Si le discours élyséen sur le rôle de la dissuasion nucléaire française en Europe s’inscrit dans le temps long, les réactions des partenaires tendent à évoluer à ce sujet, au vu d’un contexte géopolitique continental bouleversé. Ce constat préliminaire ouvre la réflexion proposée par ce papier sous forme de note. Une note qui prend en compte les diverses réactions manifestées en Europe au discours élyséen sur la « dimension européenne des intérêts vitaux » français, et en distingue les points saillants, les éléments récurrents, les évolutions.
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Les références originales de cet article sont : Emmanuelle Maitre « L’évolution des réactions européennes à la « dimension européenne des intérêts vitaux » français », FRS, Recherches & Documents n°09/2025. Ce texte, ainsi que d’autres publications, peuvent être consultés sur le site de la FRS.
Depuis son élection, le président Macron s’est singularisé par sa volonté de mettre en valeur la dimension européenne de la dissuasion française. En 2020, lors de son discours sur la dissuasion à l’École de Guerre, en 2024, lors de diverses interventions publiques, et le 28 février 2025, en réponse aux propos du chancelier-élu Friedrich Merz[1], il a souligné que la force de dissuasion française pouvait contribuer à la sécurité globale du continent européen. En réalité, comme cela a été amplement noté[2], ces interventions reprennent largement des éléments consubstantiels à la doctrine française : depuis l’émergence de la force de frappe, les dirigeants français ont conçu son rôle non en isolement total mais dans l’environnement stratégique de l’OTAN et de l’Union européenne (UE) en construction. À plusieurs reprises, Paris a appelé ses partenaires à réfléchir collectivement au rôle de la dissuasion française en Europe. Si les propos présidentiels ne revêtent donc pas un caractère réellement innovant, il est néanmoins intéressant de constater que les réactions des partenaires européens sur ce sujet tendent à évoluer.
Dès le discours de 2020, un intérêt s’est manifesté dans plusieurs pays pour engager le dialogue avec la France sur ces questions, dans un contexte de tension du lien transatlantique lié à l’expérience de l’administration Trump. Néanmoins, ces appels sont restés prudents, en particulier du côté des dirigeants européens, qui pour beaucoup n’ont pas souhaité exprimer publiquement leurs réserves quant à la solidité des garanties américaines. Tout comme l’appel français pour l’« autonomie stratégique européenne », le dialogue sur la dissuasion a été souvent considéré comme politiquement délicat et parfois critiqué comme une stratégie inappropriée de la France visant à obtenir un rôle de leader sur le continent européen.
Le changement politique à la Maison blanche en 2021 a pu sembler rendre le débat moins urgent, et pour beaucoup de responsables européens, la priorité pendant les quatre années de l’administration Biden a été de renforcer la solidité de la dissuasion élargie américaine, reflétée en particulier par l’adoption d’un nouveau concept stratégique de l’OTAN en 2022. Néanmoins, des experts se sont penchés sérieusement sur la question du rôle de la dissuasion française, et ont étudié les différentes raisons rendant une coopération avec Paris pertinente mais également celles de nature à réduire la crédibilité des déclarations françaises. Dans le même temps, les offres de dialogue réitérées d’Emmanuel Macron en 2024 ont forcé des réactions, en particulier en Allemagne, avec en arrière-plan le spectre d’un retour aux affaires de Donald Trump. De manière générale, les analyses publiées entre 2020 et 2024 ont incité les gouver-nements à se montrer moins timides et à engager une conversation franche avec Paris, tout en soulignant les limites inhérentes à une implication plus claire de la France en matière de dis-suasion sur le continent. Suite aux propos de Friedrich Merz, un intérêt beaucoup plus vif s’est fait sentir du côté des dirigeants, des experts et dans la presse. Dans tous les pays européens, des commentaires ont ainsi été publiés, souvent factuels sur la force de frappe française, parfois plus analytiques sur les perspectives d’un rôle continental de ces capacités.
Cette note balaie l’ensemble de ces réactions, officielles, académiques et médiatiques, et met en avant les points saillants et éléments récurrents des analyses européennes sur le sujet tout en en relevant les évolutions.
Références
Par : Emmanuelle MAITRE
Source :
Fondation pour la recherche stratégique
