-Cold War Era”, Brussels Forum, 20 mars 2015.

I think many people are not aware of how fundamental this adaptation is actually—the adaptation that is taking place now is a very big and fundamental adaptation of the NATO defence posture. [] And this is just the beginning, so we will really see fundamental changes in the way NATO is doing collective defence, increasing our collective defence as a response to what we have seen Russia is doing in Ukraine and in Moldova and other countries”.

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une agression potentielle139 ». Nombreuses, elles concernent un espace géographique étendu et

  • l’écoute des prétentions géostratégiques russes : elles concernent en effet « les mers Baltique,

Noire, du Nord et Méditerranée ainsi que dans les océans Atlantique et Arctique140 ». Acception pour le moins large d’un « flanc Est », donc, qui joue avant tout le rôle de zone-tampon à l’aire de puissance moscovite.

Définies à Newport comme « flexibles », l’intensité de ces mesures peut donc être réévaluée ou abaissée pour dissuader la Russie en fonction du contexte et de ses mouvements

de troupes internes141. Concrètement, les réponses apportées aux faiblesses militaires de la zone s’articulent autour de deux renforcements principaux, à savoir les patrouilles et les exercices conjoints. La mission Air Policing au-dessus des pays baltes a ainsi vu ses moyens augmenter, tout comme les patrouilles maritimes en mer Baltique, Méditerranée et Noire. Les Groupes maritimes permanents OTAN et Groupes permanents OTAN de lutte contre les mines ont été déployés dans ces trois zones en parallèle de l’intensification des vols de surveillance des avions de détection et de commandement aéroporté (dits AWACS, ou Airborne Warning and Control System) au-dessus du territoire et des frontières orientales de l’Alliance.

Le déploiement de troupes terrestres dans la partie orientale de l’Alliance était une des

mesures phares demandées par les pays baltes et la Pologne depuis l’annexion de la Crimée142. Sujet à controverse, le déploiement pour des entraînements et des exercices l’OTAN a ainsi été décrété sur une base rotationnelle qui empêche toute violation de l’Acte fondateur OTAN-

Russie signé entre les deux parties en 1997143. Le nombre d’exercices bilatéraux avec les pays de la zone ont notoirement augmentés. Avec les exercices multinationaux, ils constituent la zone principale d’exercice des forces conjointes de l’OTAN. La VJTF y était testée dès juin

139 OTAN, « Le plan d’action « réactivité » de l’OTAN », juillet 2016.

https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/pdf_2016_07/20160627_1607-factsheet-rap-fr.pdf, consulté le 5/08/2018.

  1. Assemblée parlementaire de l’OTAN, « Afficher l’unité et la crédibilité de l’OTAN au sommet de Bruxelles », déclaration 444, 28 mai 2018.

  2. Rappelons que le nombre de « snap exercices », ou « exercices instantanés » conduits par la Russie aux abords de la frontière orientale de l’OTAN a considérablement augmenté depuis 2014. C’est sur la base d’un de ces exercices que Moscou avait justifié la présence de milliers de soldats russes à la frontière ukrainienne en 2014, cf. ; HEINZ-KAMP Karl, “Nuclear Implications of the Russian-Ukrainian Conflict”, NATO Defense College Research Report, 3-15 avril 2015.

  1. En mai 2018, le Bureau de sécurité nationale à la présidence polonaise s’est dit prêt à participer aux frais qu’engendrerait la présence permanente d’une brigade blindé américaine sur son sol, information confirmée le le 29 du même mois par le Ministère de la Défense.

  1. OTAN, Acte Fondateur sur les Relations, la Coopération et la Sécurité Mutuelles entre l’OTAN et la Fédération de Russie 27 mai 1997.

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2015 en Pologne dans l’exercice Noble Jump. « Sur près de 300 exercices organisés en 2015, plus d’une centaine avaient pour objectif d’appuyer les mesures d’assurance de l’OTAN144 ».

Du cercle Arctique à la Turquie, l’OTAN souhaite ainsi pallier les lacunes que l’intervention russe a permis de souligner tout en donnant un nouvel élan à la dynamique de l’interopérabilité des forces. Potentiellement coupés du reste de l’Alliance via la passe de Suwalki qui sépare le territoire biélorusse de l’enclave de Kaliningrad, les trois États baltes accusent encore aujourd’hui leur infériorité vis-à-vis des forces conventionnelles russes postées de l’autre côté de leur frontière, alors que les premières troupes d’élite russes, la 76e division des gardes d’assaut aérien, sont postées à moins de 100 kilomètres de la frontière estonienne, à Pskov. Leur manque de profondeur stratégique est encore accentué par la présence de systèmes A2/AD à Kaliningrad et dans le golfe de Finlande que la Russie a augmenté de nouveaux missiles Iskander-M et S-400 depuis 2014. Cette position géostratégique vulnérable justifie pour l’OTAN des mesures d’adaptation plus profondes : en cas d’attaque d’un des trois États couplée à des méthodes de déni d’accès, l’OTAN serait poussée dans un dilemme entre la remise en cause de la réponse collective de l’article 5 et le coût politique de lourdes pertes en décidant le débarquement de troupes145.

b. Les « mesures d’adaptation » : nouvelle gestion de crise, ou changement de paradigme ?

Les mesures dites « d’adaptation » concernent les réformes pensées comme nécessaires

  • plus long terme par l’OTAN, et impliquent des évolutions dans la posture de défense, les capacités militaires et la structure des forces et de commandement de l’OTAN. En 2015, la Force de réaction de l’OTAN a ainsi vu son effectif tripler, passant de 13 000 à environ 40 000 soldats. La force de réaction rapide « fer de lance » ou VJTF adoptée à Newport compterait aujourd’hui 20 000 soldats qui peuvent être déployés en quelques jours « là où il le faut146 ». À

144 OTAN, « Le plan d’action « réactivité » de l’OTAN », juillet 2016.

https://www.nato.int/nato_static_fl2014/assets/pdf/pdf_2016_07/20160627_1607-factsheet-rap-fr.pdf, consulté le 5/08/2018.

  1. PRAKS Henrik, “Hybrid or Not: Deterring and Defeating Russia’s Ways of Warfare in the Baltics – the Case of Estonia”, NATO Defense College Research Paper, n° 124, décembre 2015.

  2. OTAN, « Le plan d’action « réactivité » de l’OTAN », op. cit.

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terme, le déploiement des premiers éléments de la NRF doit pouvoir être effectif en 48 heures147.

On notera également la création de Quartiers généraux (QG) multinationaux de petite taille – appelés « unités d’intégration des forces OTAN » (NFIU) – qui ont été disséminés sur tout le territoire oriental de l’Alliance. Activés pour les premiers en septembre 2015, il en existe désormais en Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie et Bulgarie. Leur tâche consiste selon l’OTAN à « améliorer la coopération et la coordination entre les forces OTAN et nationales148 ». En somme, ces NFIU sont aujourd’hui des plates-formes disposées autour de deux grands QG créés à l’Est : le QG de division multinational pour le Sud-Est, en Roumanie, et le QG du Corps multinational Nord-Est à Szczecin, en Pologne et cœur de la coopération régionale.

Enfin, les Alliés ont pré-positionné de l’« approvisionnement militaires149 » (entendu comme de l’armement lourd après la décision américaine en 2015) dans les pays baltes notamment, et ont participé à la préparation des infrastructures nationales comme les aérodromes et ports principaux afin de les rendre disponibles en cas de crise dans les pays orientaux.

Le changement d’environnement stratégique de l’époque post-2014 vient donc briser la croyance en les « communs globaux » qui structurait les principaux théâtres d’opérations extérieurs de la période succédant à la Guerre froide150. En tant que « crise de la gestion de crise », l’hybridité de l’État russe marque un point d’arrêt à l’accent placé sur les concepts et capacités d’expédition militaire qui a mis fin aux travaux sur la guerre hybride en 2012 ; désormais, les débats sur la « Smart Defence » sont remplacés et recentrés sur le rôle du SACEUR dans le déclenchement et la préparation des opérations, la politique de partenariats et les 2%151. Un nouveau paradigme de gestion de crise doit être discuté, décidé, et mis en œuvre.

  1. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “NATO’s Readiness Action Plan: Assurance and Deterrence for the Post-2014 Security Environment”, Report, Defence and Security Committee, Sub-Committee on Future Security and Defence Capabilities, 10 octobre 2015.

  1. OTAN, « Le plan d’action « réactivité » de l’OTAN », op. cit.

  1. Ibidem.

  2. SIMÓN Luis “Assessing NATO’s Eastern European ‘Flank’”, Parameters, vol. 44, n° 3, 2014.

  3. Voir notamment DUCHËNE Hélène, « Une adaptation sereine : premier bilan du Sommet de Varsovie », Revue Défense nationale 793, octobre 2016, p. 21-26.

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    1. De l’approche compréhensive à l’approche 360°

Il est intéressant de remarquer que les réponses aux menaces hybrides tiennent parfois

  • d’autres mots-valise : « résilience » et « approche compréhensive » n’en sont que deux exemples. Nous l’avons vu, le concept d’approche compréhensive se développe surtout autour des réflexions sur les nouvelles menaces au tournant de la seconde décennie du XXIe siècle. L‘approche globale est alors expérimentée comme stratégie de contre-insurrection, ou «

stratégie intégrale projetée152 », et adaptée à un contexte spécifique. Les premières réflexions concernant l’approche remontent pourtant aux années 1990 et aux premières opérations hors-zone de l’OTAN, puisque le concept se veut déjà promouvoir une plate-forme pour la coopération entre l’OTAN, les organisations internationales ou encore les entreprises

privées153. L’idée est de parvenir à une approche et une compréhension commune entre tous les acteurs de la communauté internationale en coordonnant leurs efforts pour résoudre une crise

internationale154.

Transversale, l’approche compréhensive (également traduite par « approche globale ») est entérinée par le sommet de Lisbonne en 2010 et entre dans le Concept stratégique à la même date. Elle cible alors encore les opérations hors-zone : l’Alliance souhaite en effet « renforcer la contribution de l’OTAN à une approche globale de la gestion des crises dans le cadre des efforts de la communauté internationale et d’améliorer la capacité de l’OTAN à produire des

effets de stabilisation et de reconstruction155 ». L’objectif principal est donc la compréhension commune de la menace et de son importance dans la communauté internationale, compréhension plus complexe lorsque c’est l’Alliance elle-même, dans ses fondations, qui est visée.

La modification du concept d’« approche globale » au contact de l’hybridité russe nous renseigne dans une certaine mesure sur la relation qu’entretiennent entre eux les deux concepts,

  • commencer sur la sémantique. D’approche « globale » ou « compréhensive », le concept devient à partir de 2014-2015 « 360° », comme si à la vision holistique du monde pour l’OTAN

  1. Henrotin Joseph, « Introduction générale. La guerre hybride comme avertissement stratégique », op. cit.

  2. Entretien de l’auteur avec Chris Benett et Jacob Hansen, ACT, août 2018.

  3. KREMIDAS Christopher, “Hybrid Warfare: The Comprehensive Approach In The Offense”, US European Command Liaison to NATO and EU, 18 juillet 2016.

  4. OTAN, Concept stratégique pour la défense et la sécurité des membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord adopté par les chefs d’État et de gouvernement à Lisbonne, 19 novembre 2010.

enhance NATO’s contribution to a comprehensive approach to crisis management as part of the international community’s effort and to improve NATO’s ability to contribute to stabilzation and reconstruction« .

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se substituait une conception recentrée et regardant autour d’elle avec inquiétude. Quoi qu’il en soit, l’approche 360° est mise au service de la lutte contre les menaces hybrides :

  • La Russie défie la sécurité euro-atlantique par l’action militaire, la coercition et l’intimidation de ses voisins. Nous continuons à être préoccupés par les actions agressives de la Russie […]. Pour faire face à tous ces défis et menaces à l’est et au sud, l’OTAN continue de fournir une approche à 360 degrés pour dissuader les menaces et, si nécessaire, défendre les Alliés contre tout adversaire156 ».

