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Problématique du terrorisme islamiste en Asie du sud-est / Eric FRECON

Publié le 06-12-2017

Résumé

L’Asie du Sud-Est est une zone de passage. Le terrorisme islamiste transnational, incarné par Daech, a-t-il profité
de ce contexte régional pour s’y implanter ?
Dans un premier temps (constat), il a été aisé d’évoquer la présence de Daech dans le monde malais,
d’autant plus qu’un tel discours alimente le sentiment de vulnérabilité à Singapour ou permet de légitimer
des hausses de budget. Toutefois, cette lecture ne résiste pas à l’analyse, pays par pays. Les problématiques
sont davantage liées à la fragilité des constructions nationales, dans des contextes pluriethniques, qu’à une
ambition de califat global. Finalement, il n’existe pas (encore) de province (wilayat) formelle de Daech en
Asie du Sud-Est.

Possiblement, dans le plus long terme, Daech pourra malgré tout exploiter des oppressions à l’égard des
musulmans. Ce sera d’autant plus vrai si les combattants du Moyen-Orient sont amenés à fuir. Le sud des
Philippines ferait alors figure de parfaite base arrière. Quels que soient les facteurs (sociaux,
psychologiques, politiques, religieux) favorables au développement de Daech, le terreau est d’autant plus
favorable que des groupes voisins poussent à une telle dérive, comme en Birmanie (cf. la crise actuelle).
En second lieu (analyse), si les particuliers ne se sentent pas encore en danger, un risque suffisant
subsiste aux yeux de la Chine et des Etats-Unis pour justifier de grandes manœuvres.
Afin d’échapper au dilemme de puissance entre Washington et Pékin, les pays de la région sont tentés de
répondre aux avances d’Etats périphériques. La France a la légitimité, sinon historique et géographique, au
moins diplomatique pour se positionner. Elle a aussi des intérêts économiques à protéger et une
expérience anti-terroriste à faire-valoir. Notons que l’Association des nations d’Asie du Sud-Est demeure
la grande absente. Aujourd’hui, la préférence des Etats va au minilatéralisme.

En dernier lieu, avant toute recommandation, il convient de garder à l’esprit que le contexte est
instable : il suffit d’un loup solitaire – sur environ 250 millions de musulmans en Asie du Sud-Est – pour
réveiller les craintes. De même, les gouvernements se montrent adeptes du hedging – étape médiane entre le
bandwagonning (suivisme) et le balancing (contrepoids). Quant à Daech, quelle sera sa nature une fois défait au
Moyen-Orient : dispersion, mouvement vers la cybersphère ou recherche de bases de repli en Asie du
Sud-Est et/ou ailleurs ? Dans ce dernier cas, les cadres retiendront-ils les leçons insurrectionnelles d’Al
Qaeda une fois vaincus sur le terrain irako-afghan, voire de Guevara et des foco ? Quelles que soient les
réponses, des mesures peuvent être proposées : scientifiques, militaires, policières, diplomatiques, avec un
volet privilégié sur le monde maritime (et l’Action de l’Etat en mer made in France). Les cibles devront être
définies avec soin, tel le Lanao Del Sur aux Philippines (cf. Marawi dès mai 2017).
Au-delà des think tanks ou de la seule ethnologie trop localisée, l’approche pluridisciplinaire et
multiscalaire, fondée sur des sources essentiellement primaires, permettra d’éclairer un phénomène
symptomatique de la complexité des relations internationales, au gré des continuums entre police et
armée ou paix et guerre.

Auteur(s) : Résumé L’Asie du Sud-Est est une zone de passage. Le terrorisme islamiste transnational, incarné par Daech, a-t-il profité de ce contexte régional pour s’y implanter ? Dans un premier temps (constat), il a été aisé d’évoquer la présence de Daech dans le monde malais, d’autant plus qu’un tel discours alimente le sentiment de vulnérabilité à […]

Source(s) : CSFRS

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