Edito n° 93/14 du 19 juillet  2022

« Pensons-y toujours, n’en parlons jamais. » Léon Gambetta, homme d’Etat français (1838-1882) ; discours de Saint Quentin (1871) sur la perte et le retour de l’Alsace-Lorraine à la France.

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« La Russie utilise l’énergie comme une arme de guerre » affirmait le Président Macon lors de son allocution du 14 juillet dernier.

L’avancée des troupes russes ronge le Donbass, sur fond de sévères pertes subies par les belligérants, de profondes dévastations infligées au territoire ukrainien et d’exactions répétées envers les populations civiles. Dans ce contexte, le propos du Président de la République souligne la dimension plurielle du conflit en cours.

La guerre militaire russo-ukrainienne se double notamment d’un affrontement économique entre l’Ouest et la Russie, avec des sanctions lourdes et périodiquement renforcées prises à l’encontre de Moscou. Pourtant, on peine encore à en voir les résultats positifs sur la détermination russe à poursuivre la guerre d’agression. Une situation illustrative du risque que le « sanctionneur » soit le premier « sanctionné ». L’exclusion de la Russie du réseau interbancaire Swift, présentée en février dernier comme « l’arme nucléaire économique », n’a pas amené Le Kremlin à résipiscence. Et le constat est plus préoccupant encore si on considère le domaine énergétique, exemplaire et emblématique, compte-tenu de la dépendance de nos économies aux énergies fossiles en général, et aux énergies fossiles russes en particulier.

Le 31 mai dernier, les 27 partenaires de l’UE annonçaient leur accord sur un (quasi) embargo du pétrole russe d’ici à la fin de l’année 2022, avec l’objectif clairement explicité de tarir le financement de la guerre menée par Moscou en Ukraine. L’accord, qui ne porte pas sur le pétrole importé par oléoduc pour s’assurer du soutien de Budapest, postulait que la Russie ne pourrait diversifier ses voies d’exportation, ce qui ne parait pas se démontrer. L’économie russe semble en effet se désoccidentaliser sans se démondialiser, pour reprendre les termes de Marc Semo. L’accord postulait par ailleurs que le marché, et notamment un surcroît de production des pays de l’OPEP, viendraient palier la perte ainsi décidée. Un postulat qui n’est toujours pas vérifié. Le prix du baril menace la croissance et la situation sociale en Europe. Le prix du baril pourrait également impacter fortement les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Le Président Biden menait d’ailleurs une tournée dans les pays producteurs du Moyen-Orient à la mi-juillet…

L’allant des partenaires de l’UE semblait certes bien moindre sur le sujet du gaz, au vu des conséquences majeures qu’un tel embargo provoquerait sur l’économie de l’Union. Et voilà que la dialectique des volontés, au cœur des interactions stratégiques, s’invite en scène. Les Européens ont-ils sous-estimé leur adversaire, ont-ils péché par candeur excessive, se sont-ils grisés de leur propre hardiesse ? En paraissant avoir oublié la nature intrinsèquement interactive de la stratégie, les partenaires de l’UE pourraient bien avoir hypothéqué une part de leur liberté d’action ; la surprise outrée des capitales européennes face à la riposte du Kremlin semble bien l’attester.

Car Moscou emballe le tempo, anticipe le retrait progressif annoncé des européens, et coupe progressivement les livraisons de gaz, exposant ainsi à la crise une Europe ayant prématurément proclamé sa volonté de sortir de la dépendance énergétique à la Russie. Moscou parie sur l’inappétence et la fatigue des sociétés occidentales comme l’écrit l’éditorialiste Gilles Paris, et vise ainsi à éroder le soutien à l’Ukraine. Les Ukrainiens ou encore les Géorgiens avaient déjà subi naguère un hiver sans gaz, dans le but de faire plier leurs dirigeants.

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« Pensons-y toujours, n’en parlons jamais. ». Alors qu’il prononce ces paroles à Saint-Quentin en 1871, Léon Gambetta pense comme tous les Français aux provinces sœurs devenues étrangères. Constatant l’isolement et la faiblesse trop marquées de la France pour envisager alors une revanche, il prêche ainsi la détermination, mais également la patience et la retenue oratoire, au rebours de l’exaltation revancharde des milieux nationalistes.

Gambetta aurait-il conseillé aux partenaires de l’UE la détermination, mais également la patience et la retenue oratoire, constatant la profonde dépendance de l’Europe aux hydrocarbures russes ? Quoiqu’il en soit, l’énergie est bien utilisée comme un levier, sinon comme une véritable arme de guerre, dans la dialectique des volontés !

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En ce mois de juillet 2022, nous vous rappelons la tenue des Assises Nationales de la Recherche Stratégique le 29 septembre 2022 en présentiel au sein des locaux du Cnam et en rediffusion en direct sur la chaîne Youtube de l’établissement à partir de 8h30.

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En ce mois de juillet 2022, nous vous proposons un nouveau choix de six articles de réflexion sur les questions stratégiques.

La guerre au cœur de l’Europe y occupe une place centrale, alors que le conflit ouvert entre Russie et Ukraine approche les cinq mois. Cette guerre au cœur de l’Europe peut être vue comme une « catharsis » violente de deux conflits, conflit par procuration entre les deux puissances nucléaires majeures, et conflit direct entre deux visions géopolitiques et civilisationnelles traversant l’Ukraine (article IRIS). Le déroulement de cette guerre, in situ, peut également être appréciée à l’aune de la théorie schumpétérienne des rendements opérationnels décroissants et du besoin impératif d’innovation associé (article IFRI), cette guerre au cœur de l’Europe peut enfin être analysée au filtre du positionnement international de l’UE (article RDN).

Accroissant la focale sur le conflit en cours, le bouquet d’articles du mois vous propose également un point de situation sur la crise syrienne, à la lumière de la situation géopolitique internationale créée par la guerre en Ukraine (article FRS) et une analyse sur l’OTAN, son influence recouvrée comme sa capacité d’évolution et d’adaptation (article IRSEM). Enfin, dans une perspective plus éloignée mais non séparée de la crise ukrainienne, le dernier papier s’intéresse à la question clef de l’attribution des attaques cyber, et à ses prolongements géopolitiques et juridiques (article Les jeunes IHEDN).

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Rendez-vous courant septembre, pour une nouvelle publication de votre Agora stratégique, et excellent été en attendant !

Général Paul Cesari, Rédacteur en chef, et toute l’équipe de Geostrategia.

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