Une évolution de sens peut être ici observée. De plate-forme collaborative entre les différents acteurs de la communauté internationale, l’approche 360° est érigée après 2014 en concept-réponse pour qualifier à la fois les ripostes militaires et non-militaires de l’OTAN à l’hybridité. Interrogé une première fois sur ce que comprend aujourd’hui le terme de « menaces hybrides », l’ACT répond : « La vision est à 360°, elle n’est pas limitée du tout. C’est la façon dont l’OTAN voit le monde [qui la forge] » ; relancé une seconde fois sur l’acceptation ou non par tous les États-membres de la terminologie, l’ACT répond : « Ce n’est pas important, tous [les États] comprennent l’approche à 360°157 ». C’est dire en quoi la responsabilité du concept s’est assez élargie pour que le celui-ci soit présenté comme élément de la « dissuasion » de l’OTAN : au sommet de Bruxelles de juillet 2018, le concept est intrinsèquement lié à l’hybridité, faisant le pont entre les trois « tâches essentielles » de l’OTAN : la défense collective, la gestion de crise, et la « sécurité coopérative ».

Le sommet de Bruxelles se place ainsi dans la continuité des mesures de réassurance et d’adaptations conduites depuis quatre ans au sein des structures de l’Alliance, en poursuivant l’ajustement structurel et fonctionnel de l’Organisation face :

  1. OTAN, Déclaration des ministres de la Défense des pays de l’OTAN, 25 juin 2015.

Russia is challenging Euro- Atlantic security through military action, coercion and intimidation of its neighbours. We continue to be concerned about Russia’s aggressive actions […]. To address all these challenges and threats to the East and to the South, NATO continues to provide a 360-degree approach to deter threats and, if necessary, defend Allies against any adversary”.

  1. Les deux extraits ci-dessus sont issus de l’entretien avec Chris Benett et Jacob Hansen, ACT, août 2018.

  • The vision is 360°, it’s not limited at all. NATO’s view of the world makes it” ; “It’s not important, they all understand 360° Approach

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  • à un environnement de sécurité dangereux, imprévisible et fluctuant, marqué par des défis et des menaces persistants qui émanent de toutes les directions stratégiques, d’acteurs étatiques ou non étatiques, de forces militaires, et d’attaques terroristes, cyber ou hybrides158 ».

S’ils en font la demande, les Alliés peuvent dorénavant bénéficier du secours d’« équipes de soutien pour la lutte contre les pratiques hybrides159 » pour les aider à renforcer leur préparation et réponses, c’est-à-dire leur « résilience » face à l’hybridité. En outre, plusieurs interrogations sont résolues ou améliorés à Bruxelles : deux commandements sont créés (un à Norfolk, aux États-Unis, chargé de la protection des lignes de communication transatlantiques, l’autre en Allemagne, chargé de garantir « la liberté d’action et la maintien en puissance dans la zone arrière des troupes et des équipements devant rapidement accéder à l’Europe, la traverser et en sortir160 »), un centre des cyber-opérations est également ouvert en Belgique, un plan adopter pour « faciliter » la zone de responsabilité du SACEUR, et point crucial, il est inscrit que « dans des cas relevant de la guerre hybride, le Conseil pourrait décider d’invoquer l’article 5 du traité de Washington, comme pour une attaque armée161 ».

En clé de voûte des réponses aux menaces hybrides, qui correspondent désormais autant

  • l’ingérence dans les processus électoraux par la Russie qu’aux menaces terroristes au Moyen-Orient, l’Approche 360° paraît donc elle aussi entretenir l’ambiguïté constructive du concept des menaces qu’elle combat. Protéiforme, elle met l’accent sur les différents mécanismes que souhaitent faire coopérer et participer l’OTAN : le militaire et le non-militaire, les organisations internationales et les États, le politique et le diplomatique, les entreprises privées et l’économique.

  1. OTAN, Déclaration du sommet de Bruxelles, 11 juillet 2018.

  2. Ibidem.

  3. Ibidem.

  4. Ibidem.

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  1. Une menace qui dépasse les compétences de l’OTAN : dimensions « civiles » et partenariats

L’Approche 360° en prend acte : pour répondre aux menaces hybrides, il faut des partenaires pour l’OTAN. Et pour cause, si, dans ses prérogatives, l’Alliance décide d’augmenter la dissuasion sur les plus hauts de violences, elle pourrait rendre l’hybridité plus attractive162 ; il lui faut donc des alliés pour les domaines qui lui échappent, puisque le problème des menaces hybrides russes est non pas supplémentaire au domaine conventionnel, mais bien complémentaire.

Pour répondre à l’ensemble DIME/FL163 que l’OTAN dit la Russie employer, l’Alliance recherche donc partenaires et cadres institutionnels avec des organismes internationaux non-militaires et des pays. Une fois encore, les partenariats avec le monde civil sont déjà d’actualité avant 2014, mais la crise provoque dans ce domaine aussi un élan nouveau. Contrairement à ceux qui pointent du doigt le retard de l’OTAN à comprendre le besoin de partenariats avec des acteurs non-militaires, l’OTAN est consciente de ses propres limites dès avant les premières conceptualisations de la « guerre hybride ». En 2011 encore, l’ACT affirmait :

  • Les outils nécessaires au développement économique, à la primauté du droit, à la gouvernance et au renforcement des institutions et autres « activités globales/compréhensives » résident traditionnellement dans les agences non-militaires gouvernementales et intergouvernementales et les organisations non gouvernementales (ONG), ainsi que dans le secteur privé. Ces capacités ne sont pas trouvées dans les armées des pays-membres ni dans la bureaucratie de l’OTAN elle-même. Et les organisations civiles ou les acteurs les mieux équipés pour les fournir sont souvent méfiants à l’égard de l’armée ou même hostiles à celle-ci. Au mieux, ils ne sont pas habitués à travailler avec l’armée, à quelques exceptions près164 ».

162 LANOSZKA Alexander, “Russian Hybrid Warfare and Extended Deterrence in Central-Eastern Europe”, International Affairs, vol. 92, n° 1, janvier 2016.

  1. Pour Diplomatic, Information, Military, Economic, Financial, Intelligence and Law Enforcement, c’est-à-dire l’ensemble des leviers en principe détenus par les États. L’acronyme ne paraît pas avoir d’équivalent en français.

  2. Allied Command Transformation, “NATO Countering the Hybrid Threat”, 2011. http://www.act.nato.int/nato-countering-the-hybrid-threat, consulté le 2/04/2018.

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Si dilemme il y a, il réside donc plutôt dans la méfiance qu’inspire l’OTAN comme institution internationale militaire à l’heure où le besoin d’expertise, de coopération et de soutien du monde civil se fait pressant. Trois relais principaux peuvent être identifiés : les États-membres eux-mêmes, les Centres d’excellence sous la tutelle de l’OTAN ou non, et l’Union européenne.

a. Le domaine infra-otanien : soutenir les États-membres comme priorité

Les États-membres sont à la fois les seuls à pouvoir pallier les faiblesses attractives de leur système et les premières victimes potentielles de la « guerre hybride » russe. Les populations « sans État » et les problèmes ethniques, linguistiques ou sociaux sont du ressort des politiques internes ; la subversion, le sabotage, la désinformation ou l’ingérence dans les processus électoraux sont de l’ordre de la sécurité intérieure. Pour faire tenir l’édifice de l’agrégation d’États dans l’alliance militaire et politique qu’est l’OTAN, ses structures peuvent tout au moins inciter, assister, voire insister sur des aspects entre les mains de la souveraineté nationale. C’est cette position de « cadre » aux transformations que souhaite pouvoir aujourd’hui incarner l’OTAN.

Le premier échelon de coopération avec les États se situe au niveau du partage de renseignement et des systèmes d’alerte. Dès 2014, l’OTAN appelle les pays à relever leurs dispositifs d’alerte (également appelés early warning systems) et à partager les informations collectées par les cellules de renseignement nationales avec l’OTAN en ce qui concerne les menaces hybrides. Un nouvel élan permet ainsi de revigorer certains centres inter-Alliés existants, à l’image du NATO Intelligence Fusion Centre (NIFC), créé en 2006, et amène en 2016 à Varsovie la création d’une division pour le renseignement – la NATO’s Joint Intelligence and Security Division (JISD)165. Celle-ci possède depuis juillet 2017 une branche entièrement dédiée à la connaissance approfondie de la situation des pays-membres, collecte les

The necessary tools for economic development, rule of law, governance and institution building, and other “comprehensive activities” traditionally reside in non-military governmental and inter-governmental agencies, and non-governmental organizations (NGOs), as well as the private sector. These capabilities are not found either in member nations’ militaries or in the NATO bureaucracy itself. And the civilian organizations or actors best equipped to provide them are frequently suspicious of, or even hostile to, the military. At best, they are unaccustomed to working with the military, with few exceptions”.

  1. OTAN, Communiqué du sommet de Varsovie, 9 juillet 2016.

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informations et propose en retour des recommandations au décideurs nationaux pour augmenter leur « résilience »166167.

L’éducation est également un moyen d’assister les États dans la phase de préparation et de sensibilisation aux enjeux posés par les menaces hybrides. Ainsi, l’École de l’OTAN d’Oberammergau organise un certain nombre de formations et conférences, la « guerre hybride » en étant un des thèmes récurrents depuis 2014168. Expérience et concrétisation de cette phase, les exercices conjoints menés par l’OTAN permettent également de tester les capacités des pays. Appuyés par le Joint Warfare Center de Stavanger, en Norvège, qui « crée, développe et soutient des dispositions et scénarii fictifs pour entretenir les exercices actuels et futurs169 », les entraînements interalliés permettent une centralisation des retours d’expérience ensuite bénéfique pour conseiller les forces armées des pays-membres à plusieurs niveaux, dont opérationnel comme capacitaire. « Tous [les] scénarii incluent un environnement de guerre hybride170 ». En 2015, l’exercice Trident Juncture sponsorisé par l’ACT a été l’occasion de tester le poste de commandement et de contrôle du Joint Force Command Brunssun (JFCBS), partie intégrante de la NRF, tout en confrontant les armées des pays de l’Alliance à un scénario

  • Full-Spectrum » : l’opération devait rétablir la sécurité d’un pays failli dans une région instable et confrontée à des troubles politiques, militaires et civils. L’exercice de quatorze jours

impliquait des défis hybrides, et notamment cyber171.

Moins connu, enfin, le NATO Defense Planning Process (NDPP) est l’occasion pour l’OTAN de peser sur les ajustements capacitaires des pays-membres. Dédié à l’harmonisation des équipements au sein de l’Alliance172, le cadre est l’occasion depuis 2014 d’intégrer au débat

166 OTAN, “NATO’s Response to Hybrid Threats”, 17 juillet 2018.

https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_156338.htm, consulté le 5/08/2018.

167 OTAN, “Adapting NATO intelligence in support of ‘One NATO’”, 9 août 2017. https://www.nato.int/docu/review/2017/also-in-2017/adapting-nato-intelligence-in-support-of-one-nato-security-military-terrorism/EN/index.htm consulté le 16/08/2018.

  1. Entretien de l’auteur avec Pierre Bigot, école de l’OTAN, juin 2018.

  2. Échange de l’auteur avec Stefan Kueling, Joint Warfare Center, juillet 2018.

creates, develops and maintains fictitious settings and scenarios to support current and future exercises”.

  1. Ibidem.

All scenarios include a hybrid warfare environment”.

  1. Voir Joint Warfare Center (JWC), “Trident Juncture 15. Opposing Force and the Exercise Design”, The Three Swords Magazine, 29/2015, 2015 ; Joint Warfare Center (JWC), “Continued Evolution of Hybrid Threats”, The Three Swords Magazine, 28/2015, 2015.

  1. OTAN, “NATO Defence Planning Process”, 28 juin 2018. https://www.nato.int/cps/en/natohq/topics_49202.htm, consulté le 16/08/2018.

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la problématique des menaces hybrides, et donc d’apporter, par des discussions avec chaque pays, un « lissage de ce que les Etats s’engagent à faire173 ».

Les réels changements restent donc contraints par les décisions des États et la

  • résilience » par leur génie propre. Le besoin pour l’OTAN d’uniformiser les capacités de l’Alliance n’est évidemment pas sans poser des problèmes de délimitation des prérogatives, certains analystes critiquant notamment le rapprochement inédit entre les agences nationales et les structures de renseignement de l’OTAN. Par ces leviers, et avec une coopération également croissante avec la Finlande et la Suède, l’OTAN possède un poids non-négligeable dans les politiques de sécurité intérieure des États de la zone-transatlantique.

