Édito n° 91/12 du 17 mai 2022

« En aucun cas, la guerre n’est un but par elle-même. On ne se bat jamais, paradoxalement, que pour engendrer la paix, une certaine forme de paix. »
- Carl Von Clausewitz, général et stratégiste prussien (1780 – 1831), in « De la guerre ».

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Près de trois mois de conflit ouvert en Ukraine, et cette question qui reste en suspens : vers quelle Paix nous mène cette Guerre ?

Sur le terrain, la partie ukrainienne, dopée par les succès tactiques et les renforcements occidentaux, singulièrement américains, semble passer de l’espoir de résistance à la certitude de victoire. Sur le terrain, la partie russe, revenue de l’illusion d’une « opération-militaire-spéciale fraiche et joyeuse », parait s’enliser dans une « sale guerre », d’usure, d’attrition, d’exactions.

Alors que les armes parlent toujours et que le sort de la Bataille du Donbass hésite, la conclusion se fera-t-elle sous la forme d’une paix négociée, qui obligerait chacun des belligérants à des concessions, au rebours du sens de la justice pour la partie agressée ? Une telle conclusion supposerait également qu’Ukraine et Russie puissent sortir « la tête haute ». Le « comment » d’un tel scenario reste encore à définir. L’attitude des belligérants, mais également certains messages envoyés par les tiers au conflit, ne semblent pas (encore ?) propres à susciter la tempérance dans les revendications.

La conclusion sera-t-elle au contraire le résultat d’une défaite militaire nette ? Le choix américain parait en effet clair, que ce soit au travers des montants affectés au renforcement de l’armée ukrainienne que dans les propos tenus par les plus hautes autorités d’Outre-Atlantique : affaiblir la Russie via une défaite militaire nette en Ukraine, au-delà donc de l’aide apportée à un pays agressé pour recouvrir sa souveraineté. Avec le risque qu’un tel scenario soit vécu comme une humiliation à Moscou.

L’armée russe s’avère en effet, jour après jour, une « puissance militaire fantasmée à l’épreuve » pour reprendre les termes d’Isabelle Facon, relativisant incidemment la menace posée à l’OTAN. Cette armée russe semble avoir passé le point culminant opératif, avec le revers devant Kiev naguère, et peut-être Kharkiv demain. Elle garde encore dans son jeu la carte de la « levée en masse » et celle de la « désescalade nucléaire » tactique.

Si le point culminant opératif a ainsi pu être franchi par l’armée russe, il reste aux occidentaux à ne pas passer le point culminant stratégique. Un tel point de bascule pourrait voir la solidarité occidentale s’éroder au sujet des « buts de guerre » évoqués plus haut et/ou la partie russe, acculée sur le terrain, vouloir reprendre l’avantage par le passage au nucléaire tactique, voire pire !

Le risque de surenchère menant à l’escalade n’est donc pas exclu. La période commande, comme le souligne Bruno Tertrais, que les occidentaux gardent leur sang-froid. Henry Guaino (ancien conseiller spécial du président Sarkozy) évoque même le risque d’une marche des nations « vers la guerre comme des somnambules », à l’instar de l’engrenage de l’été 1914. La ligne de crête de la cobelligérance se mue désormais en fil de rasoir.

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Divers éléments complémentaires pour éclairer ce contexte sensible.

Comme le souligne Pascal Boniface, les cartes du monde parlent en matière de condamnation de la Russie. Si celle de l’agression armée a fait l’objet d’un relatif consensus, il est loin d’en avoir été de même pour l’exclusion du Conseil des Droits de l’Homme, et encore moins pour l’application de sanctions à l’encontre de Moscou, adoptées par les seuls pays « occidentaux ».

Conséquence directe de l’invasion de l’Ukraine, la Finlande et la Suède entendent rejoindre l’OTAN, au rebours d’un choix antérieur librement assumé de ne pas devenir membres de l’Alliance atlantique. Revers géopolitique pour Moscou qui évoque déjà des mesures « militaro-techniques ».

Bravade ou fatalisme, Benoît Vitkine, correspondant du Monde à Moscou, rapporte que deux citations d’un discours de 2018 de Vladimir Poutine sur une confrontation nucléaire sont entendues sur les plateaux TV russes ; deux citations aux accents eschatologiques : « A quoi bon un monde sans la Russie ? » et « Nous, comme des martyrs, nous irons au paradis ; eux crèveront ».

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Le potentiel militaire conventionnel russe s’affaiblit sensiblement et le Kremlin semble déjà en Echec stratégique. Faut-il pousser jusqu’au Mat ?

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Le 13 mai 2021, Geostrategia était relancé, sous l’égide du Cnam. Depuis lors, nous avons eu le plaisir de vous proposer 11 éditos et 66 articles de réflexion stratégique issus des meilleures sources, nos partenaires.

En ce mois de mai 2022, une nouvelle année débute, avec l’ambition de contribuer à soutenir et à faire rayonner encore davantage la recherche, en vous proposant un écho mensuel de la réflexion sur les questions stratégiques, mais également en concourant à la tenue d’évènements clefs. Ainsi, Geostrategia s’associera aux prochaines Assises Nationales de la Recherche Stratégique qui se dérouleront le 29 septembre 2022 au Cnam, une date à réserver d’ores et déjà. Nous aurons l’occasion d’y revenir très prochainement.

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Nous vous proposons pour ce mois six nouveaux papiers.

Cinq d’entre-eux vous offriront divers points de vue et approches du conflit en Ukraine. Les évolutions de la doctrine militaire russe et les leçons à en tirer en Occident sont éclairées par un article issu de la RDN. Autour de ce volet militaire, au cœur de la confrontation en cours, vous sont également proposés diverses analyses, sur la Tchétchénie, son utilité et ses limites dans le jeu russe (article Fondation Jean Jaurès), sur l’ambivalence du Moyen-Orient (article FRS), sur le renseignement et sa médiatisation (article IRSEM) ou encore sur l’attitude des églises orthodoxes (article IRIS), face à la guerre.

Le sixième et ultime article de la sélection de mai concerne un autre domaine des questions stratégiques et aborde le double aspect, illégal et légal, des « économies de violence » (article International Journal Of Criminology).

Rendez-vous courant juin, pour une nouvelle publication de votre Agora stratégique.

Général Paul Cesari, Rédacteur en chef, et toute l’équipe de Geostrategia.

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