    1. Les Centres d’excellence

Les Centres d’excellence sont également des relais de poids et des lieux d’expertise importants pour la coopération civilo-militaire nécessaire pour l’OTAN. Répartis dans de nombreux pays, ils permettent d’aborder des problématiques liées à l’énergie, la cyber sécurité, les communications stratégiques, le renseignement humain, la coopération civilo-militaire même, la défense contre le terrorisme, ou encore les opérations dans les eaux confinées et peu profonde et, plus directement, la lutte contre les menaces hybrides. Ces institutions militaires sont financées par un ou plusieurs États, et reçoivent ou non l’accréditation de l’ACT – qui détient la tutelle de la plupart d’entre elles. Ces centres regroupent des experts, militaires, professionnels et chercheurs, qui collaborent avec l’OTAN jusque dans les standards et doctrines de l’Organisation.

Depuis 2014, le travail de plusieurs Centres d’excellence a été redirigé vers l’analyse de l’hybridité de la Russie et sur les moyens de la contrer. C’est notamment le cas des Centres pour la défense cyber coopérative, à Tallinn, en Estonie, ouvert un an après l’attaque d’ensemble de son système informatique en 2007174, de la sécurité énergétique de Vilnius, en Lituanie, ouvert en 2012, et pour les communications stratégiques de Riga, en Lettonie, qui est inauguré seulement quelques semaines avant le sommet de Newport. Tous ont vu leur mission

  1. LASCONJARIAS Guillaume, JACOBS Andreas, « Entretien – La guerre hybride sur les flancs de l’OTAN », Mars Attaque, 13 mai 2015. http://mars-attaque.blogspot.fr/2015/05/entretien-guerre-hybride-OTAN-NATO-Lasconjarias-NDC-hybrid-warfare.html, consulté le 28/10/2017.

  1. MALDRE Patrik, “The Many Variants of Russian Cyber Espionage”, ICDS blog, 28 août 2015. http://www.icds.ee/blog/article/the-many-variants-of-russian-cyber-espionage-1/, consulté le 3 février 2018.

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évoluer, le Centre d’excellence pour les communications stratégiques, initialement créé pour répondre aux propagandes islamistes, accusant depuis fin 2014 une majorité de publications et travaux en direction des menaces hybrides russes175. Si leur disposition aux abords de la Russie répondrait plutôt à une période d’engagement des États baltes après leur accession à l’OTAN et dans une logique de « division internationale176 » intra-otanienne177, ces institutions spécialisées sont dans tous les cas liées aux priorités de l’Alliance : lorsqu’accrédités par l’ACT, les Centres d’excellence reçoivent en effet des « commandes » de l’OTAN sur des sujets précis178. Pour certains, les Centres d’excellence ne seraient donc que des « caisses de résonance179 » des intérêts de l’OTAN, et non les foyers d’expertise internationaux et pluriels que décrit l’Alliance.

Dans tous les cas, l’ouverture en octobre 2017 du Centre européen pour la lutte contre les menaces hybrides marque un pas de plus vers l’externalisation relative des problématiques liées à l’hybridité. Ouvert à Helsinki, le centre n’est quant à lui pas accrédité par l’OTAN, mais est financé par un ou plusieurs pays de l’OTAN et/ou de l’Union européenne et seulement parrainé par les deux organisations. Le travail du Centre d’excellence paraît, au regard des premières publications stratégiques, concentré sur les formes contemporaines de propagande des faits180fake news, trolling, dans leurs aspects juridiques, sociétaux et politiques.

Ce nouveau centre est remarquablement symbolique : placé dans un pays non-membre de l’OTAN, non-accrédité par l’ACT et présenté de manière appuyée dans les discours comme étant une organisation qui ne fait « pas partie du corps de l’OTAN181 », son enjeu n’est-il pas avant tout de sceller la coopération la plus importante pour pallier les limites civiles de l’OTAN, c’est-à-dire celle avec l’Union européenne ?

  1. Entretien de l’auteur avec Benjamin Heap, Centre d’excellence pour la communication stratégique, août 2018.

  2. Entretien de l’auteur avec Chris Benett et Jacob Hansen, ACT, août 2018.

  3. qu’à la Russie comme raison de la création de ces Centres d’excellence avant même 2014, comme le postule, non sans raison apparente, certains observateurs.

  1. Entretien de l’auteur avec Benjamin Heap, Centre d’excellence pour la communication stratégique, août 2018.

  2. Entretien de l’auteur avec Pierre Bigot, école de l’OTAN, juin 2018.

  3. OTAN, “NATO welcomes opening of European Centre for Countering Hybrid Threats”, 11 avril 2017. https://www.nato.int/cps/en/natohq/news_143143.htm, consulté le 2/04/2018.

  1. Ibidem.

are not NATO bodies”.

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  1. L’UE à l’avant-garde des partenariats interinstitutionnels

    • Forte de ses ressources considérables et de son soft power, l’UE est un acteur-clé de la résilience de l’Europe face aux menaces hybrides, notamment la désinformation et les

cyberattaques182 ».

L’Union européenne apparaît déjà au point 104 de la déclaration de Newport comme un

partenaire diplomatique de premier choix183. Depuis, elle n’a cessé de faire l’objet de démarches de la part de l’OTAN pour approfondir la relation entre les deux institutions. Et pour cause, mais si les deux organisations diffèrent ostensiblement dans leurs structures et buts, elles tendent à partager une vision commune – et à plus forte raison une sémantique commune – du contexte stratégique particulier auquel est confronté le continent européen. « Encerclés du

même environnement sécuritaire184 », les aires de coopération se sont multipliées depuis 2014. Dès mai 2015, le Service européen d’action extérieure (SEAE) publie une note de

réflexion sur la question des menaces hybrides185, qu’il définit comme un « mélange d’actions militaires et non militaires, découvertes et secrètes, conçues et contrôlées de manière

centralisée186 ». La conception de la guerre hybride de l’UE se focalise donc sur les mêmes aspects que l’OTAN : l’hybridité serait une stratégie d’influence visant la déstabilisation et l’affaiblissement d’un opposant. Rapidement, l’UE préconise donc l’instauration d’une « cellule de fusion contre les menaces hybrides » pour permettre notamment l’échange d’informations entre les différents organes de l’UE, et avec l’OTAN. En juin 2015, les problématiques liées à la guerre hybride sont discutées par les chefs d’État et de gouvernement au Conseil européen de juin 2015 : ceux-ci acquiescent à l’intensification des échanges institutionnels entre l’UE et l’OTAN.

En avril 2016, un cadre commun de 22 mesures pour contrer les menaces hybrides est adopté par la Commission européenne et la haute représentante de l’UE, Federica Mogherini ;

  1. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “Countering Russia’s Hybrid Threats: An Update”, Draft Special Report, Committee on the Civil Dimension of Security, 27 mars 2018.

With its considerable resources and soft power, the EU is a key player in building Europe’s resilience to hybrid threats, particularly disinformation and cyberattacks”.

  1. OTAN, Communiqué du sommet de Newsport, 5 septembre 2014.

  2. Press statements by the NATO Secretary General Jens Stoltenberg and the EU High Representative for Foreign

Affairs and Security Policy, Federica Mogherini, 1er décembre 2015. https://www.nato.int/cps/en/natohq/opinions_125361.htm, consulté le 2/04/2018.

  1. Service européen d’action extérieure (EEAS), Food-for-thought paper « Countering hybrid threats », Bruxelles, 2015.

  1. BARBIN Jéronimo, « La guerre hybride : un concept stratégique flou aux conséquences politiques réelles », Les Champs de Mars, 2018/1 (n° 30 + Supplément), p. 109-116.

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il invite les Etats-membres à se pencher sur leurs vulnérabilités en matière d’infrastructures, de défense, et souhaite la création du Centre d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides qui verra le jour deux ans plus tard. L’intérêt de la coopération entre les deux organisations est réitéré lors du sommet de Varsovie, en 2016, les présidents du Conseil européen, de la Commission européenne et le secrétaire général de l’OTAN identifiant ensemble 7 domaines de coopération entre leurs organisations, en premier lieu desquels la lutte contre les menaces hybrides187. En décembre de la même année, 42 propositions concrètes dans les 7 domaines, dont 10 sur les menaces hybrides, entérinent la convergence du travail de l’UE et de l’OTAN quant à la guerre hybride. Elles présentent notamment, outre le Centre d’excellence d’Helsinki, la création d’une « cellule de fusion contre les menaces hybrides » à Bruxelles, la participation de l’UE à une simulation conjointe d’un scénario de guerre hybride, ainsi que la

  • routinisation » des échanges informels et formels entre les structures respectives des institutions.

En somme, le partenariat avec l’Union européenne constitue aujourd’hui la forme la plus aboutie dans la recherche de leviers par l’OTAN. Le soft power de l’UE est en effet déterminant pour outrepasser la méfiance vis-à-vis de l’OTAN et lui donner accès aux outils DIME/FL, alors qu’est évoquée depuis plusieurs mois la possibilité d’un accord « Berlin + inversé » qui cèderait à l’OTAN certains des instruments qu’elle ne peut pour l’instant faire valoir.

Les partenariats répondent ainsi à plusieurs dynamiques et niveaux de dépendance différents vis-à-vis de l’OTAN. D’un côté, les deux Commandements cherchent à peser sur les politiques de défense des États afin d’en guider la direction, et paraissent moins accompagner qu’inciter à l’acceptation des enjeux de guerre hybride par les formations, les exercices et les consultations régulières entre les membres et l’institution. L’enjeu, somme toute, est d’approfondir une culture stratégique unanime et toujours plus intégrée.

D’un autre côté, la relation de l’OTAN avec l’Union européenne semble être bénéfique aux deux structures, qui profitent réciproquement des spécialités qu’elles détiennent. À Bruxelles, la déclaration conjointe des deux organisations appuie toujours plus sur l’importance

  1. Press statements by the NATO Secretary General Jens Stoltenberg and the EU High Representative for Foreign

Affairs and Security Policy, Federica Mogherini, 1er décembre 2015. https://www.nato.int/cps/en/natohq/opinions_125361.htm, consulté le 2/04/2018.

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du « partenariat stratégique188 »189. Toutefois, cette relation soulève plusieurs problèmes. En effet, l’OTAN n’est-elle pas aujourd’hui dépendante dans une certaine mesure de l’Union européenne, notamment sur le plan diplomatique ? De plus, l’ancrage similaire à une sémantique controversée de l’hybridité ne montre-t-il pas que les deux organisations souffrent des mêmes questionnements identitaires ?

De toute évidence, le « retour vers l’Europe190 » de l’OTAN, lui, est signé. Depuis quatre ans, l’Alliance a redessiné les contours de sa structure, de son mode fonctionnement et de ses buts. La redécouverte de la défense collective marque cependant un retour au caractère particulier, car une fois l’hybridité identifiée, l’Organisation doit en partie revoir ses moyens d’actions pour embrasser la complexité actuelle d’un environnement nouveau ; en réponse, cet environnement est l’opportunité de revigorer l’ensemble de l’Alliance et de faire accepter des réformes profondes.

  1. OTAN, Déclaration du sommet de Bruxelles, 11 juillet 2018.

  2. OTAN, Déclaration conjointe, 11 juillet 2018.

  3. MEIJER Hugo, « Les défis stratégiques de l’OTAN dans la perspective du sommet de Varsovie », CERI, 06 juillet

2016. http://www.sciencespo.fr/ceri/fr/content/les-defis-strategiques-de-l-otan-dans-la-perspective-du-sommet-de-varsovie, consulté le 28 octobre 2017.

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V – L’OTAN à l’aune du concept de « guerre hybride » : analyse des résultats & critiques

Les éléments de la genèse et du développement du concept de « guerre hybride » ont soulevé un certain nombre d’interrogations que nous nous proposons de discuter ici. En étudiant le comportement de l’OTAN par le prisme d’un concept et en observant la relation s’installer et s’entretenir entre les deux, un certain nombre de points ont retenu notre attention.

Sur le concept lui-même, qui n’en finit pas de s’étirer sous les utilisations de plus en plus courantes. Sur les « complexes » institutionnels qui semblent traverser l’OTAN, et leur capacité à tirer parti des crises pour forger une Alliance plus (re)soudée que par le passé – éléments plusieurs fois entrevus dans le cours de notre étude mais qu’il reste à faire parler. Enfin, sur les réponses concrètes de l’OTAN, parfois floues et difficiles à mettre en perspectives lorsqu’elles reposent sur des notions comme « comprehensive » ou « résilience », mais sous-tendues par la politisation rapide du concept en 2014 et les enjeux politico-stratégiques souvent masqués par le bourdonnement des débats.

A) A l’aube du Sommet de Bruxelles, un concept « fourre-tout » ?

Si « la combinaison des tactiques conventionnelles et asymétriques de Poutine pour réaliser cette vision a été appelée « guerre hybride »191 », sa troisième définition – celle de la

  • stratégie intégrale » russe – reste elle aussi à faire dialoguer avec les critiques qui ont accompagné son développement. En effet, l’extension sémantique du concept s’engage selon certains observateurs dans une trajectoire aujourd’hui risquée pour répondre aux menaces bien réelles qui pèsent sur la sécurité de l’OTAN. Du glissement sémantique à l’effondrement sémantique, la frontière est mince ; dilué de son sens premier et potentiellement écarté des

  1. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “Hybrid Warfare: NATO’s New Strategic Challenge?”, General Report, Defence and Security Committee, 10 octobre 2015.

Putin’s combination of conventional and asymmetrical tactics to achieve this vision have been termed ‘hybrid warfare’”.

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réalités, l’usage du concept reste-t-il pertinent, et donc viable pour participer aux réflexions stratégiques de l’Alliance ?

a. L’hybridité russe : troisième définition, troisième débat sémantique

  • Aujourd’hui, la discussion sur l’utilisation par la Russie de la guerre hybride est devenue un discours sur quelque chose de plus mystérieux, ressemblant à la magie noire. Les généralisations sur la « guerre hybride russe » ne sont pas seulement inutiles, elles deviennent un cliché192 ».

Nul besoin ici de revenir sur les modalités précises de l’action russe en Ukraine pour comprendre à quoi font référence la « magie noire » et les « généralisations » de la guerre hybride russe dont parle Michael Kofman. Depuis 2014, le concept s’est imposé sans obstacle dans les sphères de l’OTAN, et la terminologie autour de l’hybridité – « attaques »,

  • menaces », « méthode » ou « stratégie » hybrides – a servi rapidement de point d’appui rassurant pour des actions surprenantes sans que la pertinence de la notion même ne paraisse avoir été étudiée en profondeur.

Une nouvelle fois dans l’histoire du concept, c’est son caractère prétendument nouveau qui retient en premier les critiques. Certes, la combinaison de la coercition avec d’autres outils étatiques durant l’annexion de la Crimée a été la base de l’utilisation de nouveaux instruments de pression dans des voies innovantes – en particulier les moyens informationnels et cybers tant décriés par l’OTAN – mais ni l’ambiguïté qu’ils tendent à créer, ni leur inclusion dans une

  • stratégie intégrale », ni même la nature informationnelle des outils ne constituent une rupture

dans l’histoire de la guerre193. L’apparent oubli par les observateurs militaires de l’OTAN de cette réalité de la guerre pourrait ne pas avoir de conséquence sur le bien-fondé des menaces que le concept tente de saisir, mais compte tenu du changement important qu’il incarne pour la

  1. KOFMAN Michael, “Russian Hybrid Warfare and Other Dark Arts”, War on the Rocks, 11 mars 2016. https://warontherocks.com/2016/03/russian-hybrid-warfare-and-other-dark-arts/, consulté le 16/08/2018. Today’s conversation on Russia’s use of hybrid warfare has become a discourse on something more arcane, resembling black magic. Generalisations about “Russian hybrid warfare” are not only unhelpful, but are becoming a cliché”.

  1. HENROTIN Joseph, « Introduction générale. La guerre hybride comme avertissement stratégique », op. cit.

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sécurité européenne, son « analyse a-historique et a-stratégique [ne] reposant que sur des buzzwords ne peut donner une appréciation saine d‘une situation complexe194 ».

L’hybridité sert très tôt après la crise ukrainienne à qualifier la « stratégie intégrale » russe, considérée ainsi a posteriori comme la mise en application des vues de Valéry Guérassimov et de la réforme continue des forces armées depuis 2008. Pourtant, estiment Bettina Renz et Hanna Smith :

La « guerre hybride » ne reflète pas suffisamment le contenu et l’orientation de la modernisation militaire russe. [Elle] minimise les ambitions de la Russie et en surestime les capacités. La « guerre hybride » simplifie à outrance les politiques internationales/la politique étrangère de la Russie, qui est plus complexe que ce que le label implique… [et elle] ne dit rien des objectifs ou des intentions de la Russie et insinue à tort que la politique étrangère de la Russie repose sur une « grande stratégie » mondiale195 ».

Nous le voyons, le concept de « guerre hybride russe » en-dehors des murs de l’OTAN est vivement critiqué, mais même si toute une partie de la littérature s’évertue à critiquer les fondements du concept, son essor linéaire dans les discours de l’OTAN est indéniable. La vision russe de son affrontement avec l’OTAN et sa propre définition des actions qu’elle emploie ne font pas l’objet d’une attention particulière de la part de l’OTAN ; au contraire, ce sont des concepts occidentaux qui servent à la classification des agissements russes. Nous aurons l’occasion de voir qu’au contraire, la Russie examine avec application les débats, pensées et opérations de ces voisins occidentaux.

    • Tout au plus pourra-t-on concéder le fait que l’existence même du débat autour de ce vocable aura permis de rappeler certaines évidences qu’on avait stupidement oubliées, soit par inculture, soit par conformisme bureaucratique

  • oui, la guerre est d’une infinie complexité, elle est toujours longue, coûteuse,

  1. Ibidem.

  2. RENZ Bettina, SMITH Hanna, “After ‘Hybrid Warfare’, What Next? – Understanding and Responding to Contemporary Russia”, Publications of the Government ‘s analysis, assessment and research activities, 44/2016, Helsinki, 2016.

“’Hybrid warfare’ does not adequately reflect the content and direction of Russian military modernization … [it] understates Russian ambitions and overestimates Russian capabilities at the same time. “Hybrid warfare” oversimplifies Russian international politics/foreign policy, which is more complex than the label implies … [and it] tells us nothing about Russian goals or intentions and mistakenly implies that Russian foreign policy is driven by a global ‘grand strategy’

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sanglante et difficile. [] Fallait-il que nous soyons tombés si bas pour redécouvrir ainsi – et d’une façon aussi cuistre et prétentieuse – de pareilles évidences ?196 ».

b. La sur-extension sémantique

L’absence de définition claire et les lacunes méthodologiques qui ont accompagné le concept de « guerre hybride » sont souvent perçues comme les raisons des glissements sémantiques successifs que le terme connaît depuis sa popularisation. L’illustration en a été esquissée ci-dessus, les « menaces hybrides » permettent aujourd’hui de désigner un ensemble d’actions, méthodes et leviers extrêmement dissemblables et issus d’acteurs différents.

  • Un des multiples noms que l’on donne au diable197 », la « guerre hybride » semble aujourd’hui pouvoir intégrer tous les défis émergents posés à l’OTAN, ce que tend à prouver les rajouts constants que produisent les face-à-face de l’Organisation à de nouvelles formes de menaces : la dissémination d’armes de destruction massive, la piraterie, le cyberespace, le passage d’acteurs non-étatiques à potentiellement étatiques, les pressions énergétiques et les communications stratégiques ont petit à petit augmenté une définition que l’OTAN a voulu extensive. L’exemple le plus récent se trouve certainement dans le premier rapport du Centre

européen d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides publié en mai 2018198. Marqué par les auditions parlementaires aux États-Unis autour de la supposée intervention russe dans les élections, le Centre d’Helsinki vient rajouter à la longue liste des manifestations hybrides

l’ingérence dans les processus électoraux en même temps que les fake news ou le « trolling »199. Pour expliquer ce phénomène, Élie Tenenbaum rappelle que la définition en usage à l’OTAN après 2014 est trinitaire et manifestement complexe à manipuler. Au niveau politique et stratégique, la guerre hybride souligne aujourd’hui la porosité entre les modes souvent

  1. HENNINGER Laurent, « La “guerre hybride” : escroquerie intellectuelle ou réinvention de la roue ? », Revue Défense nationale, n° 788, mars 2016. Voir également MAIRE Jérôme, « Stratégie hybride, le côté obscur de l’approche globale ? », Revue défense nationale, Tribune, 811, 2016.

  1. Entretien de l’auteur avec Pierre Bigot, École de l’OTAN, juin 2018.

  2. CHEN Alicia, LEE Kathy, MCCUE Madeline, THEVDT Andrew, TREVERTON Gregory, Adressing Hybrid Threats, Centre européen d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides, 9 mai 2018.

  3. On retrouve la même extension, à la même époque, à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN. Cf. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “Countering Russia’s Hybrid Threats: An Update”, Draft Special Report, Committee on the Civil Dimension of Security, 27 mars 2018.

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arbitrairement délimités du régulier et de l’irrégulier. A l’échelle opérative, elle qualifie la combinaison de manœuvres non-linéaires et linéaires afin de déstabiliser l’ennemi. Enfin, elle appuie au niveau tactique sur l’arrangement de capacités militaires modernes et de tactiques irrégulières200. Ainsi exposée et malgré une définition relativement circonscrite, la guerre hybride s’inscrit en fait dans deux principales lignes de fuite qui favorisent ses glissements sémantiques entre les murs de l’OTAN. La première s’est vue formée depuis la porosité des modes d’action : en acceptant une gamme déjà fournie de pressions coercitives, la définition inciterait l’inclusion progressive des moyens non-cinétiques dans l’idée de rendre compte de tous les leviers de puissance auxquels à accès l’acteur, mais « dissolvant ainsi la notion dans un degré de généralité abscons201 ». La seconde ligne de fuite fait l’hypothèse que dans un futur plus ou moins proche, l’utilité du concept pourrait être remise en cause : la diffusion d’armement de précision est pour l’instant œuvre de combinaisons inédites qui soutiennent l’intérêt du concept, mais que se passera-t-il quand l’ensemble des groupes irréguliers y aura accédé202 ?

c. Le risque de « l’effondrement sémantique »

Face à toutes ces critiques, on est en droit de s’interroger sur la viabilité du concept de guerre hybride pour guider les politiques conduites par l’OTAN depuis près de quatre ans. Manquant cruellement d’une délimitation précise et de recul historique, le terme permet-il encore aujourd’hui d’éclairer les décisions, et ne risquerait-il pas, à moyen-terme, de devenir tout à fait contre-productif pour le travail de l’OTAN ?

Force est en premier lieu de constater que le concept ne fournit pas de réponse complète

  • toutes les inquiétudes des États-membres. Souvent louée pour sa souplesse, support qui permettrait aux cultures stratégiques coexistant au sein de l’OTAN de se l’approprier, la guerre hybride pourrait avoir au contraire éloigné les conceptions nationales les unes des autres. Pour Nadia Schadlow le concept de l’hybridité a donné aux pays de la zone euro-atlantique le luxe de faire des choix parfois diamétralement opposés parmi la gamme d’actions présentées comme « hybrides », et d’interpréter ensuite ces événements comme isolés les uns des autres. Ainsi :

  1. TENENBAUM Elie, op. cit.

  2. Ibidem.

  3. Ibidem.

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  • Par inadvertance, la flexibilité des instruments inhérents à la guerre hybride incite les décideurs à détacher les tactiques spécifiques des objectifs politiques globaux qui sont à l’origine d’une guerre. Une guerre menée avec des moyens hybrides devient alors une suite incompréhensible d’improvisation, d’actions disparates sur différents fronts géographiques […] qui semblent vaguement liées203 ».

Partant, les largesses du concept ne permettraient pas à tous les membres de qualifier de la même façon les potentielles attaques lancées d’un pays pourtant unifié politiquement et militairement – en l’occurrence la Russie. Inefficaces à produire une action décisive en cas d’actes subversifs, les menaces hybrides pourraient ainsi se retourner contre des pays surpris, une nouvelle fois, par l’utilisation d’un large éventail d’actions à leur encontre.

Ces réflexions sont évidemment théoriques et leurs conclusions hypothétiques ; elles grossissent à dessein le trait des contradictions du concept et de son exploitation afin d’en montrer les lignes de fuite et dilemmes internes. L’extension sémantique n’est pourtant pas sans risque immédiat. La Russie se joue déjà plaisamment de l’incapacité de l’OTAN à qualifier les actions qui contournent la défense collective de l’article 5, exploitant les désaccords pour attester du manque d’alliance et de l’inanité de la dissuasion élargie204.

Enfin, d’aucuns invoquent des exemples historiques concrets de concepts déjà disparus du champ de réflexion de l’OTAN sous le poids de leurs propres contradictions. Au début des années 1990, le concept Effect-based operations (EBO) avait connu le même sursaut d’intérêt avant de sombrer dans l’oubli ; miné par la prolifération de définitions puis par le chaos doctrinal qu’il entraîna entre l’OTAN et les interprétations nationales, James Mattis s’était finalement dit :

  • convaincu que les diverses interprétations de EBO ont semé une confusion que nous devons corriger au sein de la force interarmées et parmi [les] partenaires multinationaux. À mon avis, les EBO ont été mal appliquées

  1. SCHADLOW Nadia, “The Problem with Hybrid Warfare”, War on the Rocks, 2 avril 2015.

“Inadvertently, the flexibility of the instruments inherent in hybrid warfare tempts policy makers to detach the specific tactics from the overarching political goals that drive a war. A war fought with hybrid means becomes thus an incomprehensible sequence of improvisations, disparate actions along various geographic fronts […] that appear vaguely connected”.

  1. TENENBAUM Elie, op. cit.

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et trop étendues au point d’entraver plutôt que d’aider les opérations conjointes205 ».

Face aux critiques, le concept de guerre hybride pourrait lui aussi devenir contre-productif sur le plan doctrinal et stratégique, voire s’effondrer. L’objectif même d’élaborer une interprétation commune et délimitée est de plus en plus rejeté par certains militaires de l’OTAN, qui préfèrent se référer au rapport du Centre européen d’excellence de lutte contre les menaces hybrides lorsqu’il s’agit de définir l’hybridité206 : or, celle-ci postule qu’une définition est inutile, les caractéristiques et manifestations seules étant importantes en ce qui concerne la guerre hybride207. Comment reconnaître cependant la guerre hybride et les nouvelles caractéristiques sans erreur si aucune définition n’existe ? Peut-être la réponse est-elle justement qu’on ne peut pas se tromper.

  1. GILES Keir, “Is Hybrid Warfare Really New?”, NDC Reasearch Division, Forum Paper 24, Rome, 2015.

convinced that the various interpretations of EBO have caused confusion throughout the joint force and among our multinational partners that we must correct. It is my view that EBO has been misapplied and overextended to the point that it actually hinders rather than helps joint operations”.

  1. Cf. Entretiens de l’auteur avec Chris Benett et Jacob Hansen, ACT, août 2018 et avec Benjamin Heap, Centre d’excellence pour la communication stratégique, août 2018.

  2. CHEN Alicia, LEE Kathy, MCCUE Madeline, THEVDT Andrew, TREVERTON Gregory, Adressing Hybrid Threats, Centre européen d’excellence pour la lutte contre les menaces hybrides, 9 mai 2018.

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B) Le dilemme différenciation/intégration

Le concept de « guerre hybride » russe constitue un véritable catalyseur au sein de l’Alliance post-2014 – ce qui explique peut-être sa pérennité malgré les contradictions qu’il supporte et les critiques qu’il essuie. Partout où son concept est invoqué apparaît un élan nouveau pour décider, entretenir et méditer les réformes de l’Alliance. À ce moment de notre étude, il convient de revenir sur les déterminants institutionnels et cognitifs sous-jacents au succès du concept.

a. La « guerre hybride russe » : moteur résiduel de la fin du désengagement

Comment se maintiennent ou se défont les alliances militaires ? La question est d’ampleur et les réponses théoriques multiples : par l’impossibilité de s’adapter à un monde qui change, par exemple ; lorsque les membres questionnent la volonté de leurs alliés à remplir leurs obligations ou que le leader ne peut plus soutenir un partage des coûts inégaux ou offrir des incitations matérielles pour rendre l’alignement plus attractif, répondent également certains auteurs208. Même entachés d’un fort ancrage dans les problématiques actuelles de l’OTAN, ces exemples restent toutefois intéressants pour comprendre la synergie créée par la « guerre hybride russe » dans une alliance militaire et politique régie par des dynamiques propres. L’OTAN a déjà répondu une première fois à la question de l’adaptation à un monde qui change au sortir de la Guerre froide. De toute évidence, elle a alors su trouver pour plusieurs années les mots et les actions nécessaires au maintien d’une alliance proactive.

  • la fin des années 2000, pourtant, l’Alliance se retrouve confrontée à une perte significative de vitesse motivée par plusieurs facteurs. Les États rechignent à maintenir des budgets de défense élevés, a fortiori durant la crise économique qui éclate en 2008209, et au sein

du NDPP, la politique des pays européens s’oriente sensiblement vers la culture du « we

  1. BARANOWSKI Michal, BRUNO Lété, “NATO in a World of Disorder: Making the Alliance Ready for Warsaw”, German Marshall Fund of the United States, mars 2016.

  2. FRIDMAN Ofer, Russian ‘Hybrid Warfare’: Resurgence and Politicisation, H C Hurst & Co, Londres, 2017.

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recognise only as much threat as we can afford210 »211. De plus en plus, l’Alliance paraît souffrir d’une « fatigue de l’élargissement212 » et des problèmes politiques, économiques et sociaux internes qui détournent les pays-membres des politiques otaniennes. La vision commune du monde qui entoure l’Alliance est remplacée par des divisions sur les terrains d’opérations hors-zone qui méritent ou non l’intervention de l’OTAN au sortir de la Guerre froide, et les forces standby ne sont quasiment jamais remplies par les États213.

Que son importance ait été attisée de l’intérieur pour permettre l’élan auquel elle conduit ou pas, l’identification de la « guerre hybride » russe en 2014 est à bien des égards une réponse aux problèmes de désengagement et de crise identitaire de l’OTAN. Ses structures profitent du regain d’intérêt – certes contraint – en la défense collective de l’Europe pour faire passer les séries de réformes ci-dessus explicitées. Elles ont « trouvé un grand méchant214 » sur qui faire tenir la solidarité et l’intégration de la RAP215 ou encore expérimenter le concept de nation-cadre que les États-Unis pensent comme une façon de stimuler le développement interarmées des forces et des capacités216.

Ces éléments tendent donc à soutenir la vision partagée par les sciences politiques et les plus hautes instances de l’OTAN : « Comme l’a souligné à plusieurs reprises le SACEUR, pour que l’OTAN puisse agir, la désignation infaillible d’un agresseur spécifique est essentielle 217 ». Contrainte par l’unanimité et donc le consensus, l’OTAN a tout intérêt à profiter des événements en Ukraine pour donner l’impulsion à une défense collective adaptée au climat et menaces du XXIe siècle. Quels qu’en soient les instigateurs, l’implication politique et financière des États-membres est notablement fortifiée ; reste à en travailler les atours pour qu’ils s’accordent avec les pratiques institutionnelles de l’OTAN.

210 Expression traduisible par « nous reconnaissons autant de menace que ce que nous pouvons nous permettre ».

  1. ALLEN John, LINDLEY-FRENCH Julian, DI PAOLA Giampaolo, LANGHELD Wolf, VALÁŠEK Tomáš, “NATO Adaptation Project. NATO in a Changing Strategic Environment: The Questions NATO Adaptation Must Address”, GLOBSEC Policy Institute, Steering Committee Scoping Paper, 14 novembre 2016.

  1. Ibidem.

  2. ABTS Jan, “NATO Very High Readiness Joint Task Force – Can the VJTF Give New Élan to the NATO Response Force?”, op. cit.

  1. Entretien avec Pierre Bigot, École de l’OTAN, juin 2018.

  2. GOLTS Aleksandr, REISINGER Heidi, “Russia’s Hybrid Warfare: Waging War below the Radar of Traditional Collective Defense”, NATO Defense College Research Paper, n°105, novembre 2014.

  3. SIMÓN Luis “Assessing NATO’s Eastern European ‘Flank’”, Parameters, vol. 44, n° 3, 2014.

  4. GILES Keir, “Is Hybrid Warfare Really New?”, NDC Reasearch Division, Forum Paper 24, Rome, 2015.

As SACEUR has repeatedly emphasised, in order for NATO to take action, foolproof attribution to a specific aggressor is essential”.

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  1. La « différenciation » des menaces

    • Pendant des décennies, les dirigeants de l’OTAN ont plaidé pour une coordination contre les « menaces hors-zone » et pour savoir si des attaques dans des endroits tels que le Moyen-Orient et l’Afrique méritaient une réponse de l’OTAN. Il est ironique que le conflit au cœur même de l’Europe puisse mener aux mêmes divisions218 ».

Dans la même logique, le concept de guerre hybride offre une parade sémantique à deux formes de menace différentes sur les flancs Sud et Est de l’Alliance. L’enjeu évident est d’éviter le « factionalisme », une autre tendance plausiblement destructrice pour l’Alliance à moyen-terme219, car certains pays ne sont pas concernés par les méthodes russes en Ukraine, au premier plan desquels l’Espagne, le Portugal ou l’Italie220. Pour les pays-membres de la frontière méridionale de l’Alliance, bien plus inquiétantes sont les migrations incontrôlées et les menaces transnationales irrégulières sur le pourtour de la Méditerranée. Ainsi, l’OTAN est incitée à pousser le jeu de la différenciation des menaces le plus possible, jouant sur l’ambiguïté constructive pour faire accepter par les deux flancs la terminologie de l’hybridité tout en respectant, en apparence du moins, une stricte égalité dans la priorisation des moyens alloués aux menaces. Dans les déclarations des États comme dans la répartition des exercices ou la division des notes de renseignement, l’attention de l’OTAN aux menaces hybrides est strictement partagée : « L’OTAN prévoit d’organiser 270 exercices en 2015, dont la moitié sur le flanc Est221 » ; « il a été suggéré publiquement que les notes de renseignement sur les défis

  1. SCHADLOW Nadia, “The Problem with Hybrid Warfare”, War on the Rocks, 2 avril 2015.

For decades, NATO leaders argued about coordinating against “out of area threats” and whether attacks in places such as the Middle East and Africa merited a NATO response. It is ironic that conflict in the very heart of Europe could lead to the same divisions”.

  1. ALLEN John, LINDLEY-FRENCH Julian, DI PAOLA Giampaolo, LANGHELD Wolf, VALÁŠEK Tomáš, “NATO Adaptation Project. NATO in a Changing Strategic Environment: The Questions NATO Adaptation Must Address”, GLOBSEC Policy Institute, Steering Committee Scoping Paper, 14 novembre 2016.

  1. LANOSZKA Alexander, “Russian Hybrid Warfare and Extended Deterrence in Central-Eastern Europe”, International Affairs, vol. 92, n° 1, janvier 2016.

  2. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “NATO’s Readiness Action Plan: Assurance and Deterrence for the Post-2014 Security Environment”, Report, Defence and Security Committee, Sub-Committee on Future Security and Defence Capabilities, 10 octobre 2015.

« NATO expects to hold 270 exercises in 2015, with half taking place on the eastern flank ».

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hybrides rendues par l’Intelligence Fusion Centre doivent être divisées de manière parfaitement égale en longueur entre les menaces de l’Est et de l’Ouest222 ».

Les alliés sont à la fois une bénédiction et une malédiction223. « Ils peuvent partager le fardeau stratégique ou l’alourdir. Ils peuvent fournir de sages conseils ou des expertises utiles, mais aussi poursuivre leur propre chemin vers la gloire224 ». L’effort est donc coûteux pour les garder soudés mais le gain politique est souvent bien plus inestimable en période de crise : les Alliés confèrent de la légitimité. Dans un dilemme qui ressemble donc à celui des opérations multinationales contemporaines, la vraie tension permanente de la réponse aux « menaces hybrides » réside moins dans le défi croisé de l’engagement et de l’efficacité, que dans la coexistence entre la logique militaire de la différenciation et la logique politique de l’intégration.

L’« auberge espagnole stratégique225 » porte évidemment en elle certaines contradictions et confusions, la sécurité de l’Italie ne pouvant être comparée par exemple à celle de la Lettonie ; mais en attendant, le concept de « guerre hybride » peut fournir un cadre holistique notamment intéressant pour le calibrage capacitaire des forces européenne en quête de redéfinition226. Même certains des plus farouches critiques de la pertinence du concept acquiesce devant l’évidence du constat : « l’hybride est un euphémisme attrape-tout227 », certes, mais un euphémisme indispensable et avantageux au regard de la structure qu’est l’OTAN.

c. Vers un « sentier de dépendance » à la terminologie de l’hybridité ?

L’OTAN peut-elle pour autant se rendre dépendante de la sémantique de l’« hybridité » qu’elle a aidée à faire accepter ? Le terme est aujourd’hui institutionnalisé à tous les échelons de l’Alliance – ACT, Centres d’excellence, mais aussi auprès des partenaires (Australie, Nouvelle-Zélande228, Suède ou Finlande) – et structure une grande partie des débats européens

  1. GILES Keir, “Is Hybrid Warfare Really New?”, NDC Reasearch Division, Forum Paper 24, Rome, 2015.

  2. GRAY Colin, Modern Strategy, Oxford University Press, Oxford, 1999, p. 169.

  3. SCHMITT Olivier « L’union ou la force ? Les défis des opérations multinationales contemporaines », Focus stratégique, n° 55, mars 2015.

  1. TENENBAUM Elie, op. cit.

  2. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », Focus stratégique, n° 63, octobre 2015.

  3. GILES Keir, “Is Hybrid Warfare Really New?”, NDC Reasearch Division, Forum Paper 24, Rome, 2015.

“Hybrid is a catch-all euphemism”.

  1. FLEMING Brian, op. cit.

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sur l’environnement sécuritaire du continent. Il est bon de rappeler que l’apparition du concept de guerre hybride marquait déjà un tournant dans les schémas de pensée de l’OTAN, qui entretenait jusqu’alors :

  • une focalisation excessive […] sur les concepts stratégiques avec lesquels elle a historiquement travaillé : une guerre conventionnelle et régulière, cinétique et dont le déroulement concernerait au premier chef la stratégie militaire générale, les autres stratégies sectorielles (diplomatie, économie, etc.) lui étant asservies. Dès lors, ce qui « dissonerait » de cette vision, comme l‘usage par la Russie de proxies et de la « dé-identification » deviendrait alors remarquablement disruptif, en appelant donc à la légitimation d‘une nouvelle catégorisation stratégique229 ».

Si la « guerre russe » a permis de bousculer les modèles de l’OTAN – ce qui pourrait participer à expliquer une partie non-négligeable de l’intérêt et l’attachement des structures de l’Alliance au concept – pourtant, la possibilité d’une reproduction de la focalisation démesurée sur le concept stratégique de « guerre hybride » n’est pas à rejeter. Certains croient déjà apercevoir l’emprise du terme sur l’Alliance, devenant un réel « enjeu de survie bureaucratique pour de nombreux partenaires230 » – Centres d’excellence et think tanks notamment. Ces organismes auraient déjà décidé d’altérer le sens de la « guerre hybride » pour mieux l’intégrer à leurs champs de compétences.

C’est rappeler une fois encore la complexité des déterminants, enjeux, caveats, et limites du concept de guerre hybride. Une multitude d’acteurs participent de l’extension de son sens qui soutient en retour un public toujours plus large d’États, organismes, partenaires et bureaucrates associés au travail de l’OTAN. Décrié non sans raison pour l’oubli conceptuel qu’il symbolise voire pour son caractère contre-productif sur les décisions de l’OTAN, le concept offre une vision holistique, différenciée et potentiellement utile pour faire redémarrer une organisation minée par les coupes budgétaires et le désengagement politique. Elle aide pour ses défenseurs à remettre au goût du jour une Alliance forte, préparée et réactive à son

  1. HENROTIN Joseph, « Introduction générale. La guerre hybride comme avertissement stratégique », op. cit.

  2. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », Focus stratégique, n° 63, octobre 2015.

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environnement stratégique, quelle que soit sa pertinence historique ou stratégique. Pour des raisons cognitives et parce qu’elle est le plus petit dénominateur commun au 29 pays de l’OTAN, au grand dam de ses détracteurs, la « guerre hybride » nourrie aujourd’hui une dépendance au sentier231 et fixe plus que jamais un attachement à la terminologie que les plus hautes structures ne pensent pas voir disparaître ou s’atténuer dans les années à venir232.

  1. Entretien de l’auteur avec Olivier Schmitt, professeur de science politique à Center for War Studies, University of South Denmark, juin 2018. –

  1. Entretien de l’auteur avec Chris Benett et Jacob Hansen, ACT, août 2018.

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C) Hybridité versus hybridité : le retour des stratégies intégrales

Au regard des résultats obtenus, un troisième aspect de la « guerre hybride » nécessite d’être analysé : l’inscription du concept dans un schéma plus large de lutte permanente contre la Russie. Nous avons déjà pu remarquer que la « guerre hybride » servait un certain nombre d’intérêts variés au sein de l’OTAN, mais non encore décomposé la réponse façonnée par l’hybridité que l’OTAN développe. Certes, la « guerre hybride » sert ici aussi la rhétorique, mais elle devient avant tout une notion politisée nourrie par un complexe quasi-obsidional de l’« Ouest » face au retour de la Russie sur la scène européenne. Au-delà de permettre à certains pays – et en particulier de l’Est – de projeter leurs ambitions, la « guerre hybride » s’ancre donc durablement dans une opposition entre la Russie et l’Occident qui donne à la réponse de l’OTAN des allures de guerre hybride « bien intentionnée ».

Ces aspects continueront très certainement à alimenter la complexité du concept, mais en tant que cas épistémologique, l’édification du concept en réel enjeu politico-stratégique est l’aboutissement d’un long parcours, depuis la plume d’Hoffman jusqu’aux arènes politiques internationales.

a. L’inscription du conflit dans une confrontation permanente avec la Russie

Les « zones grises » de la guerre hybride sont identifiées par l’OTAN comme les plus dangereuses pour la cohésion d’ensemble de l’Alliance. Avec un design et un niveau de violence spécifiquement calculés pour passer sous le radar de la défense collective, la « guerre hybride russe » et sa dominante informationnelle ne laisse aucune profondeur stratégique aux Alliés et s’inscrit désormais dans la durée233. Pour bon nombre d’observateurs, 2014 propulse l’Alliance dans une « guerre permanente234 » contre la Russie : elle est une « puissance révisionniste » et « illibérale » qui chercherait à renverser l’ordre euro-atlantique dans son

  1. GOLTS Aleksandr, REISINGER Heidi, “Russia’s Hybrid Warfare: Waging War below the Radar of Traditional Collective Defense”, NATO Defense College Research Paper, n°105, novembre 2014.

  2. BĒRZIŅŠ Jānis, Russia’s New Generation Warfare in Ukraine: Implications for Latvian Defense Policy, op. cit.

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ensemble235. Face à ces apparentes ambitions de subversion, l’OTAN doit trouver un moyen de répondre « de manière proportionnée236 ».

L’OTAN n’est pourtant pas dépourvue d’instruments concernant les tentatives de déstabilisation. Le Concept stratégique classé secret de mai 1957 prévoyait déjà des mesures contre des opérations limitées, contre l’infiltration, les incursions ou des actions locales hostiles sur le sol de l’OTAN ; la stratégie de « défense de l’avant » de l’OTAN incluait quant à elle des provisions spéciales pour défendre la ville géographiquement exposée de Kassel ; le plan tripartite États-Unis/Grande-Bretagne/France pour protéger l’accès des Alliés à Berlin parlait explicitement du besoin de répondre à l’ambiguïté des menaces et de l’utilisation d’un large panel de mesures militaires et non-militaires ; enfin, les plans pour les flancs Sud et Nord de l’OTAN consacraient déjà la préparation, la dissuasion et la défense – triptyque repris presque tel quel à Bruxelles en 2018 – contre une saisie de territoire par l’Union soviétique, promouvant une force basée sur la solidarité des Alliés, prompte, et composée d’éléments aériens et terrestres237. Dès lors, pourquoi ne pas reprendre ces éléments, quand les articles 3 et 4 du Traité de Washington permettent également des mécanismes de réponses aux « guerres de seuil »238 ?

En fait, plusieurs facteurs influencent l’érection d’une stratégie ad hoc. La première raison pour laquelle l’idée de « guerre hybride russe » a été si rapidement politisée est qu’elle correspond parfaitement, en 2014, à l’identité que l’OTAN souhaite – ici consciemment – faire valoir pour rassurer les membres vulnérables et remotiver l’Alliance : celle d’une organisation principal défenseur des valeurs occidentales de démocratie, de liberté individuelle et de marchés libres239. Pour Michael Kofman, le contexte offre l’opportunité de cette panacée à la crise d’identité de l’OTAN vieille de 25 ans :

  • Individuellement, les pays occidentaux connaissent l’étendue de l’influence politique russe dans leurs pays respectifs ; mais collectivement, l’Occident a choisi de parler dans des récits et de dépeindre une caricature de

  1. CONLEY Heather, STEFANOV Ruslan, VLADIMIROV Martin, MINA James, “The Kremlin Playbook. Understanding Russian Influence in Central and Eastern Europe”, Center for Strategic and International Studies”, Rowman Littlefield, 13 octobre 2016.

  1. STOLTENBERG Jens, “Zero-sum? Russia, Power Politics, and the Post-Cold War Era”, Brussels Forum, 20 mars 2015.

  1. RUIZ PALMER Diego, “Back to the Future? Russia’s Hybrid Warfare, Revolutions in Military Affairs, and Cold War Comparisons”, NATO Defense College Research Paper, n° 120, octobre 2015.

  1. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “NATO’s Readiness Action Plan: Assurance and Deterrence for the Post-2014 Security Environment”, Report, Defence and Security Committee, Sub-Committee on Future Security and Defence Capabilities, 10 octobre 2015. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “Countering Russia’s Hybrid Threats: An Update”, Draft Special Report, Committee on the Civil Dimension of Security, 27 mars 2018.

  1. FRIDMAN Ofer, Russian ‘Hybrid Warfare’: Resurgence and Politicisation, H C Hurst & Co, Londres, 2017.

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la manière dont Moscou utilise ses instruments de puissance nationale. Cela se comprend dans le cadre d’un effort visant à motiver l’OTAN, à sensibiliser les alliances et à rassurer les membres vulnérables240 ».

Le second levier est celui des États du flanc Est qui poussent considérablement la politisation de la guerre hybride et son inclusion dans une perspective historique, géopolitique, voire idéologique. Les pays baltes – inquiétés depuis longtemps par la propagande du Kremlin qu’ils appellent « coup attack » – sembleraient pour Ofer Fridman avoir tenté par ce discours d’obtenir à la fois un soutien financier de l’OTAN à de renforcer en interne leur légitimité politique241. Ils encouragent dès lors, notamment avec la Pologne, l’Organisation à présenter la guerre hybride comme « une attaque contre la stratégie de l’OTAN242 ».

Ainsi, la communauté de valeur émerge comme soubassement à la maximisation de l’utilité anticipée pour les États orientaux de l’Alliance, permettant de contrebalancer les divisions sur l’enjeu de l’intervention russe et la réluctance de certains pays à voir revenir l’OTAN à son but originel de prévenir une conquête russe. Encore une fois, l’« existence continue et la pertinence de l’OTAN dépendent dans une large mesure de la capacité de l’Alliance à construire et à maintenir un espace culturel appelé « l’Occident « qui fournit à ses États-membres une identité et un objectif communs243 ».

b. Hybridité contre hybridité, ou approche compréhensive contre approche compréhensive ?

Pour l’OTAN, la large gamme d’outils non-militaires utilisée par la Russie doit être contrée par l’exploitation d’une partie de ces mêmes outils en miroir. Il s’agit de répondre aux pressions économiques par l’économie, aux discours politiques par la politique ou à l’utilisation

  1. KOFMAN Michael, “Russian Hybrid Warfare and Other Dark Arts”, op. cit.

Individually, Western countries are knowledgeable about the extent of Russian political influence in their respective nations; but collectively the West has chosen to speak in narratives, and paint a caricature of how Moscow uses its instruments of national power. That is understandable as a part of an effort to motivate NATO, raise alliance awareness, and reassure vulnerable members”.

  1. FRIDMAN Ofer, Russian ‘Hybrid Warfare’: Resurgence and Politicisation, op. cit.

  2. HARTMANN Uwe, “The Evolution of the Hybrid Threat, and Resilience as a Countermeasure”, NATO Defense College Research Paper, n°139, septembre 2017.

“an attack against NATO’s strategy-making”.

  1. BEHNKE Andreas, NATO’s Security Discourse after the Cold War, Routledge, Londres, 2013, p.3.

84

de l’information par l’information. Le Readiness Action Plan est ainsi considéré comme une réponse à court-terme (« short game ») quand les outils DIME/FL incarnent la solution envisagée à long-terme (« long game ») :

  • L’efficacité de la réponse aux nouvelles menaces va nécessiter des expressions renouvelées et vigoureuses de la volonté politique des 28 États-membres de l’OTAN et une réponse compréhensive, et “whole-of-alliance”. Le succès dans ce nouvel environnement stratégique va nécessiter les pouvoirs diplomatiques, informationnels, militaires, économiques, et même financiers et légaux combinés de tous les pays-membres244 ».

N’est-ce pas inclure une forme d’hybridité stratégique dans la réponse de l’OTAN ? En combinant moyens militaires et non-militaires parfois considérés comme non-linéaires, les outils DIME/FL peuvent en effet rejoindre la définition stricte de l’hybridité et celle stratégique aujourd’hui en vigueur à l’OTAN. L’idée elle-même est présente dans certains discours de l’Organisation et se rapproche des outils qui pourraient être employés au sein de l’Approche 360°, parfois qualifiée de « politique hybride245 ». En mars 2015, Alexander Vershbow, secrétaire général délégué de l’OTAN, appelait au renforcement de la coopération et des liens institutionnels avec l’UE dans le but de pouvoir « répondre à l’hybridité par l’hybridité246 ».

Ce serait cependant oublier que l’OTAN réfute toute irrégularité dans ces actions ou quelconque stratégie de déstabilisation vis-à-vis de la Russie. De plus, elle tend à rejeter tout évocation du terme d’hybride pour qualifier ses propres actions, préférant assumer et définir elle-même les ressemblances entre les deux approches plutôt que de risquer le discrédit247. Loin d’être une « politique hybride » contre des « menaces hybrides », il s’agirait plutôt de

  1. Assemblée parlementaire de l’OTAN, “NATO’s Readiness Action Plan: Assurance and Deterrence for the Post-2014 Security Environment”, Report, Defence and Security Committee, Sub-Committee on Future Security and Defence Capabilities, 10 octobre 2015.

The effectiveness of the response to new threats will require renewed and vigorous expressions of political will among the 28 NATO member states and a comprehensive, ‘whole-of-Alliance’ response. Success in this new strategic environment will require the combined diplomatic, informational, military, economic, and, even financial and legal (DIME-FL) powers of all member states”.

  1. GUNNERIUSSON Hâkan, “Nothing is Taken Serious Until it Gets Serious: Countering Hybrid Threats”, Defense Against Terrorism Review, vol. 4, n°1, 2012.

  1. BARBIN Jéronimo, « La guerre hybride : un concept stratégique flou aux conséquences politiques réelles », Les Champs de Mars, 2018/1 (n° 30 + Supplément), p. 109-116.

  1. Les rappels de ce genre sont récurrents dans les communications de l’OTAN, qui souligne notamment, à maintes reprises, que le Centre d’excellence pour la communication stratégique ne vise pas à contrer la propagande par la propagande. À chaque aire de ressemblance répond un rappel de l’intention non-belliqueuse de l’Organisation.

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comprendre, pour le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, que « la guerre hybride est le reflet sombre de l’approche compréhensive de l’OTAN248 ».

Un article du Commandant de liaison américain entre l’UE et l’OTAN résume avec clarté l’opposition de l’intention qu’il existerait entre les deux concepts dans la tête de l’OTAN :

    • Prise dans une perspective large, la Guerre hybride est en fait l’approche compréhensive (CA) dans l’offensive [the comprehensive approach in the offense]. Là où la CA cherche à créer des espaces pour les acteurs amis afin de renforcer la gouvernance, la guerre hybride l’affaiblie. Là où la CA cherche à bâtir la confiance et la cohésion sociétale, la guerre hybride cherche à semer la méfiance et la confusion entre les segments de la population aussi bien qu’entre le peuple et leur gouvernement. Là où la CA cherche à panser les divisions de la société et cherche la réconciliation, la guerre hybride cible les blessures historiques les plus profondes d’une société pour les faire saigner à nouveau249 ».

  1. De la stratégie intégrale aux Grandes stratégies ?

De nombreux auteurs se sont penchés avant même la crise ukrainienne sur la tendance

de la stratégie russe a évoluer vers une Grande stratégie250. Et bien que les Russes réfutent le

  1. Press point by NATO Secretary General Jens Stoltenberg following informal EU Defence Ministers meeting, Bratislava, 27 septembre 2016. https://www.nato.int/cps/en/natohq/opinions_135453.htm?selectedLocale=fr, consulté le 21/05/2018.

hybrid warfaire is the dark reflect of NATO’s comprehensive approach

  1. KREMIDAS Christopher, “Hybrid Warfare: The Comprehensive Approach In The Offense”, US European

Command Liaison to NATO and EU, 18 juillet 2016. https://www.thesouthernhub.org/systems/file_download.ashx?pg=296&ver=2, consulté le 25/07/2018. Taking a broader perspective, Hybrid Warfare is actually the comprehensive approach (CA) in the offense. Where CA seeks to create space for friendly actors to strengthen governance, hybrid warfare seeks to shrink it. Where CA strengthens and enables governance, hybrid warfare weakens it. Where CA seeks to build trust and societal cohesion, Hybrid Warfare seeks to sow mistrust and confusion between segments of the population as well as between the people and their government. Where CA seeks to heal a society’s divisions and seek reconciliation, Hybrid Warfare targets a society’s deepest historical wounds to make them bleed again”.

  1. Voir notamment les travaux de MONAGHAN Andrew, “Putin’s Russia: Shaping a ‘Grand Strategy’?”, International Affairs 89, n° 5, 2013 ; TSYGANKOV P. Andrei, “Preserving Influence in a Changing World: Russia’s Grand Strategy,” Problems of Post-Communism, 58 n° 1, mars/avril 2011 ; HEIKKA Henrikki, “The Evolution of Russian Grand Strategy. Implications for Europe’s North,” EURA Research Study, 2000.

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terme, disant que le phénomène vient des Etats-Unis, la tendance est forte. Défini comme ce qui lie tous les outils disponibles aux fins politiques en temps de paix comme en temps de guerre, par extension de la stratégie qui ne lie que les moyens militaires aux fins politiques en temps de guerre251, le modèle de Grande stratégie russe serait peu ou prou reconnaissable lors de l’intervention en Crimée. La Russie a en effet montré une coordination stratégique fructueuse qui tient en grande partie aux réformes conduites depuis 2008, et notamment à la création d’un Centre interministériel qui ordonne en temps de paix la trajectoire de l’appareil de défense russe et prend en temps de guerre le rôle de supervision des opérations252. Cette cohésion rehaussée entre les sphères militaires dans la Russie contemporaine s’accompagne d’un intérêt grandissant de la société civile pour les réflexions portant sur la défense et la direction des forces armées du pays – intérêt soutenu par les campagnes d’information du Kremlin – et qui aide à la formation d’une Grande stratégie253 incluant la société entière russe dans ses plans.

En face, l’OTAN diversifie également ses compétences militaires en temps de paix et pousse à une coordination plus grande du secteur militaire avec les organisations internationales, entreprises privées, ONG et autres structures civiles. Sa vision d’une inclusion dans les plans de « guerre permanente » avec la Russie la pousse également à revoir l’intensité de sa confrontation perpétuelle avec la Russie, donnant notamment lieu à une augmentation des exercices et démonstrations de force depuis 2014.

  • Le pouvoir de combattre n’est qu’un des instruments de la Grande stratégie – qui doit prendre compte et appliquer le pouvoir de la pression financière, de la pression diplomatique, de la pression commerciale, ou encore la pression ethnique, pour affaiblir la volonté de l’adversaire254… ».

  1. VEN BRUUSGAARD Kristin, “Crimea and Russia’s Strategic Overhaul”, Parameters, vol. 44, n° 3, automne 2014, p.

81-90.

  1. KOFMAN Michael, ROJANSKY Matthew, “A Closer Look at Russia’s Hybrid Warfare”, Kennan Cable, Wilson Center, n°7, 2015.

  1. VEN BRUUSGAARD Kristin, “Crimea and Russia’s Strategic Overhaul”, Parameters, vol. 44, n° 3, automne 2014, p.

81-90.

  1. LIDDELL HART Basil, Strategy, Faber and Faber Ltd., Londres, 1967.

Fighting power is but one of the instruments of grand strategy – which should take account of and apply the power of financial pressure, of diplomatic pressure, of commercial pressure, and, not least of ethical pressure, to weaken the opponent’s will…”.

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L’analyse en est encore à son balbutiement et reste isolée, mais la tendance aux stratégies dites « intégrales255 » interroge sur la direction d’une liaison de plus en plus étriquée entre le temps de la guerre et le temps de la paix. Dans le conflit qui oppose la Russie à l’Occident, des intérêts jouent pour donner à la confrontation une signification quasi-civilisationnelle qui n’est pas sans aggraver les discordances de communication entre l’OTAN et la Russie. Alors que les deux acteurs se renvoient la responsabilité d’utiliser les mêmes outils, la Russie disant l’Occident être inventeur des formations qu’elle a depuis plusieurs années copiées et l’Occident arguant que seule la Russie en fait la pratique, l’hybridité répond dans une certaine mesure à l’hybridité autant que l’approche compréhensive à l’approche compréhensive.

Dans une plus large mesure, se sont surtout les penchants internes à la pérennité du concept de guerre hybride qui retiennent l’attention. Le besoin de consensus coûte que coûte, les pratiques bureaucratiques, l’utilité du terme et sa parfaite coexistence au moins sémantique dans des pays que tout oppose semble donc atténuer les maintes et pertinentes critiques sur le bien-fondé de son emploi. Pour l’heure, il paraît avoir créé plus de synergies que de brouillages entre les membres de l’Alliance, mais qu’en est-il au niveau de la doctrine par exemple ? Difficile à dire depuis l’extérieur, l’OTAN enveloppant – sans surprise – les aspects concrets de sa réponse à une plausible attaque russe de la plus haute confidentialité.

Reste toutefois qu’on ne peut borner à ce stade l’inclusion du concept de guerre hybride dans l’OTAN ni au hasard, ni à un complot américain. Son immixtion progressive mais sûre dans les cercles de l’Alliance a été à la fois l’œuvre d’opportunismes pour certains États comme pour l’OTAN qui ont trouvés dans la terminologie et ses limites la possibilité d’affûter un argumentaire, mais également l’œuvre de coïncidences. Dans son histoire courte mais dense, le concept semble s’être imposé grâce à des changements dans les contextes stratégiques dont les opportunistes ont pu profiter. Il renvoie, en fait, à une certaine idée des conflits contemporains facilement accessible à l’esprit : historiquement nouveau ou pas, a-stratégique ou non, il déchaîne les passions par son apparente capacité à discerner ce qui échappe aux analyses de surface. Filé et interrogé en profondeur, le terme révèle pourtant des aspects intéressants sur la guerre contemporaine dont Frank Hoffman avait posé la première pierre. Par la tension particulière qu’elle impose par exemple et par son absence de restriction au niveau opérationnel,

  1. HENROTIN Joseph, « L’hybridité à l’épreuve des conflits contemporains : le cas russe », Défense et Sécurité international, n°116, juillet-août 2015.

88

la « guerre hybride » mérite très certainement d’être conservée pour expliquer certaines des manifestions de la guerre asymétrique.

Mais dans une alliance politico-militaire comme l’OTAN répondant à une exigence de consensus, toute réalité transformée en concept n’est-elle pas par essence biaisée ? Désormais étendue voire rejetée en elle-même, il ne semble pas que la définition de « guerre hybride » doive un jour se révéler.

89

VII – Conclusion

« Il est banal de dire que « la guerre a changé ».

Elle a toujours changé au cours de l’histoire256 ».

Quatre ans après le rattachement de la Crimée à la Russie et le début des affrontements entre les forces de Kiev et les séparatistes pro-russes dans l’Est de l’Ukraine, le concept de

  • guerre hybride » russe continue de faire autorité dans le discours de l’OTAN. Dans les communiqués qu’elle publie, dans les cours que ses écoles dispensent, dans les exercices qu’elle engage, la notion d’hybridité est omniprésente. Par son emploi, l’Organisation espère avant tout pouvoir décrire une catégorie de conflit actuel en apparente croissance et classifier les menaces présentes. Mais l’importance démesurée du concept sur les réformes d’une alliance militaire et politique qui se pense à un tournant de son histoire a motivé cette analyse dont nous allons désormais présenter les quelques résultats.

La « guerre hybride », en tant que tel, ne signifie en rien un point d’inflexion dans la guerre moderne. La combinaison de forces régulières et irrégulières est l’histoire même des conflits, et bien que les avancées technologiques ou la fin de la Guerre froide aient amené de profondes reconfigurations dans la façon dont les groupes irréguliers tentent de contrebalancer la supériorité conventionnelle de l’Occident, les nouvelles modalités qui en découlent ne témoignent que d’une évolution du caractère de la guerre, non de sa nature. Le concept d’hybridation des menaces n’est pas dénué d’intérêt pour autant. Il offre une vue pertinente d’arrangements tactiques originaux et des possibilités nouvelles de la guerre non-restreinte – ou hors-limites – dans l’art opératif.

Le principal problème réside dans la politisation d’un concept qui n’a eu de cesse, depuis sa popularisation par Frank Hoffman, de servir des argumentaires multiples et parfois antagonistes. Pour défendre des moyens conventionnels, pousser le retour aux théories de la

  1. BEAUFRE André, Stratégie pour demain. Les problèmes militaires de la guerre moderne, coll. « Tribune Libre », Paris, Plon, 1972, p. 17.

90

contre-insurrection ou faire accepter des réformes espérées de longue date, la « guerre hybride » a subi des extensions sémantiques qui l’ont peu à peu dilué de son sens. À l’OTAN, le concept connaît une ascension intrinsèquement liée au contexte stratégique dans lequel l’Alliance évolue. Les structures y voient tout d’abord un schéma prospectif intéressant pour les menaces émergentes et se l’approprient pour qu’il réponde aux priorités de ces États-membres, mais le manque de communion autour des défis que la « guerre hybride » soupçonne manque de faire disparaître le concept des réflexions de l’Alliance. En 2014, le retour de la Russie dans les questionnements sur l’architecture sécuritaire européenne fait renaître le concept pour qualifier l’ambiguïté stratégique de Moscou et amorce un tournant fondamental dans la politique de l’OTAN. Alors que son sens se brouille toujours plus par une sur-extension de la notion d’hybridité, l’identification de la stratégie « hybride » de la Russie a de bien réelles conséquences politiques. En effet, les politiques d’adaptation et de réassurance ne sont pas que purement conventionnelles prises dans leur ensemble. Au sein de l’Approche 360°, elles sont dessinées avec la conscience qu’un pendant civil leur est essentiel, et fonctionnent depuis le commencement de la période de réforme en parallèle d’une politique de partenariat tournée elle aussi vers les « menaces hybrides ».

Il ne paraît donc pas exagéré de déclarer que si la pierre angulaire des adaptations de l’OTAN depuis le « choc » de 2014 est à la redécouverte de la défense collective, la « guerre hybride » est en le pointeur, la ligne directrice. En effet, elle est la menace existentielle nécessaire, l’ennemi construit pour paraître commun qui motive et soutien les profondes évolutions des structures de l’Alliance. En plus d’être travaillée par les structures de l’OTAN pour répondre aux contextes stratégiques différents des 29 membres de l’Organisation, elle est érigée en ciment du lien transatlantique par la confrontation sociétale qu’elle signifie avec la Russie. La guerre hybride, en somme, aide à raviver les dépenses de défense des pays-membres,

  • donner un sens à l’Organisation et à mettre fin à la période de désengagement des États. Son occurrence hasardeuse dans le discours de l’OTAN en 2014 répond en fait parfaitement à tous les défis internes, avant tout, que l’Alliance avait identifiés.

Toutefois, la viabilité de cette réponse dans la durée est aujourd’hui mise en doute. Même si elle aura permis pendant une durée respectable de questionner utilement les faiblesses conventionnelles de l’OTAN et de ses États-membres, et malgré l’ambiguïté constructive et la différenciation qu’elle permet, le risque de son effondrement sémantique est possible. En effet, la guerre hybride « renvoie à des réalités tant politico-stratégiques que tactico-opérationnelles et, sans un accord de ceux qui l’emploient sur le sens exact de l’expression, elle risque de mener

91

  • des incompréhensions, voire à de dangereux quiproquos257 ». Installée dans la bureaucratie otanienne et menant potentiellement à une Grande stratégie concrète pensée comme nécessaire face à une Russie mal comprise, la guerre hybride continuera très certainement d’avoir un poids important dans les décisions de l’OTAN – avec ses limites, ses largesses, et ses mêmes lignes de fuite.

Par le prisme d’un concept, il a donc été possible d’aller plus avant dans les déterminants institutionnels, politiques et cognitifs d’une organisation interétatique qui possède ses dynamiques propres. Dans le jeu qui s’est joué entre la fabrication par l’OTAN d’un concept élargi consciemment pour répondre à toutes les sensibilités nationales (top-down) et l’intérêt pour les États de reprendre le vocable de l’Alliance afin de peser dans les décisions collectives (bottom-up), la vérité se situe très certainement entre les deux. À la fois par pression des États-Unis pour ralentir la tendance à une charge financière inégale et pouvoir se concentrer sur d’autres théâtres, à la fois comme possibilité pour l’OTAN de revigorer la défense collective et de perdurer, à la fois comme opportunité pour les pays d’accéder à des ressources techniques et humaines et de gagner en légitimité, les quelques éléments identifiés dans ces pages invitent

  • un travail approfondi sur les relations entre l’OTAN et les États à cette période charnière de la redécouverte de la défense collective. Les États-membres continueront-ils de soutenir le concept dans les années à venir si le contexte stratégique vient une nouvelle fois en bouleverser le chemin ; et surtout, l’hybridité de la « guerre hybride » suffira-t-elle par le discours à faire tenir les réformes de l’Alliance ?

  1. TENENBAUM Elie, « Le piège de la guerre hybride », op. cit.

92

Annexes

Tables des Annexes :

Annexe 1 : Guide des entretiens

Annexe 2 : « La guerre hybride dans le spectre de la conflictualité »

93

ANNEXE 1 : Guide des entretiens

Numéro

Nom

Nature

Fonction

Date

Durée

1

Barbin Jéronimo

Questionnaire

Chercheur au Centre d’histoire militaire

20/07/2018

et des sciences sociales de la

Bundeswehr

2

Lieutenant

Questionnaire

Officier de coordination, Groupe de

02/07/2018

colonel

commandement du Joint Analysis

Beaumont Jan

Lesson Learned Command (JALLC)

3

Lieutenant

Entretien oral

Directeur du département Hybrid,

18/06/2018

45 min

colonel Bigot

Influence & Effects Department, Ecole

Pierre

de l’OTAN, Oberammergau

4

Contre-amiral

Entretien oral

Ancien de la Direction du renseignement

27/07/2018

30 min

Christienne

militaire (DRM) de 2014 à 2017

Alain

5

Halas Matus

Entretien oral

Enseignant chercheur d’études

26/02/2018

30 min

stratégiques, département études

politiques et stratégiques, Baltic Defense

College, Tartu, Estonie

6

Lieutenant

Entretien oral

Ancien professeur au Collège de

14/08/2018

1h

colonel Hansen

l’OTAN (2005-2006), Head of Naval

Jacob (et

Specialist Training Staff, Copenhague

Commandant

Chris Benett)

7

Heap Benjamin

Entretien oral

Ancien capitaine de l’armée britannique,

14/082018

30 min

Senior expert au Centre d’excellence

pour la communication stratégique

(StratCOM), Riga, Lettonie

8

Lieutenant

Questionnaire

Chief Public Affairs Officer, Joint

11/07/2018

colonel

Warfare Center, Stavanger

Kuehling Stefan

9

Lanoszka

Entretien oral

Professeur adjoint, Department of

14/03/2018

45 min

Alexander

Political Science, Université de

Waterloo

10

Lasconjarias

Échange écrit

Chercheur au Collège de l’OTAN, Rome

14/08/2018

Guillaume

11

Schmitt Olivier

Entretien oral

Professeur associé de relations

15/06/2018

45 min

internationales, Center for War Studies,

University of Southern Denmark

94

ANNEXE 2 : « La guerre hybride dans le spectre de la conflictualité »

Source : Élie Tenenbaum

95

Bibliographie

Sources primaires :

Documents officiels

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Assemblée parlementaire de l’OTAN, “NATO’s Readiness Action Plan: Assurance and Deterrence for the Post-2014 Security Environment”, Report, Defence and Security Committee, Sub-Committee on Future Security and Defence Capabilities, 10 octobre 2015.

96

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97

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Echange avec Stefan Kueling, JWC, juillet 2018.

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111

Table des matières

I – Introduction 10

II – Méthode 18

III – L’essor du concept de « guerre hybride » : contexte, développement et « otanisation »

primaire 25

  1. L’« hybrid warfare » : à la recherche d’une conceptualisation pour la porosité des modes

de guerre post-Guerre froide 26

a. Les prémices du concept de « guerre hybride » 26

b. Hoffman, Mattis et l’« hybrid warfare » théorique 29

  1. Popularisation, politisation, et polarisation du concept de « guerre hybride » autour des

théories d’Hoffman 32

a. Du modèle théorique à l’exemple historique : la « guerre hybride » du Hezbollah 32

b. Polarisation autour du concept de « guerre hybride » d’Hoffman 35

C) L’OTAN 2007 – 2010, ou la « guerre hybride » sans la Russie 38

a. Le général James « Mad Dog » Mattis à l’ACT 38

b. Entre appropriation et refonte : la « guerre hybride » selon l’OTAN 40

c. La mise au banc temporaire du concept par l’OTAN (2012 – 2014) 42

IV – Répondre au contexte sécuritaire post-2014 : la redécouverte de la défense collective

par l’hybridité 45

A) La Russie : front second d’une hybridité aux portes de l’OTAN 46

a. De l’identification par l’OTAN de l’hybridité des activités russes en Ukraine 47

b. Implications pour l’OTAN 49

c. Le sommet de Newport 51

  1. Des réponses avant tout militaires de l’OTAN : réassurrance, adaptation, et 360° Approach

………………………………………………………………………………………………………………………………………..54

a. La réassurance du flanc Est 54

b. Les « mesures d’adaptation » : nouvelle gestion de crise, ou changement de paradigme ? 56

c. De l’approche compréhensive à l’approche 360° 58

  1. Une menace qui dépasse les compétences de l’OTAN : dimensions « civiles » et

partenariats 61

a. Le domaine infra-otanien : soutenir les États-membres comme priorité 62

b. Les Centres d’excellence 64

c. L’UE à l’avant-garde des partenariats interinstitutionnels 66

V – L’OTAN à l’aune du concept de « guerre hybride » : analyse des résultats & critiques . 69

A) A l’aube du Sommet de Bruxelles, un concept « fourre-tout » ? 69

a. L’hybridité russe : troisième définition, troisième débat sémantique 70

b. La sur-extension sémantique 72

c. Le risque de « l’effondrement sémantique » 73

B) Le dilemme différenciation/intégration 76

a. La « guerre hybride russe » : moteur résiduel de la fin du désengagement 76

b. La « différenciation » des menaces 78

c. Vers un « sentier de dépendance » à la terminologie de l’hybridité ? 79

C) Hybridité versus hybridité : le retour des stratégies intégrales 82

112

a. L’inscription du conflit dans une confrontation permanente avec la Russie 82

b. Hybridité contre hybridité, ou approche compréhensive contre approche compréhensive ? 84

c. De la stratégie intégrale aux Grandes stratégies ? 86

VII – Conclusion 90

Tables des Annexes : 93

Annexe 1 : Guide des entretiens 94

Annexe 2 : « La guerre hybride dans le spectre de la conflictualité » 95

Bibliographie 96

113

Auteur(s) : AIX-MARSEILLE UNIVERSITÉ INSTITUT D’ÉTUDES POLITIQUES D’AIX-EN-PROVENCE MÉMOIRE Master 2 Histoire militaire comparée, géostratégie, défense & sécurité L’ADAPTATION DE L’OTAN AUX MENACES DE « GUERRE HYBRIDE » RUSSES Par M. Thibaut ALCHUS Mémoire réalisé sous la direction de M. Laurent Borzillo Année 2017-2018 1 “Les opinions exprimées dans ce mémoire sont celles de l’auteur et ne […]

Source(s) : CSFRS, CSFRS

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